Sinistrose aigüe

C’est décidé, je me laisse pousser le toupet. En n’en ayant plus, je vais peut-être arrêter d’avoir de la broue dedans!

En fait, je l’avoue, cette idée est celle de ma collègue Josée. Elle me l’a suggérée, jeudi dernier, alors que je rentrais d’une petite marche de santé (mentale) dans le parc devant nos bureaux. Assise devant mon écran depuis cinq longues heures, le temps était venu de me concentrer sur le sujet de mon prochain billet. Celui-ci. 

Le vide. 

Prendre l’air allait sans doute m’inspirer, que je me suis dit. On parle partout des bienfaits d’un «bon bol d’air frais»...

Au retour de ma promenade riquiqui, alors que je serais restée plantée debout sur le trottoir à écouter le morceau de jazz qui émanait de la boutique son et image voisine du journal, l’inspiration n’était pas plus au rendez-vous.

Avec le découragement d’une fille qui aurait profondément eu besoin de monter Sutton et de relaxer au sommet, je suis donc rentrée au bureau... à reculons.

«Faut que j’écrive mon billet aujourd’hui, mais je ne sais pas sur quoi», que j’ai lancé à Jo, en m’arrêtant au comptoir des petites annonces. J’ai failli m’acheter une Prière à St-Jude.

— Parle de la broue dans le toupet!, qu’elle m’a alors suggéré. Moi, je laisse pousser le mien.

— Pour avoir plus de broue dedans?, que je lui ai demandé.

— Non, pour pu en avoir!

Elle était la deuxième depuis le matin à me proposer d’écrire sur la vie de fou qu’on mène. En fait, plus spécifiquement sur le caractère merdique de la semaine en cours.

Grosse, morose, chaotique, éreintante, épuisante, longue. Ces termes sont sortis à la suite d’un sondage que j’ai moi-même pensé et soumis aux gens de mon entourage. Et pas juste à mes collègues. Je leur ai demandé comment, en UN seul mot, ils décriraient leur semaine.

Rien de positif n’a été énuméré. E-rien.

C’est connu, novembre est le mois le plus déprimant de l’année. Phénomène attribuable au temps froid qui s’installe et aux jours qui raccourcissent. C’est sombre, c’est gris, c’est moche.

«Dans les bureaux, l’atmosphère est à la sinistrose», que j’ai lu dans un article français.

Chaque année, à la même époque, le constat reste identique: l’ambiance dans les open-spaces est tendue, électrique.

Ah ces Français!

Reste que dans une étude du Centre national de recherche scientifique menée sur cinq ans auprès de 80 000 salariés, il a été découvert que l’organisation du travail y est pour beaucoup. L’automne, et ça serait partout pareil, tout le monde connaît une montée de l’intensité du travail. Jumelez à ça la fatigue et le manque de lumière et chacun se magasine un aller simple pour le burn-out! J’ai tenté de joindre des psychologues la semaine dernière et tous étaient dans le jus. 

Ceci explique cela, comme on dit.

Pour casser ce marasme automnal, le patron d’un cabinet-conseil, en France, invite chaque année ses 150 employés à trois jours de ski en Haute-Savoie!

Je n’en demande pas tant. Une sortie crazy carpet sur la butte du lac Boivin ferait mon affaire. Voyez-vous, même mon choix de mot tend vers la folie! 

La solution? 

En marge de la luminothérapie, des exercices, du liner voulant qu’on mange «plus de protéines et moins de sucre» et de la consommation de deux litres d’eau-température-ambiante par jour, les chercheurs proposent de... faire la fête!

C’est décidé, désormais je vais donner à l’expression «c’est le temps des Fêtes» tout son sens. 

En 2018, il va commencer le lendemain de l’Halloween.