Une idée brillante

CHRONIQUE / Le calendrier en est plein. De quoi ? De journées « sans ». On a la journée sans déchets. L’autre sans maquillage. La journée sans viande. Sans achats. Sans alcool. Sans voiture. Sans tabac. Sans écrans. Sans eau embouteillée. Sans uniforme. Sans devoirs ni leçons. C’est sans limites !

Alors que nous mangions du « fait-venir » à la chandelle mercredi soir dernier, après que de violentes bourrasques eurent mis hors d’usage les lignes électriques du quartier, je me suis demandé : mais à quand la journée sans électricité ?

Wow !

Non, mais on est tellement bien quand tout est éteint. TOUT.

Soudainement, l’ambiance devient comme enveloppée dans de la ouate. C’est tranquille. Apaisant.

Fini le bruit sourd de la thermopompe, de la télé ou de la radio. Fini le cri strident de la laveuse qui termine son cycle. Celui de la sécheuse qui a complété son job. Disparu le son de la vidange du lave-vaisselle. C’est le si-len-ce.

Même pour la vue, c’est reposant. Tout à coup, on ne voit plus l’heure affichée partout où l’on pose le regard. On n’est plus aveuglé par la lumière intérieure du frigo ou frustré de voir que deux ampoules extérieures sur trois sont — encore — brûlées et à changer sur le balcon de l’entrée.

C’est un fait qu’on ne se rend compte de l’importance d’une chose que lorsqu’on la perd. Dans ce cas-ci toutefois, d’avoir manqué d’électricité m’a davantage rappelé à quel point nous en sommes dépendants. S’il fallait qu’une catastrophe nous pète en pleine face un jour, on serait plus que démunis. Vulnérables au plus haut point. Jusqu’à nos brosses à dents qui sont électriques !

C’est tout dire.

Mais je n’ai pas gâché ma soirée à ruminer des scénarios de fin du monde dans lesquels personne n’arrivait à partir un feu à mains nues. Ô que non !

Comme elles ne pouvaient pas se « détendre » devant la télé, les filles nous ont raconté leur première journée d’école en long et en large. C’était comme si nous y étions.

Si notre retour de cette journée de rentrée scolaire avait été « éclairé », nous serions arrivés à la maison des cernes de sueur sous les bras, le souper à préparer, un lavage à lancer, le lave-vaisselle à vider, les lunchs du lendemain à planifier, etc. Tout ça au son de criards à Disney Channel. Et quand nous aurions demandé aux filles de nous parler de leur retour à l’école, on aurait eu droit à un « Cool ! » ou encore à un « Correct ! » plus ou moins éloquent.

Et ce, vous remarquerez, malgré une question ouverte.

Là, en n’ayant aucune distraction, on a eu le temps de jaser. La panne est bien tombée, que je me disais. Cette bulle enveloppant notre famille me plaisait. D’où ma volonté de répéter ce scénario on ne peut plus zen plus souvent.

On devrait instaurer la journée sans électricité une fois par mois ! Brillant, non ?

Ce soir-là, les filles n’ont même pas pensé se rabattre sur un écran. Elles s’en sont servi seulement pour éclairer leurs pas pour se rendre dans leur lit...

Bon, c’est vrai qu’il est plus difficile de jouer à un jeu de société ou de lire un roman à la chandelle, mais qu’importe. L’accalmie, qui a même gagné le quartier, nous a poussés à nous mettre au lit plus tôt. Encore là, on a parlé plus qu’à l’habitude.

J’ai même eu un petit pincement au cœur quand, vers 21 h 15, l’électricité est revenue, nous arrachant du coup à notre cocon.

Sans elle dans la maison, je trouve que le courant passe mieux parmi les gens qui y habitent...

Même si je suis une des deux seules mères de famille du Québec, avec ma collègue MFL, à ne pas avoir publié de photos de mes enfants lors de la rentrée, je tiens malgré tout à en souhaiter une très bonne à tous. Aux enfants, qui se préparent à garnir de nouveau leur coffre à outils. Aux profs, qui veillent à le leur fournir, et aux parents, qui s’assurent qu’ils s’en servent de belle et bonne façon.

Un bel automne à tous !