Malik Sévigny a pris la décision d’être amputé de sa jambe gauche quatorze ans après avoir été victime d’un grave accident.

Continuer d’avancer, une jambe en moins

CHRONIQUE / Le matin de l’opération, Malik Sévigny a pris son téléphone portable et dans une vidéo de 39 secondes, a dit un dernier au revoir à sa jambe gauche.

«On a passé de beaux moments ensemble, mais là, il est temps que je passe à autre chose.»

Malik était prêt, même qu’il avait hâte. Passer à autre chose, ça voulait dire ne plus ressentir une douleur constante et être ralenti par celle-ci.

C’était le 22 janvier 2018.

Quatorze ans se sont écoulés entre l’accident et l’amputation, quatorze années durant lesquelles tout a été fait sur le plan médical pour repousser le plus tard possible cette décision irréversible.

Malik a 23 ans. Le 29 juillet 2004, il était un enfant de huit ans impatient d’aller rejoindre ses amis qui l’attendaient de l’autre côté de la rue, à Saint-Pie, en Montérégie.

Il n’a aucun souvenir de ce qui est arrivé, mais on lui a raconté qu’avant de traverser la route où la vitesse permise est de 70 kilomètres à l’heure, Malik n’a pas regardé de chaque côté comme sa mère le lui répétait souvent.

Un véhicule est arrivé au même moment et n’a jamais pu éviter l’impact avec le garçon dont la jambe gauche est restée coincée sous la roue.

En état de choc, le conducteur a été incapable de réagir. C’est le beau-père de Malik qui, accouru sur les lieux, a pris le volant et a reculé le véhicule pour dégager l’enfant également victime d’un traumatisme craniocérébral sévère.

Plongé dans un coma artificiel pendant un peu plus de deux semaines, Malik a été hospitalisé à Sainte-Justine avant d’être admis au Centre de réadaptation Marie-Enfant où il a dû réapprendre à parler, à manger, à écrire, à se tenir debout, à marcher...

Ce sont ses parents qui, devant l’urgence de la situation, ont décidé du sort de sa jambe gravement blessée. L’amputer ou essayer de la sauver? Ils ont tenté le tout pour le tout et Malik approuve leur choix qui a nécessité une greffe de peau à partir de sa cuisse droite.

«J’avais l’espoir d’avoir une jambe normale.» Ce qui n’a jamais vraiment été le cas.

Le garçon a réussi à pratiquer plusieurs sports, incluant le football, mais sa jambe est demeurée fragile, avec des malformations au pied et à la cheville qui provoquaient des frottements.

«J’avais toujours des plaies et elles étaient de plus en plus profondes. Sérieux, c’était pénible et pas beau à voir. À la fin j’étais à bout.»

Une nouvelle opération lui a été proposée pour sauver sa jambe, mais on ne pouvait rien promettre au jeune homme actif. En vieillissant, Malik devait s’attendre à se retrouver en fauteuil roulant.

L’option de l’amputation tibiale s’est imposée à l’été 2017.

Malik Sévigny est un ami très cher de Sabryna Mongeon qui sera bientôt maman.

Malik a d’abord eu besoin de s’isoler pour peser le pour et le contre avant de demander à rencontrer quelqu’un qui était passé par là avant lui. On lui a présenté un homme qui avait été amputé à la suite d’un accident, mais qui, contrairement à lui, n’avait pas eu le choix.

Ce Dominique s’est montré rassurant, drôle même en lui racontant comme il s’adaptait à une réalité pas toujours comique.

Ils ont gardé contact. «Je remercie la vie de l’avoir rencontré. Il est positif!»

Malik l’est devenu à son tour. En février 2018, un mois après avoir subi l’amputation de sa jambe, il s’est rendu au chevet de Sabryna Mongeon dont l’histoire a été grandement médiatisée.

La jeune femme alors âgée de 18 ans avait dû être amputée des deux jambes et des deux bras après un tragique accident survenu le 24 décembre 2017, en Outaouais. Sabryna avait été électrocutée en sortant de sa voiture dont elle avait perdu le contrôle avant d’aller frapper un poteau.

«Ça m’a tellement touché! Je voulais absolument la rencontrer. Je suis allé la voir à l’hôpital en marchant avec mes béquilles canadiennes.»

Malik lui a remis une carte dans laquelle il avait écrit: «Ne lâche pas! La vie ne s’arrête pas là!»

Ils sont devenus des amis qui se sont revus il y a quelques semaines. «Je suis allé à son shower de bébé!»

Sabryna est enceinte. Malik avait raison. La vie continue.

À l’automne dernier, Malik Sévigny est venu s’établir chez son grand-père, à Bécancour. Parfois, il faut aller voir ailleurs si on y est.

Le grave traumatisme crânien lui a laissé des séquelles cognitives. Malgré les efforts et les démarches du garçon pour poursuivre des études postsecondaires et avoir un emploi stimulant, ça demeure compliqué pour lui.

Se retrouver avec son grand-père lui a été bénéfique. Malik, qui venait de franchir les étapes de réadaptation de sa jambe amputée, s’est inscrit dans un gym, a rencontré sa blonde avec qui il habite à Trois-Rivières et où il a eu envie de donner du temps et au suivant.

Malik a offert ses services au Centre d’action Laviolette qui l’a invité à enfiler un tablier de cuisine, à couper des navets, à façonner de la pâte à tarte, à transvider le chaudron rempli de pommes de terre bouillies...

Le jeune homme est aujourd’hui bénévole à la popote roulante, entouré de femmes qui lui partagent des recettes de grand-mère et le goût d’être utile. Ce sentiment de bien-être lui redonne confiance.

Le jeudi 24 octobre, à Trois-Rivières, Malik Sévigny racontera son histoire dans le cadre de la Journée de l’écoute au Québec. Intitulée «Un 29 juillet... Une décision pour la vie», cette conférence est une première pour celui qui s’y prépare avec beaucoup d’enthousiasme.

«Je suis en train de mettre mes idées en place!»

Son visage s’illumine. Passer à autre chose, c’est aussi tourner la page et en écrire une nouvelle.