Dans son mélangeur Ninja broyeur de glaçons, il a versé une tasse de bouillon de poulet, quelques morceaux de poulet PFK blancs et trois, quatre frites du colonel Sanders.

Le velouté du colonel

CHRONIQUE / Arrête de m’écœurer, si tu’n’veux pas manger ton steak a’ec une paille !

Malgré le fait qu’elle cache une grande violence, cette expression m’a toujours fait rire. Qui a déjà pensé faire tourner un morceau de bifteck de surlonge dans le mélangeur ?

Personne ! C’est trop dégoûtant. Pourtant, tout le monde mange des hot dogs...

J’avoue avoir longtemps acheté des viandes en purée de La Mère Poule pour mes bébés, car l’introduction de la viande était une étape importante dans le développement des enfants ET la viande est une importante source de protéines, de vitamines et de minéraux. Santé Canada et tous les livres sur l’alimentation de bébé me le répétaient, alors j’ai fait le mouton.

Si, à l’époque, je n’ai jamais osé l’agneau, j’ai bien sûr, goûté au bœuf, au poulet et au porc en purée. Et, chaque fois, je trouvais ça... différent. Surtout la texture. Pas mauvais. Juste, insipide.

Bref, l’idée farfelue de blender une tranche de faux-filet a dégénéré lors d’un souper entre amis récemment, donnant lieu à une dégustation des plus inusitées.

Le fils d’une amie vient de subir une chirurgie orthognatique. En français, cela signifie qu’après un traitement orthodontique, on lui a fait un avancement mandibulaire. En gros, le jeune s’est fait scier et avancer la mâchoire inférieure pour que ses dents ferment juste quand il mange. Plus clairement encore ? Il s’est fait refaire la face ! C’est merveilleux quand on a le menton fuyant.

Quelques jours après son opération, on était donc tous réunis chez lui pour le souper. En fait, nous allions souper. Pas lui.

Il était au régime sec : juste du liquide.

Le temps que ça cicatrise, sa mâchoire ne devait pas bouger. Il était donc impossible pour lui de manger, de rire et de parler. Il se nourrissait à l’aide d’une grosse seringue. En le voyant faire, l’image du « steak à’paille » m’est venue. Je lui ai partagée. Il l’a trouvé bonne et, s’il avait pu, il aurait ri aux éclats.

Mais ce soir-là, nous les pas fins, on avait décidé d’aller chercher... du Poulet Frit Kentucky ! On est fous d’même. On fait ça une fois par année, à la fête de mon chum.

Quand le lunch est arrivé, embaumant chaque pouce carré de la maison et plus encore, il nous regardait avec des yeux de chien battu. Déjà qu’à cause de l’enflure, il ressemblait à un écureuil les joues pleines de provisions. Il faisait vraiment pitié, pauvre petit.

C’est là, sans doute perturbé par l’odeur qui règnait, qu’il a décidé de tenter une expérience culinaire originale.

Dans son mélangeur Ninja broyeur de glaçons, il a versé une tasse de bouillon de poulet, quelques morceaux de poulet PFK blancs et trois, quatre frites du colonel Sanders. Pendant ce temps, tout le monde autour se tordait de dégoût. Ouache ! Beurk ! Dégueu ! Pas game ! Malade !

Si tu y goûtes, j’y goûte, que je lui ai alors lancé, consciente que je vivais un moment digne d’alimenter cette chronique.

Après une minute à une puissance de 900 W de calibre professionnel il a obtenu un beau mélange onctueux d’un blanc qui, chez Benjamin Moore, aurait sans doute été baptisé Blanc Alpin.

Après avoir passé le tout au tamis, on aurait dit un velouté au poulet. Même au goût, car oui, j’y ai goûté. C’était, à ma grande surprise, par-fait !

Servi dans une soupière antique avec des petites biscottes, de la baguette coupée en angle et du fromage d’ici, même les fines gueules n’y auraient vu que du feu !

Plusieurs chialent sur le « manger mou ». Tout se cache pourtant dans l’art de faire du vrai bon mou : lisse, sans grumeaux, pas de mottons, exempt de croquants ou de filaments. Et de bien le présenter.

Suffit d’essayer.

Pour vrai, certaines choses peuvent ainsi tellement mieux passer.