Le triathlète et combien inspirant Martin Alarie-Rivard.

De l’obésité à la vie d’athlète

CHRONIQUE / Il y a à peine deux ans, Martin Alarie-Rivard pesait 400 livres et n’en menait pas large. Dimanche prochain, 23 juin, le triathlète qu’il est devenu amorcera le demi-Ironman de Mont-Tremblant avec 135 livres en moins, une volonté de fer, des mollets d’acier et le désir de servir d’exemple.

Martin s’est lancé un défi comme on s’offre un cadeau à soi-même, pour se gâter. Le sien vient cependant au prix d’efforts considérables.

L’homme de 40 ans s’apprête à engloutir 1,9 kilomètre de natation, 90 kilomètres de vélo et un demi-marathon, soit 21,1 km de course à pied. Sans répit et la motivation à son comble.

Martin a toujours eu plus de facilité à éprouver de la fierté à l’égard du succès des autres qu’envers ses propres réussites. Même chose pour la confiance. Très bon pour encourager son semblable à croire en soi, moins doué pour appliquer cette méthode à lui-même.

C’est en train de changer.

Il mesure 6 pieds et 1 pouce. Un gaillard avec de larges épaules. Un franc-parler. Un pince-sans-rire. Un grand cœur. Le bon gars.

D’entrée de jeu, il raconte: «J’ai toujours beaucoup bougé, même avec de l’embonpoint. Je bougeais moins vite, moins longtemps, mais je bougeais.»

Les kilos se sont accumulés durant la période où il vendait des cellulaires le jour tout en étant, le soir, portier à l’entrée des bars.

Sa vie se résumait à travailler. Forcément, il bougeait peu, ne dormait pas suffisamment et mangeait trop de malbouffe.

«Un laisser-aller s’est installé», admet celui qui, depuis six ans, travaille chez Laferté Bicycles, une boutique de vélos où sa prise de poids s’est poursuivie.

L’obésité s’est incrustée et imposée. Le mal était fait. À un moment donné, c’est devenu lourd, sans mauvais jeu de mots.

«Et triste...», ajoute Martin.

Non, le client n’a pas toujours raison. Parfois, il peut se montrer irrespectueux, effronté et mesquin en jugeant autrui à son apparence, en jetant le doute sur ses compétences.

«Ah ouais? Tu peux me conseiller? Qu’est-ce que tu connais dans les bicycles?»

Cette question impertinente pouvait être posée à Martin plusieurs fois par semaine.

Si certains échouaient dans leur tentative à se montrer subtils, d’autres ne se privaient pas pour pousser l’insulte à l’injure: «Pourrais-tu aller me chercher un vendeur plus apte que toi?»

Martin tournait les talons. Un collègue prenait sa relève, mais incapable de guider correctement l’acheteur potentiel, il ne tardait pas à lui dire: «Un instant, je vous reviens avec notre spécialiste des vélos.»

Et c’est notre ami qui réapparaissait devant le client mal à l’aise: «Rebonjour, moi c’est Martin, qu’est-ce que je peux faire pour vous aider?»

Martin a longtemps encaissé ces commentaires désobligeants sans le dire à ses proches outrés le jour où ils l’ont appris.

«Je n’en parlais pas parce que je me disais: c’est vrai que t’es gros.»

Mal dans sa peau, l’amateur de plein air n’avait pas besoin des autres pour en rajouter une couche. Impliqué dans le scoutisme, l’animateur voyait bien qu’il n’était plus capable de suivre le groupe comme avant lors de randonnées ou d’expéditions de canot-camping.

«J’ai toujours fait un effort pour y arriver, mais quand c’est devenu trop difficile, ça a été le coup de pied au derrière qu’il me fallait.»

Tel un scout dont la devise est «Toujours prêt», Martin s’est graduellement remis à l’activité physique, a revu son alimentation, a commencé à perdre du poids avec ses hauts et ses bas puis a été admis à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Le Trifluvien y a subi en octobre 2017 une gastrectomie pariétale, une opération qui consiste à enlever la partie externe de l’estomac. Les trois quarts dans son cas.

«Mon estomac est passé de la grosseur d’un ballon de football à une banane.»

C’est le coup de main dont il avait besoin pour se sortir la tête de l’eau et prendre son élan qui continue de le propulser vers l’avant.

En mai 2018, Martin faisait une course de 10 km à Ottawa, en juillet, il terminait son premier triathlon (catégorie sprint) et quelques semaines plus tard, il s’inscrivait pour le demi-Ironman qui s’en vient à grands pas.

Aidé d’une entraîneuse, elle-même triathlète, Martin s’est préparé sans relâche depuis un an, jusqu’à 15 heures de natation, vélo et cyclisme par semaine, en plus du boulot à temps plein.

Le terme «crinqué» a dû être inventé pour lui. Faire du sport est devenu un besoin comme respirer et Martin Alarie-Rivard s’est métamorphosé. À tout point de vue.

Admirative, Gabrielle Thériault me parle de son chum qui a renoué avec la bonne humeur depuis qu’il a physiquement repris la forme.

Martin l’écoute attentivement et renchérit: «C’est clair qu’avant, j’avais moins de joie de vivre, j’étais moins énergique.»

En prévision du week-end prochain, le triathlète portant le dossard 279 s’est fixé un chrono qui ne regarde que lui, mais au final, tout ce qu’il souhaite, c’est franchir la ligne d’arrivée avec le sourire aux lèvres.

Aucune marche du podium ne peut arriver à la hauteur du sentiment d’accomplissement qu’il ressent déjà en constatant tout le chemin parcouru.

«C’est le plus beau cadeau que je me suis fait. Je me suis acheté du temps.»

Si son histoire peut servir d’exemple, il aura également atteint son but.

«La procrastination n’est pas une solution lorsqu’il s’agit de ta santé. Tu ne regretteras jamais d’avoir pris soin de toi. Jamais. Si moi, j’ai pu faire ça, tout le monde peut le faire.»