Fini le party!

CHRONIQUE / À moins d’être complètement déconnecté, tout le monde sait que ce mercredi 14 février, c’est la Saint-Valentin.

Dites-moi, êtes-vous des couples qui ont prévu se payer un souper quatre services au resto ou encore de ceux qui partageront un «combo panthère noire» devant Cinquante nuances plus claires au cinéma ?

Des autres qui envisagent d’aller skier en amoureux, de s’offrir un bouquet contenant au moins une rose bleue ou du chocolat Laura Secord dans une boîte en forme de cœur ? Vous êtes alors des plus fous (ou romantiques) ? De ceux qui souhaitent pousser l’audace jusqu’à prévoir une playlist de chansons d’amour qui servira de trame sonore à leur soirée, pendant que d’autres, histoire de « réussir leur Saint-Valentin », ont la ferme intention de suivre à la lettre tous les trucs partagés sur Internet ?

Partout on y parle de recettes aphrodisiaques, de jus pour booster la libido ou de sextoys eco-friendly. J’ai même lu qu’il existait des préservatifs avec lesquels faire d’une pierre deux coups : se protéger ET protéger l’environnement.

J’oubliais. Serez-vous de ces mamans qui ont pensé concocter de petits sacs à surprises sucrées à leurs enfants qu’elles entendent envoyer à l’école vêtus de rouge ou de rose pour qu’ils soient « dans le thème » ? Le tout en ayant — subtilement — enfilé des sous-vêtements qui fittent ensemble, voire de la lingerie, celle qu’elles ne portent pas normalement un mercredi (soir de natation du petit), pour fêter en grand?

Paraît que 67 % des couples font l’amour le soir de la Saint-Valentin. Une activité fortement recommandée par les cardiologues.

Y’a rien de mieux pour la santé cardio-vasculaire !

L’énergie dépensée pendant un acte sexuel serait, disent-ils, la même que celle nécessaire pour monter deux étages à vive allure. Le faire trois fois par semaine (l’amour, pas gravir deux étages !) éloignerait le cancer de la prostate chez l’homme et celui du sein chez la femme.

Si vous prévoyez vous investir corps et âme pour vivre une belle soirée de Saint-Valentin, je préfère vous le dire tout de suite : vous devrez cette année revoir vos plans, car il y a un hic.

Je ne me ferai peut-être pas aimer en me faisant ainsi casseuse de party, mais en 2018, la Saint- Valentin tombe en même temps que le Mercredi des Cendres.

Le phénomène ne s’est pas vu depuis 1945, Mesdames, Messieurs. En fait, c’est la cinquième fois que ça se produit depuis 1918. Les deux événements se sont chevauchés en 1923, 1924, 1934 et 1945.

C’est quoi le Mercredi des Cendres ?

C’est le début du carême ! (Je vous rappelle que j’ai obtenu 100 % comme note finale en catéchèse en cinquième secondaire. Faut que ça serve autant de connaissances, que je me dis.)

Pour les catholiques, le Mercredi des Cendres représente un jour de pénitence. Un jour de jeûne et d’abstinence.

Ce jour-là, c’est : pas de viande, pas de gras, pas de sucre.

Dans d’autres mots : ce jour-là, c’est pas de Saint-Valentin !

Du moins, ce n’est pas la fête de l’amour comme ce que nous en avons fait au fil du temps. Comme Noël, on a matérialisé cette journée. On l’a dénaturée. On se donne des nananes en espérant que l’autre entende « Je t’aime ». Des vrais nonos.

Pourquoi alors ne pas profiter du fait que le Mercredi des Cendres et la Saint-Valentin se partagent le calendrier pour voir cette fête sous un nouveau jour ?

Pour se dire les vraies affaires. Ou se les écrire, si c’est trop déstabilisant de vive-voix.

Une façon de faire fort jolie, simple et économique.

Boire et se nourrir des paroles de l’autre. Simplement.

C’est pas beau, ça ?

Jeûner n’aura jamais eu si bon goût.