Isabelle Gaboriault

Le chant des oiseaux

CHRONIQUE / L’avez-vous entendu, ressenti, apprécié? Il est fort présent la fin de semaine depuis un bout de temps. Beaucoup le matin, pas seulement à l’aube, et énormément le soir, bien avant le coucher du soleil. Quoi ça? Le si-len-ce.

Il y a un an, presque jour pour jour, j’abordais dans cette chronique à quel point j’aimais savourer le silence. Dans Le goût du silence, je vous invitais même à vous l’imposer quotidiennement pendant quelques minutes, quelque part entre vos cinq portions de fruits et légumes, votre poignée de vitamines, vos 30 minutes d’activité physique et vos deux litres d’eau « à température ambiante ».

J’espérais que ma proposition fasse grand bruit!

Aujourd’hui, alors que l’ensemble de la planète a été forcé de se mettre sur pause, le calme s’est imposé de lui-même. Un des rares bons côtés à la propagation de cette bibitte à couronne, avec le fait de pouvoir «travailler en mou»… quand on a encore la chance de travailler.

D’un coup, avec les voitures garées, les usines fermées, les chantiers arrêtés, bref avec les villes comme soudainement endormies, les émissions sonores se sont tues. Désormais, tout n’est plus que silence. Le nombre de décibels a chuté, faisant ressortir les bruits de la nature. Bruits apaisants.

Samedi matin, sur mon balcon, le nez au soleil, j’entendais concerter un oiseau dans l’arbre de mon quatrième voisin! Du jamais entendu.

Le coronavirus a amenuisé le bruit de notre société agitée. Il a presque tué l’anthropophonie.

Nos paysages sonores se divisent en trois grandes catégories : la biophonie, qui regroupe l’ensemble des sons émis par des êtres vivants, comme le chant de la tourterelle triste ou le dialecte de l’écureuil roux. La géophonie, formée des sons venant d’éléments naturels non vivants, comme le vent, le tonnerre ou la pluie. Et il y a l’anthropophonie, composée des bruits liés aux activités humaines.

Par exemple, l’ambulance appelée sur une urgence, l’oncle Serge qui tond sa pelouse ou Coralie qui crie après sa petite sœur Mandoline. Depuis que le coronavirus a pris ses aises dans nos villes, villages, provinces, états, pays et continents, la biophonie semble avoir pris le dessus sur l’anthropophonie. Et ce n’est pas désagréable du tout.

Bon. Je sais pertinemment que tout ça ne durera pas. L’activité économique, sociale, communautaire et culturelle, la vie quoi!, devra bientôt reprendre son cours, mais d’ici là, pourquoi ne pas juste apprécier?

Les moments de pur silence sont si rares. Profitons de la présence de ce virus silencieux causant le silence pour saisir tous les bénéfices de l’absence de bruits. De toute façon, ce n’est pas comme si on avait 100 000 choses à faire présentement…

Imaginez. Dans certaines sociétés, les gens s’imposent le silence, car ce dernier est vu comme « un repos de l’âme ». Noble, non? Et invitant. Moi, ça et une belle journée ensoleillée, ça me parle pas mal plus que de laver mes fenêtres.

Le bruit, c’est connu, est un facteur de gène auditive, de trouble du sommeil, de déconcentration, de changement d’humeur et de stress. Des phénomènes qui peuvent mener, par exemple, à la diminution de l’apprentissage, l’hypertension, voire à un dérèglement hormonal!

En sachant ça, l’idée de profiter de paysages sonores calmes, imposant un sentiment de tranquillité et de repos, comme ceux qui nous entourent présentement, sonne comme de la musique à mes oreilles.

C’est prouvé : retrouver un contact sensoriel avec la nature améliore notre bien-être et protège notre santé. En plein ce dont on a besoin ces temps-ci. Rappelez-vous le côté apaisant des vagues à Cuba, du crépitement du feu en camping ou des chutes à Bolton.

«Savourer le silence», ou si l’absence de bruit vous angoisse, «Écouter la nature», sont des tâches qui devraient figurer sur votre To do list quotidienne pour les prochaines semaines.

On préférerait que ce vilain virus nous fasse découvrir et aimer le chant du bruant à gorge blanche que de lui donner l’opportunité d’irriter la nôtre et de nous clouer le bec.