Entre les lignes

Mon ami rongeur

Acheter un animal, tout le monde le sait, doit être un acte mûrement réfléchi.

Voilà pourquoi décider d’offrir un chat imberbe ou un chien de sacoche à Noël n’est peut-être pas l’idée du siècle... Un hamster chinois non plus!

Laurencio, huit ans, rêvait de recevoir un hamster nain en cadeau. Des rongeurs, ils en hébergent dans sa classe depuis la maternelle. Aussi, des amies à elle en ont un à la maison. À force de jouer avec Soeur Jeanne et Grignotine, l’idée d’avoir sa propre petite bête s’est mise à la ronger au fil du temps.

Le (gros) hic: sa mère a une peur bleue marine des rongeurs. 

Comment pourrais-je, avec ma phobie, m’occuper d’un hamster? 

Ça se vide comment une cage de rongeur en laissant ledit rongeur dedans?

Comme je ne trouvais pas de réponse à ce grand mystère de la vie, et certaine que ma petite allait s’occuper de sa bestiole le temps de dire «ratatouille», ma réponse était donc automatiquement et régulièrement, NON. 

On a peut-être l’air de rien comme ça, nous, les parents, mais on la connaît la chanson. On achète un animal et après deux semaines, malgré toutes les promesses du monde entier faites par notre progéniture, c’est nous, les caves, qui sommes pris pour pelleter de la litière agglomérante extra-dure à la senteur de poudre pour bébé. Même chose dans le cas du chien, du poisson rouge et du hérisson. L’enfant se déresponsabilise et c’est le parent qui écope. 

Bref, c’est pas un cadeau.

Chez nous, autant mon chum que notre grande ont été catégoriques quand Laurence s’est mise à sautiller comme un yorkshire en scandant; «J’veux un hamster!» «J’veux un hamster! » 

Ils ont dit «Ok pour la bibitte, mais nous, on ne s’en occupe pas. JAMAIS!»

La décision revenait donc à la musophobique que je suis. 

La musophobie est la phobie des rats, des souris et des rongeurs en général. Curieux, car ce qui m’écoeure le plus chez ces «animaux inutiles», c’est leur queue. 

Je suis plutôt «queusophobique».

«Mais un hamster, maman, ça n’a pas de queue!», que me répétait sans cesse mon petit perroquet.

Avant le congé des Fêtes, rusée comme un renard, elle a donc emprunté Soeur Jeanne à l’école pour l’amener crécher quelques jours à la maison. À ma grande surprise, la cohabitation s’est bien passée. Mais je n’ai pas osé la prendre...

Toujours avant Noël, lors d’un souper chez la propriétaire de Grignotine, j’ai osé. Pour montrer à ma fouine qu’on pouvait surmonter (une partie de) nos peurs, j’ai pris mon courage dans une main et le rongeur dans l’autre. Un exploit! Ma fierté était celle du joueur du Canadien brandissant la coupe Stanley. 

Devant ce fait d’armes, je me suis dit que j’étais peut-être mûre pour acquiescer à la demande récurrente de ma fille. On allait lui acheter son fameux hamster. On allait l’acheter le 23 décembre. Mes parents allaient l’héberger quelques heures et le soir du 24, SURPRISE!

Un super plan! 

Choisir la cage et tout le nécessaire a pris cinq minutes. Quand est venu le temps de choisir la bête, ça a été... plus long.

D’abord, la cage des hamsters chinois se trouvait entre l’habitat de gros rats, qui ressemblaient à des vaches galloway ceinturées, et la maisonnée de souris vigoureuses. 

TOUT POUR M’AIDER! Ce qui devait donc arriver arriva. 

Quand le commis a déposé dans ma main la seule femelle disponible et que celle-ci a cherché à se faufiler dans la manche de mon manteau, j’ai eu peur et... je l’ai échappée. Après sa chute, elle s’est enfuie sous les étagères et jamais le spécialiste des rongeurs n’a réussi à lui mettre le grappin dessus.

Devant ce désastre, honteuse, désolée et mal à l’aise, je ne pouvais clairement pas repartir avec cet animal. J’ai donc proposé que Laurence vienne choisir son hamster elle-même. Si elle aussi avait du mal à le prendre, le projet venait de s’éteindre.

Une idée que le jeune homme de l’animalerie a trouvé géniale. Et pour tenter de dissiper mon malaise d’avoir perdu un hamster dans le magasin il m’a dit: «Ne vous en faites pas, madame. J’ai perdu un serpent la semaine dernière: ça va lui faire de la bouffe!»

Finalement, Laurence a choisi son hamster chinois après les Fêtes. Kurt, prononcé Queur-te, en l’honneur d’un personnage de la télésérie Glee, (et parce qu’il a une toute petite queue finalement) vit avec nous depuis bientôt un mois. Ils jouent ensemble tous les jours. Elle s’en occupe comme une grande. Et oui, j’arrive à le prendre. 

J’ai souvent lu que la compagnie d’un animal domestique permettait d’aborder divers sujets avec les enfants. Avec notre poisson combattant (Betta Splendens), on avait parlé de la mort il y a quelques années, même de suicide. (L’épais avait sauté en dehors de son aquarium!) Avec Queur-te, on vient d’explorer... l’anatomie. Une particularité des hamsters chinois? Des testicules proéminents! Un léger détail absent lors de l’achat et que le commis n’a pas eu la chance de me partager quand j’ai fait faire un saut de la mort à la seule femelle de la portée...

En pensant à cette aventure, et quand je regarde ma Laurence jouer avec Queur-te, je souris.

Entre les lignes

Donnez donc!

Au cours des deux dernières semaines, on s’est donné la main, des bisous, des câlins, donc nos microbes. On s’est donné des cadeaux, des nouvelles et nos recettes de petits pains fourrés. Pendant deux semaines, on s’est donné du trouble, de l’ouvrage. On s’est donné rendez-vous.

En gros, ça fait deux semaines qu’on se donne!

Devinez ce que je voulais vous inviter à faire plus en 2018?

Donner!

Donner, dans le sens altruiste du terme, fait du bien. 

Même les plus petits gestes de bonté ont un effet positif, autant sur la personne qui le pose que pour celle qui le reçoit. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un super docteur psychologue clinicien du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse! 

Donner de son temps, des compliments, de l’attention fait chaud aux cœurs.

Assis autour d’un xième repas dans le temps des Fêtes, la conversation a soudainement virée sur Midas. 

Hormidas, c’est mon grand-père du côté de mon père. Hormidas Gaboriault. 

Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de le connaître. Midas est parti en janvier 1973 et moi, je suis arrivée en décembre 1975.

J’en ai toutefois beaucoup entendu parler. 

Midas avait le cœur sur la main. Chauffeur d’autobus par plaisir (il travaillait à temps plein comme opérateur à la centrale d’Hydro-Québec à Saint-Césaire ), il semble avoir marqué toute une génération d’enfants par sa bonté. Ma tante racontait ce soir-là qu’il offrait souvent (en cachette) un lift à des dames qui se rendaient ordinairement au travail à pied. 

Il voulait leur épargner des pas. 

Des fois, après l’école (toujours en secret), il faisait un arrêt à la crèmerie du coin pour acheter un cornet-de-crème-à-glace à tous les enfants qu’il transportait dans son autobus. 

Faire plaisir aux autres et rendre service faisaient partie de ses activités préférées. 

Un jour, Midas a embarqué des pouceux à Saint-Césaire. Le couple, qui venait de Boston, cherchait à se rendre à Expo 67. En deux temps, trois mouvements, ils se sont retrouvés à l’entrée du site sur l’Île Notre-Dame! C’est tout juste si Midas ne leur a pas acheté leur passeport «adulte» et une barbe à papa.

Mon père est pareil. Toujours le premier à ouvrir la porte aux autres. Toujours celui qui intervient si quelqu’un tombe dans la cour du centre d’achats. Avec sa souffleuse, s’il pouvait ouvrir la rue Yamaska au grand complet et toutes les cours qui s’y jettent, il le ferait. À la maison, mon père est toujours prêt à nous aider, mon chum et moi. En dedans comme en dehors de la maison. Il conduit les filles à l’école ou la danse. Il lave l’auto, booste le camion, passe la tondeuse, peint la galerie, etc.

«C’est juste normal de rendre service!, qu’il m’a dit quand je l’ai appelé pour lui demander d’où ça vient cet élan de générosité. Pour moi, pis c’était pareil pour popa, c’est automatique. Quand t’’as le temps, quand t’es pas trop occupé, c’est normal d’aider les autres.»

C’est une façon de se rendre utile, qu’il a ajouté.

«C’est valorisant. Pis une autre affaire que me disait tout le temps popa, c’est de toujours aller chercher la personne seule dans le coin.»

À ces paroles, je me suis revue en cinquième secondaire, toute croche de voir une petite nouvelle de première seule dans son coin lors d’une sortie scolaire. L’image était tellement triste, que je suis allée la chercher pour qu’elle vienne s’amuser avec nous, les grandes. 

Ce jour-là, Midas, comme mon père, venait d’agir à travers moi. 

Et c’est comme ça depuis. C’est inscrit dans mon ADN. Ils m’ont donné l’exemple. 

J’aime donner de mon temps. Faire plaisir aux autres. Les aider. Être la pour eux. Les écouter. Les faire rire. Avec plus de temps devant moi, je le ferais encore plus. Mais sachez qu’on n’a pas besoin d’offrir la lune. Un petit geste tout simple peut, à lui seul, faire une grosse différence.

Et même si l’hérédité s’en occupe en partie, je tente de donner le goût à mes filles d’en faire autant.

Une année dans ce billet, je vous invitais à oser. Au début de 2017, je vous souhaitais du temps.

Cette fois, je vous invite à oser donner du temps. C’est bon pour la santé.

Tout est dans tout!

Bonne Année 2018!

Entre les lignes

Merci Anne!

CHRONIQUE \ Ouin. La nouvelle année commence raide au bureau.

Avec le départ à la retraite de notre chef de pupitre Anne Normand, Marie-France Létourneau et moi devenons les deux plus « vieilles » journalistes de la salle de rédaction de La Voix de l’Est.

Sur la liste d’ancienneté, Marie-France occupe la première position. 

Moi, la deuxième. Et, honnêtement, ça fesse.

(J’aimerais ici saluer chaleureusement Manon, une des grandes sœurs de Marie-France, dont je suis, semble-t-il, l’idole. Ça me touche droit au cœur. Merci !) 

Bref, faire partie des meubles de La Voix de l’Est à 42 ans, c’est un brin déstabilisant. Je me revois comme si c’était hier, entourée de journalistes d’expérience, réviser, voire reformuler en entier mes premiers textes à être publiés. C’était pourtant à la fin du XXe siècle ! 

Dans le temps, des cendriers trônaient sur les bureaux de plusieurs entre des calepins remplis de notes souvent illisibles et des piles de communiqués de presse entrés par fax. À l’époque, on possédait une pagette pour la salle au complet et le téléphone terrestre, on ne l’utilisait pas que le vendredi pour commander une cuisse chez Duhamel.

À mon arrivée au journal en 2000, Anne Normand faisait déjà partie des monuments aidants et patients. Bon, elle n’est pas de ces « vrais gros monuments » qui sont passés du fameux « 136 Principale », ce lieu mythique où La Voix de l’Est a pris naissance, à notre adresse actuelle.

Quand même. Le bébé de l’année qu’elle est a vu neiger ! 

Et au fil du temps, elle nous a enseigné plein de choses.

Entrée en poste en 1989, Anne a fait toute sa carrière au 76, rue Dufferin, avec vue... sur Villa-Bonheur. On a beau être situés devant le majestueux parc Victoria, c’est plate à dire, mais on ne le voit pas.

Après une longue carrière comme journaliste aux arts, Anne a gardé son horaire d’oiseau de nuit en devenant adjointe au pupitre et, ensuite, chef de pupitre. 

Tous les soirs, son œil de lynx (ou de porc frais, comme elle se plaisait à nous dire) parcourait nos textes pour y vérifier les fautes comme les faits. 

Pour elle, l’orthographe, la grammaire et la ponctuation n’ont plus vraiment de secrets. Et s’ils en avaient, il y avait toujours Marie-Éva !

Après l’amour inconditionnel qu’elle porte à Arthur, son yorkshire hyperactif, je soupçonne Anne de vouer un culte à l’auteure du Multi Dictionnaire de la langue française. La dame aurait inventé le feu qu’elle ne l’admirerait pas autant. 

Anne aime le français. Ce qui fait d’elle une redoutable adversaire au Scrabble. 

Par exemple, c’est elle qui m’a appris que le mot aréna était un garçon et oasis une fille. Qu’on pouvait sortir indemne d’un accident de voiture et non intact. Que le week-end, les gens magasinent dans un centre commercial et pas dans un centre d’achats.

C’est aussi Anne qui, à l’occasion, nous envoie divers quiz et tests pour qu’on puisse déjouer ces nombreux pièges que nous tend notre belle langue. Des après-midi ou des après-midis ? Moyen-Âge : avec un trait d’union ou pas ? Baillement, avec ou sans accent circonflexe ?

Pour te remercier pour tes conseils, ton aide, tes suggestions et tes bons mots Anne, voici quelques anecdotes sur la langue de Molière.

Savais-tu que ressasser pouvait se lire dans un sens comme dans l’autre ? C’est le plus long palindrome de la langue française.

Savais-tu que œil était le seul mot qui commence par une lettre différente de son pluriel, yeux ?

As-tu déjà remarqué que oiseau était le plus long mot dont on ne prononce aucune lettre ?

Si un jour tu t’ennuies, je te lance le défi de trouver un mot qui rime avec simple. 

Finalement, savais-tu que l’anagramme de chien était niche ? Ou Chine, c’est selon... là où les chiens sont servis dans une soupe avec des légumes !

Je n’arrive pas à croire que tu partes à la retraite. Pas quand mes souhaits pour toi pour 2018 sont ceux normalement adressés à une ado : un nouveau chum et l’obtention de ton permis de conduire !


Entre les lignes

Le temps des Fêtes

CHRONIQUE / Mercredi 20 décembre. Noël est dans quatre jours.

Pendant que tout le monde autour transporte une douce odeur de ruban adhésif après avoir pris le week-end pour emballer leur montagne de cadeaux, moi, je n’ai pas encore commencé mes emplettes.

Une information que j’essaie toutefois de garder pour moi. 

Car voyez-vous, malgré mon grand sens de l’organisation, je ne suis pas de celles qui magasinent leurs cadeaux de Noël dans les outlets de Kittery pendant leurs vacances estivales dans le Maine. 

Non. Ça me prend de la neige. Une ambiance. Une légère urgence.

En grande observatrice que je suis, j’ai toutefois remarqué que plusieurs étaient stressés par le temps des Fêtes. Avec les années, j’ai même décelé que de leur avouer ma procrastination par rapport à l’achat de mes cadeaux affectait directement leur fréquence cardiaque. Soudainement, ils viennent tout en sueur et je vois, dans leur regard vide, qu’ils révisent leurs nombreuses listes dans leur tête pour être certains de n’avoir rien oublié.

Du coup, ils stressent pour moi ! 

Comme si la Terre arrêtait de tourner le soir du 24 décembre. 

OK, ça représente une étape. L’année tire à sa fin, mais est-ce qu’un sapin s’est transformé en citrouille quelque part sur la planète parce que la petite Még-Ann n’a pas reçu son ensemble de médecin Kid Connection, sa mère étant submergée par la préparation de son ragoût de pattes ?

Je vais dire comme mon ado : Calmos!

Ce qui me rend dingue en cette période de l’année, c’est de croiser un tel « paquet-de-nerfs-de-Noël » et l’entendre me dire, comme pour se convaincre de je ne sais trop quoi : ah, inquiète-toi pas, tu vas arriver à Noël en même temps que tout le monde !

Je ne suis pas inquiète du tout, parce que JUSTEMENT : c’est clair que je vais fêter Noël en même temps que tout le monde !

Levez la main ceux qui, parce qu’ils ont acheté leurs cadeaux le 9 août et leur couronne de crevettes en octobre, arrivent à Noël avant le 24 décembre ?

Ce que les « trop-emballés-de-Noël » ne savent pas, c’est que malgré le fait que je tarde à mettre des paquets colorés sous le sapin, ma réserve de vins et de bières, elle, est prête. J’ai même déjà acheté des péchés mignons, des fromages et autres bouchées sucrées et salées pour le réveillon. 

J’ai aussi des idées de jeu en tête. Une vraie fée des Étoiles !

Tout de même, cette maladie voulant que tout soit parfait dans le temps des Fêtes m’agace un peu. 

On ne parle pas de « folie de Noël » pour rien. Amazon doit être responsable de tellement de crises de panique...

Devinez alors ce que je vais vous souhaiter pour Noël cette année ?

Du lâcher-prise. De la légèreté.

Et pour ceux que ça chamboule encore le fait que je sois Miss Dernière-Minute, sachez qu’un des cadeaux que je dois acheter est vivant.

Ma petite rêve d’un hamster. Elle en parle depuis des mois.

Que Noël tombe un 25 décembre encore cette année était donc une très bonne chose. Cela m’a permis de prendre tout le temps nécessaire pour surmonter ma phobie de ce petit rongeur. 

Je n’avais pas le temps de magasiner!

Ce qu’on ne ferait pas pour faire plaisir à nos petits cœurs...

Entre les lignes

Des rangées d’yeux mouillés

CHRONIQUE / La dernière fois que j’ai pleuré, c’était dans la rangée U.

Là, ça m’est arrivé, encore, mais dans la rangée B. 

Par chance, les deux fois, ma mère se trouvait tout près et elle me fournissait en mouchoirs. 

Allez savoir pourquoi: moi qui me mouche 95 fois par jour, 365 jours par année, j’ai TOUJOURS des mouchoirs sur moi. Mais quand je sors avec ma mère, j’oublie de me faire des réserves. 

Le temps d’un spectacle, je redeviens une enfant. Avec le Kleenex, elle m’offre parfois un bonbon rayé à la menthe ou une gomme Excel dans le paquet bleu. Des fois aussi, elle me fait des gros yeux en voyant qu’encore une fois, je me fie sur elle au niveau de l’écoulement nasal. 

Mais comme elle m’aime d’un amour inconditionnel...

En novembre, ensemble nous sommes donc allées voir le spectacle de la Troupe Musicophonie au théâtre Palace. Rangée U. 

Organisé au profit de la Chaire de recherche Louis-Philippe Janvier, En famille était animé par Émilie et Marie-Ève Janvier, les soeurs-chanteuses du jeune homme emporté par le cancer en 2013. À un moment donné dans le concert, on nous présente un montage des nombreux spectacles animés par Louis-Philippe au fil des années. Musicophonie c’était pour lui. C’était lui. Une vidéo forte en émotions. Tout de suite après, les deux filles sont arrivées sur scène pour livrer Le Phil de nos vies, une chanson écrite à la suite de son départ. 

Seigneur.

Voir quelqu’un chanter des paroles qui prennent aux tripes sans trémolo dans la voix, ça me jette chaque fois par terre. D’entendre ces deux grandes voix livrer cette chanson avec aplomb, et ce, malgré la charge émotive que cela représentait pour elles, m’a complètement bouleversée. J’en avais mal à la gorge. 

«Comment elles font?», que j’ai réussi à souffler à ma mère... tout en lui tendant la main, signe qu’il me fallait un Kleenex pour me recoller le mascara à la bonne place.

Quelle force. 

Le week-end dernier, c’était le spectacle de Noël de l’école de danse Tendanse où nos deux filles sont inscrites. Une joyeuse ribambelle de chorégraphies hip hop, de danse lyrique et de paillettes mettant en vedette beaucoup de talent, le jaune moutarde et le jeans troué. Cette année, pour la première fois, l’école offrait un cours de danse parents-enfants. 

Seigneur.

Les premiers mouvements de la choré, c’est une grand-maman qui les faisait, seule, au beau milieu de la scène. Quand les lumières ont éclairé le reste du groupe, des mamans suivaient le rythme et, comme de petites souris sortant des murs, leurs filles sont venues les rejoindre en courant. Le tout sur une version smooth d’Everybody Hurts du groupe R.E.M. Cette pièce occupe la 37e position dans le Top 100 des chansons qui font pleurer. Juste avant Hallelujah interprétée par Rufus Wainwright. 

Vous savez à Battleship, quand on touche et coule le paquebot de notre adversaire? J’étais soudainement ce bateau: touchée droit au coeur et submergée par un flot de larmes.

Parmi les souris-danseuses, il y avait Annabel. La petite souffre d’une maladie très rare qui a nécessité une trachéotomie à sa naissance.

Elle dansait avec sa mère et sa mamie. Ti-chat d’amour.  

C’était tellement beau de la voir. Beau de les voir.

J’ai pleuré ma vie. Rangée B. 

Et à entendre les gens se moucher ici et là dans le Palace, je n’étais pas la seule. Les gens braillaient. Rangées A à Z.

Ce numéro était d’une douceur... C’était complètement renversant. 

Chapeau à l’école qui ouvre grand ses portes aux enfants différents.

J’ai croisé Véronique, la maman de Milann, à l’entracte. Le petit bonhomme est atteint de trisomie 21, ce qui ne l’empêche pas de faire du hip hop. Il a dansé avec son groupe ce week-end.

«On a tellement pleuré de le voir aller!», qu’elle m’a lancé, fière de l’exploit de son garçon, qui a fait ça comme un grand.

Bref, on est une méchante gang de braillards à se tenir au Palace.

Ne nous présentez pas Les Misérables, on va inonder la place...

Entre les lignes

Communiquoi ?

Mardi dernier, Chantal m’appelle au bureau pour me parler d’un projet mis sur pied par son fils dans le cadre de ses études en cinquième secondaire. Une exposition. Comme le jeune homme est à l’école le jour, c’est elle qui veille à faire circuler l’information. Ce que je comprends parfaitement.

On s’organise. Elle m’envoie du matériel et je m’engage à publier un petit quelque chose dans ma prochaine édition, celle que vous lisez actuellement.

Jeudi dernier, c'est au tour de Martin de me laisser un message au bureau pour me parler d’un projet mis sur pied par son fils dans le cadre de ses études en cinquième secondaire. Une exposition. Comme le jeune homme est à l’école le jour, c’est lui qui veille à faire circuler l’information. Il souhaite que je le rappelle, car il veut me donner tous les détails.

Avant de composer son numéro pour le joindre, je me fais une promesse intérieurement : si les parents du dit jeune homme habitent sous le même toit, c’est officiel qu’ils deviennent le sujet de ma prochaine chronique. Celle que vous lisez actuellement !

Pourquoi ? Parce que comme eux, tous les couples ayant leurs enfants sept jours sur sept, 365 jours par année — ceux formant les familles dites « nucléaires » —, voient le temps filer si vite que parfois, ils n’ont même pas le temps de se parler. Pire, ils souhaitent se dire certaines choses, mais les heures passent, et ils oublient. 

De septembre à juin, le phénomène est pire. 

Avec l’école, les cours, les rendez-vous ici et là, le travail et tout le reste, un couple ça se met rapidement au courant, ça s’avertit, ça s’organise, ça projette, ça met au point, ça se questionne, ça chiale, ça peut même juger et se chicaner, mais ça prend moins le temps de se « parler » à proprement dit. C’est plus rare, mettons. Il y a des jours, on se donne la tag dans la porte d’entrée de la maison... C’est complètement fou.

— « Ouin, on a une belle communication ! », m’a lancé le papa, en riant, quand je lui ai annoncé avoir déjà tout ce qu’il faut pour parler de l’exposition de son ado.

— Pas grave, vous êtes loin d’être les seuls : c’est pareil chez nous !, que je lui ai dit tout en lui avouant ma joie de les savoir ensemble. Ça va me faire un super bon sujet de chronique !

Pas facile de maintenir un taux de communication dans le brouhaha du quotidien. Surtout avec des enfants de 6 à 17 ans. 

Moi, après avoir fait deux fois le taxi pour ma grande, avoir fait réciter les mots d’anglais à ma petite, avoir rempli sa boîte à lunch, fait couler son bain et lui avoir répété huit fois d’aller se brosser les dents, après avoir mis le souper au frigo dans-des-ti-plats-de-plastique et plié deux bacs de linge propre, j’ai comment dire besoin d’une pause. Je n’ai pas nécessairement le goût de régler des dossiers, de parler de choses sérieuses ou encore du boulot. Du mien comme du sien. Parce que oui, les moments qu’il nous reste seuls à mon chum et moi, se pointent souvent le soir vers 22 h. Comme je me couche vers 21 h, faites le calcul, le temps destiné à la communication est… limité.

Ce n’est pas qu’on n’a rien à se dire. C’est le temps pour le faire qui nous manque, souvent, malheureusement. Les priorités, on y fait toutefois face. On en jase et on est efficaces, mais le reste...

Mon chum a déjà appris des trucs par rapport à mon horaire de la semaine en jasant avec une de nos amies ! Mieux vaut en rire.

Bien communiquer est le secret d’une entente amoureuse durable, qu’on peut lire partout.

Facile à dire, penseront plusieurs. L’important, que je me dis, c’est la qualité des choses qu’on se dit. Pas la quantité.

Souvent, pour ne rien oublier, ou pour m’assurer de dire telle ou telle chose à mon homme, je l’écris. Pas le choix.

Moi, le soir après le train, je ne veux pas toujours parler : j’ai la langue à terre.

Entre les lignes

Une belle soirée poivre-tilleul

CHRONIQUE / En fouillant pour trouver de la soie dentaire dans la pharmacie d’une amie dernièrement, je suis tombée sur ce qu’on pourrait appeler «une antiquité». Là, à côté de son déodorant et du nécessaire pour qui porte des verres de contact, j’ai découvert une bouteille de parfum poire-tilleul signé Fruits et Passion.

Ça, des bouteilles de parfum poire-tilleul signé Fruits et Passion, j’en ai vendu des caisses... dans une autre vie.

Cette fiole vert foncé, avec sa petite étiquette ronde tout aussi verte, m’a fait faire un méchant voyage dans le temps ce soir-là. En portant le flacon à mon nez, j’ai immédiatement été transportée aux Galeries de Granby, en plein rush de Noël, à l’hiver 1998!

Cette bouteille, ma chum la garde précieusement depuis... très longtemps. 

Malgré tout, l’odeur n’avait pas changé.

La poire occupait toujours la note de tête, laissant ensuite place au doux parfum du tilleul.

Tout en ramenant d’heureux souvenirs à ma mémoire, ce petit contenant de verre m’a réconciliée avec moi-même. En l’apportant dans la cuisine pour en vaporiser le contenu sur tout le monde, j’ai appris que Véro s’en servait désormais comme parfum d’ambiance dans sa salle de bain.

Le parfum d’ambiance est un phénomène né il y a une vingtaine d’années. Avant ça, on craquait des allumettes ou on épluchait des clémentines. 

Dans le temps, le parfum d’ambiance était THE cadeau d’hôtesse. Un push-push et ça chassait toutes les odeurs de cuisson ou les relents de couche de bébé Léon. Personnellement, j’en avais toujours deux versions à portée de main: Fruits des Vergers et Fruits des Champs. Honnêtement, l’odeur était nettement plus agréable que celle du vaporisateur désinfectant Lysol.

Bref, moi qui me trouvais fancy d’utiliser de l’eau de toilette pour chasser les odeurs désagréables de petit coin, j’ai découvert que je n’étais pas seule.

Tout le monde a, un jour, manqué son coup au niveau de l’alchimie parfum/corps. Au lieu de refiler nos mauvais achats à la belle-soeur dans un échange de cadeaux poches, repenser son utilité peut être une option.

Personnellement, il y a longtemps que je vaporise de la bruine pour le corps Human, toujours de Fruit et Passion, pour parfumer ma salle de bain. Chaque fois que je le portais, je le sentais. 

Visiblement, le match n’était pas parfait. 

Mais comme j’aimais bien l’odeur, j’ai décidé de le convertir en vaporisateur. 

En m’attardant à l’étiquette pour le bien de cette chronique, j’ai réalisé que cette «brume pour le corps», j’aurais pu m’en servir comme déodorant. 

Autre découverte: celle-ci est faite à base de fomes officinalis.

Le mot est d’ailleurs mis en évidence sur la bouteille, comme si tout le monde avait suivi sa formation en botanique. J’ai fait une recherche rapide. Pour notre culture personnelle, retenons qu’il s’agit ici d’une espèce de champignon. D’un point de vue marketing, j’avoue que le caractère exotique de fomes officinalis donne plus envie de s’en mettre partout...

C’est fou de voir à quel point le simple fait de croiser un flacon de 250 ml de parfum vendu à l’aube des années 2000 en allant faire pipi peut nous amener loin!

Si j’ai eu du plaisir à ce fameux souper parfumé?

Oui. Beaucoup. Je l’ai souvent écrit: passer du bon temps entre amis fait partie des belles choses de la vie.

Comment reconnaître nos bons amis?

Laissez-moi vous mettre au parfum: ce sont ceux qui vous le disent quand vous avez un grain de poivre coincé entre deux dents.

Entre les lignes

Sinistrose aigüe

C’est décidé, je me laisse pousser le toupet. En n’en ayant plus, je vais peut-être arrêter d’avoir de la broue dedans!

En fait, je l’avoue, cette idée est celle de ma collègue Josée. Elle me l’a suggérée, jeudi dernier, alors que je rentrais d’une petite marche de santé (mentale) dans le parc devant nos bureaux. Assise devant mon écran depuis cinq longues heures, le temps était venu de me concentrer sur le sujet de mon prochain billet. Celui-ci. 

Le vide. 

Prendre l’air allait sans doute m’inspirer, que je me suis dit. On parle partout des bienfaits d’un «bon bol d’air frais»...

Au retour de ma promenade riquiqui, alors que je serais restée plantée debout sur le trottoir à écouter le morceau de jazz qui émanait de la boutique son et image voisine du journal, l’inspiration n’était pas plus au rendez-vous.

Avec le découragement d’une fille qui aurait profondément eu besoin de monter Sutton et de relaxer au sommet, je suis donc rentrée au bureau... à reculons.

«Faut que j’écrive mon billet aujourd’hui, mais je ne sais pas sur quoi», que j’ai lancé à Jo, en m’arrêtant au comptoir des petites annonces. J’ai failli m’acheter une Prière à St-Jude.

— Parle de la broue dans le toupet!, qu’elle m’a alors suggéré. Moi, je laisse pousser le mien.

— Pour avoir plus de broue dedans?, que je lui ai demandé.

— Non, pour pu en avoir!

Elle était la deuxième depuis le matin à me proposer d’écrire sur la vie de fou qu’on mène. En fait, plus spécifiquement sur le caractère merdique de la semaine en cours.

Grosse, morose, chaotique, éreintante, épuisante, longue. Ces termes sont sortis à la suite d’un sondage que j’ai moi-même pensé et soumis aux gens de mon entourage. Et pas juste à mes collègues. Je leur ai demandé comment, en UN seul mot, ils décriraient leur semaine.

Rien de positif n’a été énuméré. E-rien.

C’est connu, novembre est le mois le plus déprimant de l’année. Phénomène attribuable au temps froid qui s’installe et aux jours qui raccourcissent. C’est sombre, c’est gris, c’est moche.

«Dans les bureaux, l’atmosphère est à la sinistrose», que j’ai lu dans un article français.

Chaque année, à la même époque, le constat reste identique: l’ambiance dans les open-spaces est tendue, électrique.

Ah ces Français!

Reste que dans une étude du Centre national de recherche scientifique menée sur cinq ans auprès de 80 000 salariés, il a été découvert que l’organisation du travail y est pour beaucoup. L’automne, et ça serait partout pareil, tout le monde connaît une montée de l’intensité du travail. Jumelez à ça la fatigue et le manque de lumière et chacun se magasine un aller simple pour le burn-out! J’ai tenté de joindre des psychologues la semaine dernière et tous étaient dans le jus. 

Ceci explique cela, comme on dit.

Pour casser ce marasme automnal, le patron d’un cabinet-conseil, en France, invite chaque année ses 150 employés à trois jours de ski en Haute-Savoie!

Je n’en demande pas tant. Une sortie crazy carpet sur la butte du lac Boivin ferait mon affaire. Voyez-vous, même mon choix de mot tend vers la folie! 

La solution? 

En marge de la luminothérapie, des exercices, du liner voulant qu’on mange «plus de protéines et moins de sucre» et de la consommation de deux litres d’eau-température-ambiante par jour, les chercheurs proposent de... faire la fête!

C’est décidé, désormais je vais donner à l’expression «c’est le temps des Fêtes» tout son sens. 

En 2018, il va commencer le lendemain de l’Halloween.

Entre les lignes

Histoire de cernes

CHRONIQUE / Le syndrome du voisin gonflable ne m’a jamais affectée. La preuve, pendant qu’autour de moi tout le monde textait, facebookait ou pinterestait à partir d’iPhones 6 et plus ou de Samsung Galaxy gros comme des tablettes, moi, je me contentais de mon petit iPhone 4 noir, ton sur ton. Oui, celui lancé juste après le flip.

Vous savez, contrairement à la croyance populaire, je pouvais l’utiliser pour appeler et envoyer des courriels ! 

C’est vrai, je vous l’accorde, je ne pouvais pas coller le GIF d’une otarie qui applaudit pour exprimer ma joie en image, mais dans l’ensemble, mon cellulaire « faisait la job », comme on dit. 

Dire que j’ai souvent fait rire de moi en sortant cette antiquité de mes poches (surtout au bureau) serait toutefois un euphémisme.

Même si mon estime personnelle n’était pas en chute libre devant tout ce sarcasme, j’ai dit « Oui ! » quand mon chum m’a offert son vieux iPhone 6 Plus dernièrement. Il entre plus serré dans mes poches, mais je n’ai plus besoin d’une deuxième paire de lunettes quand je navigue sur Internet.

Bref. Un matin, j’arrive au bureau, fière de montrer à mes collègues que, comme eux, je suis à-la-fine-pointe-de-la-technologie. Bien sûr, ça en prend plus que ça pour les impressionner. D’ailleurs, mon « nouveau » côté full techno a vite pris une débarque quand, tout bonnement, mon patron est passé à côté de mon bureau en m’annonçant qu’il venait de partir son souper... avec son téléphone cellulaire.

Bon, je connais les grandes lignes de la domotique, mais de savoir que quelqu’un pouvait partir la cuisson de son rôti de lard à distance, ça, je n’avais encore jamais vu ça. Moi, je suis encore à l’étape d’applaudir le génie qui se cache derrière ma mijoteuse. On part de loin...

En fait, Marc a expliqué à la néophyte que je suis qu’il possédait un thermocirculateur. Un ANOVA Precision Cooker. C’est un récipient qu’on remplit d’eau dans laquelle on plonge nos aliments à cuire emballés sous vide. « Par un procédé d’équilibrage thermique, la bouffe cuit en atteignant la température de l’eau et, comme ça, rien n’est jamais surcuit ! », qu’il m’a dit, avec tous les termes scientifiques liés au phénomène.

Sa machine, liée à une application et une panoplie de recettes, il peut la contrôler à distance avec son téléphone. « Un jour, ils vont sans doute faire une application pour les Apple Watch », qu’il m’a lancé en jetant un œil... à son Apple Watch.

Bla,bla, bla...

On n’arrête pas le progrès.

Qu’est-ce qu’il a fait cuire avec son téléphone, le cuistot ?

Des œufs à la coque !

Ça m’a pris le temps de cuisson d’un œuf tourné avant d’arrêter de rire.

— Tout ça pour faire cuire des ŒUFS À’COQUE ? , que je lui ai balancé. Pis ça va cuire pendant combien de temps ton festin ?

Quand il m’a annoncé que ça allait prendre 45 minutes, j’ai failli demander qu’on me réanime tellement je riais.

Wow, ça c’est de l’efficacité !

Les nouvelles technologies ne sont pas censées nous faire gagner du temps ?

Bof, si le souper se fait pendant qu’on est au bureau, on s’en fout pas mal du temps que ça prend finalement, que je me suis dit. 

Pourvu que ce soit prêt une fois à la maison.

Moi, la folle, je passe mes dimanches après-midis à faire de la bouffe pour la semaine. Quand je ne le fais pas, je cours comme un singe toute la semaine et on ne soupe jamais avant 19 h.

Paraît que les œufs patronaux étaient « soyeux et sans aucun cerne noir à l’intérieur » ce soir-là.

Si je m’ouvrais, moi aussi, à toutes ces bébelles technos destinées à la cuisine, peut-être que moi aussi je serais moins cernée. 

Entre les lignes

J’ai tué le lutin

CHRONIQUE / C’est arrivé un peu plus de 24 heures après l’Halloween. Ma petite portait encore des traces de son maquillage de mime sur les joues. Rien n’avait pourtant annoncé ce qui allait se passer. Pas de lumières de Noël allumées dans la hâte dans mon quartier. Aucun petit vent du nord en sortant du bureau. Aucune trace de Mariah Carey dans ma radio au retour de l’école. Rien.

Tout a commencé par une conversation d’avant-dodo sur l’existence des sirènes. Rien n’était prémédité. Et pourtant.

Ce soir-là, dans le lit jumeau de ma fille de huit ans, dans un élan de transparence, j’ai tué notre lutin coquin !

« Les sirènes, les elfes, les trolls, les gnomes, les fées, etc. sont tous des personnages nés d’hommes et de femmes à l’imagination fertile, que j’ai expliqué à ma Laurence. Ça vient d’histoires écrites dans des livres ou dans des films. »

Après avoir analysé ce que je venais de lui dévoiler, ma petite m’a aussitôt demandé si les « lutins qu’on attrapait avec des pépites de chocolat » existaient pour vrai, eux.

— Toi, penses-tu qu’ils existent pour vrai ? , que je lui ai demandé, avec prudence, souhaitant entretenir le mythe. Tous les spécialisssssses vous le diront : dans ce genre de situation, il faut y aller avec finesse, avec délicatesse.

— Je pense que c’est vous qui faites les tours... Dis-moi la vérité maman. 

Certaine qu’elle était mûre pour encaisser le coup, je lui ai dit qu’elle avait raison. Je lui ai avoué que tout ce que Grelot avait fait comme folies depuis cinq ans, c’était mon œuvre (à 95 %), celle de sa grande sœur (4 %) et celle de son père (0,5 %, car un soir, ma mère qui gardait, avait pris la relève).

L’annonce a eu l’effet d’une boule-de-neige-tapée-serré en pleine face.

« J’veux pas m’en rappeler demain ! (ce que tu viens de me dire) », qu’elle m’a lancé entre deux sanglots.

Pauvre ti-chat.

Mes lectures m’avaient pourtant signifié que si un enfant posait une question du genre, c’est qu’il pouvait entendre la réponse. Certaines disaient même que si l’enfant osait demander, c’est qu’il savait déjà.

Reste à savoir maintenant si l’enfant VEUT vraiment entendre la réponse... Laurence, elle, ne le voulait pas. Visiblement.

Douter de l’existence du père Noël est un processus normal dans le développement d’un enfant. Autour de 5, 6 ans, il commence à douter, à questionner. À 7 ans, c’est l’âge de raison. C’est le moment où il arrive à discerner le vrai du faux. 

Quand ma fille m’a sommée de lui dire la vérité, toutes ces informations se sont bousculées dans ma tête. Des microsecondes pendant lesquelles j’ai —curieusement— eu le temps de me rappeler que j’en avais ras le pompon d’user d’imagination tous les jours de décembre pour faire faire des niaiseries au (maudit) lutin. 

Bref, tout ça mis ensemble a fait en sorte que... je l’ai éliminé. En quatre secondes.

« Et le père Noël, lui, est-ce qu’il existe, lui ? », a tenté ma petite avant de très vite se raviser, le visage enfoui dans ses couvertures.

« Non, non, j’veux pas le savoir tout de suite ! (lire : pas cette année). »

C’est drôle, je venais tout juste de m’imposer la règle stricte de tenir ça mort pour le père Noël. Et ce, encore des années. 

La douleur de ma fille me rappelait celle, immense, qu’elle a vécue le jour où j’ai coupé sa suce (Appelez-moi Cruella !). 

Pas envie qu’elle inscrive « Une nouvelle mère » au crayon à mine pas aiguisé sur sa liste de cadeaux cette année.

De son côté, du haut de ses huit ans, Laurence, elle, venait de statuer que plus jamais on n’allait lui passer un sapin.

« À Noël, je veux que tout le monde se couche en même temps que moi », qu’elle m’a balancé. Ma balle de neige cachait un boomerang. Bouya !

Je lui ai dit une vérité. Elle a riposté avec une conséquence. 

J’ai maintenant sept semaines pour développer une stratégie.

Toutes ces histoires de lutins et de père Noël, ce n’est vraiment pas un cadeau.