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Gilles Vandal
One America News et les théories du complot

Opinions

One America News et les théories du complot

Chronique / Fondé en 2013 par Charles Herring, One America News (OAN) est un média d’information en mode continu encore récent. Cependant, avec une entrée dans 35 millions de foyers américains et un auditoire évalué à 62 millions, elle se classe déjà au 4e rang — après Fox News, CNN et MSNBC — des chaînes de nouvelles par câble.

OAN cherche depuis quatre ans à augmenter son influence en recourant à une stratégie en cinq volets : couvrir chaque déclaration de Trump, dénigrer les médias traditionnels, minimiser les menaces russes, défendre le programme Make America Great Again et recycler les théories du complot. La stratégie d’OAN est claire. Le réseau vise à rejoindre tous les gens qui ne font pas confiance aux médias grand public, même à Fox News et aux médias sociaux.

L’objectif principal d’OAN consiste à promouvoir les différentes positions dogmatiques de l’extrême droite. Paradoxalement, ce réseau ne rivalise pas avec des médias de gauche, CNN ou les réseaux et journaux traditionnels comme CBS, ABC, le New York Times, le Washington Post ou même The Wall Street Journal. Pour OAN, ces médias sont tous beaucoup trop socialistes. Contre toute attente, son adversaire de prédilection est Fox News. OAN a réussi un tour de force en faisant passer Fox News pour un réseau d’information modéré et centriste.

Une deuxième particularité d’OAN : ce réseau est devenu le pilier conservateur préféré de Donald Trump. En fait, ce dernier se reconnaît encore plus d’affinités avec OAN qu’avec Fox News. Il n’hésite pas à mousser ses cotes d’écoute en exprimant périodiquement sa déception envers l’approche timorée de Fox News. Trump sait pertinemment qu’en attisant cette rivalité, il devient le principal gagnant dans l’affaire.

Par exemple, lorsque Fox News a publié en janvier 2020 un sondage montrant que 51 % des Américains voulaient que Trump soit destitué, ce dernier a exprimé son déplaisir en affichant ouvertement sa préférence pour OAN, allant même jusqu’à affirmer qu’OAN offrait une couverture équitable dans de brillants reportages en plus d’offrir une nouvelle voix cohérente et puissante aux Américains.

Une troisième spécificité d’OAN découle de sa fidélité totale à Trump. Ce réseau ultraconservateur a choisi de diffuser en totalité tout rassemblement organisé par le président. En plus d’accorder d’énormes couvertures à Trump, il s’en fait le défenseur inconditionnel. OAN est littéralement devenu un réseau de propagande ciblant la portion la plus conservatrice de l’électorat américain.

Toutefois, en plus d’être pro-Trump, OAN se démarque aussi comme étant une chaîne adepte des théories du complot. À l’instar de Trump, OAN n’hésite pas à diffuser des reportages ou des nouvelles en ligne sur des complots qu’il présente comme des faits réels, même s’ils s’avèrent ensuite sans fondement. Or, Trump publie ses gazouillis ou tweets sur ces pseudo histoires comme étant des faits réels et avérés.

Le réseau OAN fait régulièrement appel pour sa programmation à des invités ou à des activistes d’extrême droite qui se signalent par leurs fausses allégations, qu’ils partagent de manière simpliste avec le présentateur de nouvelles. En jouant sur la profonde polarisation politique, OAN considère que les « fausses nouvelles » sont tout aussi importantes et valables à traiter que les « vraies nouvelles ».

Mousser les fausses nouvelles ne représente pas pour OAN un problème éthique. Pour cette chaîne, tout n’est qu’une simple question d’opinion et toutes les nouvelles sont en soi biaisées parce qu’elles reposent sur les notions politiques préconçues du présentateur.

S’affichant clairement comme étant pro-Trump, OAN n’a pas hésité en 2016 à répandre le canular du Pizzagate ainsi qu’une théorie du complot impliquant le meurtre présumé d’un aide démocrate. Depuis, OAN soutient des théories du complot aussi variées que celles colportant que le président Obama aurait ordonné d’espionner la campagne de Trump, que Joe Biden et son fils Hunter auraient été fortement impliqués dans une grande histoire de corruption en Ukraine, que le coronavirus aurait été un canular démocrate pour ensuite devenir un complot chinois, etc.

La presse était traditionnellement considérée comme le quatrième pouvoir aux États-Unis. En adhérant aux théories du complot, les médias pro-Trump comme OAN et même Fox News se trouvent à renforcer l’idée qu’il n’y a aucune conséquence juridique ou déontologique à travestir la réalité. Trump, lui-même un théoricien du complot, les encourage à aller dans ce sens. Mensonges, fausses nouvelles, présomptions farfelues font maintenant partie de la nouvelle norme dans le domaine de l’information. Ainsi, les partisans de Trump sont à même de s’inventer une réalité fantaisiste.

Face à la crise du coronavirus, le soutien de Fox News ne suffit plus à Trump. Aussi, il a fait d’OAN son réseau préféré. Ce dernier ne cesse de louanger publiquement le président tout en diabolisant les réseaux traditionnels en tant qu’ennemis du peuple américain. En favorisant essentiellement OAN et Fox News, Trump montre ses vraies couleurs. Il ne défend pas la liberté de la presse comme un droit fondamental. Il veut simplement se faire sans cesse louanger par les médias.

Dans le processus de radicalisation, les individus recherchent des médias qui feront écho à leurs perceptions et à leurs présuppositions et qui confirmeront leurs convictions. Néanmoins, une fois radicalisés, ces individus sont convaincus d’être impartiaux et que ce sont les autres qui sont dans le tort et idéologiquement biaisés. C’est d’ailleurs justement ce tour de force qu’OAN a réussi auprès de la base populaire conservatrice de Trump.

Dans la polarisation qui domine aux États-Unis, les Américains ont tendance à privilégier une chaîne de nouvelles et à y demeurer fidèles. Cette attitude explique la fidélité des partisans de Trump qui prennent leurs informations de Fox News, de Breitbart, d’OAN ou des diverses radios populistes d’extrême droite. Ces différents médias les confortent dans leur croyance que le système à Washington est truqué et qu’ils sont les victimes d’une immense conspiration.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


Gilles Vandal
La syphilis: un fléau du 16e siècle

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La syphilis: un fléau du 16e siècle

CHRONIQUE / La syphilis est une maladie qui est apparue en Europe à la suite du premier voyage de Colomb dans les Caraïbes. Elle fut détectée dès 1493 à Barcelone et se changea en épidémie foudroyante à Naples en 1495. Comme elle ravagea d’abord l’armée française qui se trouvait dans la ville, un médecin italien la décrivit comme le mal français.

Des recherches archéologiques ont démontré que la présence de la syphilis dans les Amériques remonte au moins au 4e siècle de notre ère. Le mystère entourant son origine fut résolu en 1905 avec la découverte de la bactérie du tréponème pâle. Cette bactérie provient d’une mutation du pian, une maladie contagieuse débilitante, en Amérique latine. Cette dernière provoque ainsi une infection vénérienne chronique connue communément sous le nom de syphilis.

César Borgia, un jeune cardinal de 22 ans et fils illégitime du pape Alexandre VI, est le premier personnage célèbre à avoir contracté la maladie, lors d’un voyage à Naples en 1497. Il était allé assister comme légat pontifical au couronnement du roi de Naples et négocier un mariage royal pour sa sœur Lucrèce. César dut par la suite « porter un masque de velours noir pour cacher les lésions que la syphilis avait laissées sur son visage ».

Les informations entourant la nouvelle maladie de César nous viennent de Gaspar Torella, son médecin personnel, qui fut le premier à documenter les étranges symptômes affectant le jeune cardinal et ses tentatives pour le soigner. Or, Torella peignit durant les décennies suivantes, dans un traité portant sur la syphilis, toute l’horreur d’hommes rongés dans leur chair jusqu’aux os par cette nouvelle maladie et se tordant de douleur jusqu’à l’agonie.

Au début du 16e siècle, la maladie se propagea comme une traînée de poudre de Naples à Édimbourg, de Lisbonne à Moscou. Cette pandémie fut surnommée alternativement « la maladie française », « la maladie de Naples », « la maladie de Bordeaux », « la maladie espagnole », « la maladie allemande » et « la maladie polonaise ». Comme elle contamina ensuite l’Asie, elle prit là-bas le nom de « pustules européennes », etc.

Le mal se répandit tellement vite que dès 1498, le conseil municipal d’Édimbourg ordonna la fermeture des bordels de la ville. Entre-temps, l’Université de Ferrare convia ses chercheurs à un débat d’urgence visant à déterminer la nature du mal qui frappait la ville. Les théories entourant la maladie étaient aussi variées que ses symptômes pouvaient être tragiques. Ces théories allaient de furoncles de Job, d’une punition divine contre les péchés de la chair, à une conjonction astrologique des planètes.

Au 16e siècle, les premiers symptômes horribles de l’infection apparurent rapidement sous la forme d’un ulcère ou abcès sur les parties génitales ou la bouche. Dans les stades précoces, les victimes souffraient d’éruptions cutanées, de fièvre et de douleurs articulaires. Le chancre les guérissait dans les quatre à huit semaines suivantes, mais elles réapparaissaient ensuite sous forme de nouvelles éruptions cutanées couvrant la majeure partie du corps.

Des mois, voire des années plus tard, la bactérie se mit à attaquer le système nerveux, les organes internes, le cerveau et le cœur, après avoir infiltré la circulation sanguine. Les malades devenaient alors souvent aveugles et souffraient de problèmes nerveux, de troubles mentaux et de complications cardiaques. Avant de devenir mortelle, la maladie pénétrait jusqu’aux os. Pire encore, les hommes et les femmes pouvaient contracter la maladie et la transmettre à d’autres sans le savoir.

Le principal traitement de la syphilis au 16e siècle consistait à utiliser une pommade au mercure, un remède arabe du Moyen-Âge pour traiter les problèmes de peau. Les malades pouvaient se frotter avec cette pommade, comme ils pouvaient aussi la boire, l’inhaler ou l’utiliser pour soigner leurs organes génitaux. Les médecins utilisaient aussi la chaleur, sous la forme de bains de vapeur.

Les études historiques estiment qu’au 16e siècle, environ 20 % de la population européenne fut infectée par cette effroyable maladie. Les symptômes de la syphilis changèrent à partir de 1550, alors que la maladie devint moins virulente. La perception moderne de cette infection comme étant une lente maladie plus ou moins bénigne apparut à la fin du 16e siècle.

Comme cette maladie était liée à la sexualité, beaucoup de gens achetaient le silence de leur médecin. Cela serait le début de la relation de confidentialité liant le médecin à son patient. Elle joua un rôle dans le développement de la moralité victorienne et de son très célèbre système de quartiers de prostitution.

La syphilis représenta en quelque sorte une douce revanche des Amérindiens dans une guerre inconsciente des germes avec les Européens. À la Renaissance, des personnages aussi importants que François 1er, Charles Quint, Henri VIII et Yvan le Terrible furent décrits comme ayant été victimes de la syphilis.

Cette maladie connut une recrudescence au 19e siècle. Par exemple, les historiens estiment qu’elle touchait en 1900 16 % de la population parisienne et qu’elle était responsable de 11 % des décès. De même, 10 % de la population londonienne en était infectée. Finalement, 20 % des recrues de l’armée américaine souffraient de cette maladie. Des personnages aussi célèbres que Charles Baudelaire, Napoléon Bonaparte, Randolph Churchill, Henri de Toulouse-Lautrec, Paul Gauguin, Friedrich Nietzsche, Léon Tolstoï et Vincent Van Gogh furent au nombre de ses victimes.

Le développement des antibiotiques durant les années 1940 permit de contrôler cette maladie qui contamine encore chaque année 12 millions de personnes dans le monde.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
 La peste noire et la montée de l’antisémitisme

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 La peste noire et la montée de l’antisémitisme

CHRONIQUE / Depuis le début de la pandémie du coronavirus, le président Trump n’a pas hésité à affirmer que ce dangereux ennemi n’a pas de provenance américaine, mais qu’il vient de l’étranger. Plus encore. À maintes reprises, il l’a décrit comme un virus chinois. Or, cette attitude xénophobe n’a rien de nouveau. On la retrouve souvent dans l’Histoire. Cela est particulièrement vrai pour la peste noire de 1347.

À la veille de la peste noire, l’Europe comptait 2,5 millions de Juifs sur une population totale de 70 millions d’habitants. Un tiers des Juifs étaient concentrés dans le sud de la France et en Espagne. Plusieurs centaines de milliers de Juifs vivaient dans le Saint-Empire en harmonie avec leurs voisins chrétiens. Mais tout cela allait changer avec l’arrivée de la peste noire.

Entre les 8e et 13e siècles, l’Europe connut une grande expansion urbaine, économique et commerciale. À cause d’une lecture rigoriste de la Bible, les Juifs étaient les seuls, avec les Templiers, à pouvoir effectuer des prêts usuraires. Comme ils vivaient essentiellement de la finance et du commerce, les communautés juives se développèrent et prospérèrent. Évidemment, cela créa des rivalités d’autant plus importantes que de puissants seigneurs s’endettaient auprès de créanciers juifs.

En plus de provoquer une véritable hécatombe en anéantissant environ la moitié de la population européenne, la peste noire fut à l’origine d’une flambée de violence contre les communautés juives dans toute l’Europe. Comme les gens ne trouvaient pas alors d’explication scientifique à l’arrivée soudaine de cette pandémie, ils se replièrent sur une solution facile, à savoir l’identification d’un bouc émissaire. Les juifs devinrent les victimes de pogroms et autres attaques vicieuses.

Lors de l’éclosion de la peste, des accusations répugnantes se répandirent comme quoi des Juifs avaient provoqué la maladie en contaminant les puits. Et cela apparaissait d’autant plus vrai qu’ils l’avouaient eux-mêmes sous la torture. Les persécutions et les attaques contre les Juifs se multiplièrent au même rythme que la peste faisait ses ravages.

Dès avril 1348, le quartier juif de Toulon fut saccagé et 40 Juifs y furent assassinés. Les massacres se répandirent alors dans toute l’Europe, notamment en Aragon et en Flandre. Les chroniqueurs de l’époque rapportèrent entre autres des massacres de centaines de Juifs à Barcelone, à Bâle, à Erfurt et à Worms durant l’été 1348. À Francfort, on assista alors à un suicide de masse des Juifs. Des massacres s’ensuivirent à Mayence, où les Juifs tentèrent de résister, et à Cologne.

Durant l’automne 1348, une rumeur circulait : la dévastation causée par la peste était due à une conspiration internationale juive pour détruire la chrétienté. Selon cette rumeur, c’étaient des Juifs de Tolède qui étaient à l’origine du complot. Ces fables furent grossies dans l’imaginaire populaire. Étant donné qu’on percevait le rabbin Peyret de Chambéry comme un principal complice, les Juifs de la Savoie furent arrêtés et soumis à la torture. À la suite de leurs aveux, des dizaines de milliers de Juifs vivant dans plus de 200 villes et villages en Savoie, Suisse et Allemagne furent massacrés.

Le 14 février 1349, un véritable massacre de la Saint-Valentin survint, alors que plus de 2000 Juifs furent massacrés à Strasbourg. Pourtant, la peste n’avait pas encore frappé cette ville. Les victimes étaient placées sur une plateforme dans le cimetière pour y être brûlées. Les Juifs acceptant de se faire baptiser étaient épargnés. Des parents juifs donnaient leurs enfants pour qu’on les baptise et leur sauve la vie. Le baptême sauva ainsi plusieurs Juifs du massacre.

Les autorités locales en profitèrent pour annuler les dettes des seigneurs féodaux envers les banquiers juifs, ainsi que toutes les promesses de remboursement et les notes de crédit. Le Conseil municipal partagea les biens des Juifs massacrés proportionnellement entre les ouvriers et les artisans de la ville, démontrant ainsi que la question financière représentait une motivation majeure dans le massacre.

Les mois suivants, les seigneurs locaux occupèrent plusieurs villes le long de la vallée du Rhin. Dans ces villes, après des procès sommaires ou même sans procès, les Juifs étaient exécutés. Cela amena même des Juifs à décider de s’incinérer vivant en incendiant leurs propres maisons. 

Encore en 1351, 350 pogroms survinrent en Europe. De plus, 60 grandes communautés juives et 150 plus petites furent détruites. En l’espace de quatre ans, plusieurs centaines des 510 communautés juives que comptait l’Europe furent ainsi décimées. Beaucoup de Juifs ayant survécu aux pogroms d’Allemagne, d’Autriche, de France et de Suisse choisirent alors d’émigrer en Pologne, où le roi Casimir III affichait une politique de tolérance.

La justification de la peste pour commettre des pogroms s’étendit sur une longue période. On avait ouvert une boîte de Pandore. Par exemple, Bruxelles anéantit sa communauté juive en la massacrant seulement en 1370, soit plus de 20 ans après le début de la peste noire. Séville connut un pogrom important dans lequel des dizaines de milliers de Juifs perdirent la vie seulement en juin 1391.

Au cours de la peste noire, beaucoup de dirigeants refusèrent de suivre le mouvement populaire anti-juif. Le pape Clément VI émit une bulle déclarant que les Juifs n’étaient pas responsables de la peste. L’empereur du Saint-Empire, Charles IV, s’opposa lui aussi à ces pogroms, comme le firent plusieurs villes allemandes. L’éclosion de pogroms entre 1347 et 1351 montre néanmoins combien il est facile pour des démagogues de créer une réaction xénophobe durant une pandémie.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke

L’ACÉUM à l’heure du coronavirus

Chronique

L’ACÉUM à l’heure du coronavirus

Chronique / Le nouvel accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACÉUM) a été ratifié par le parlement de chacun de ces pays. Toutefois, cet accord ne peut devenir contraignant que 60 jours après l’échange d’avis officiels de ratification par les trois gouvernements. Or, si le Canada et le Mexique ont déjà envoyé cet avis, les États-Unis tardent à le faire. Pour que l’accord entre en vigueur le 1er juillet, il fallait que Washington envoie un avis officiel avant le 30 avril.

L’attitude de Washington dans ce dossier est déroutante. La mise en place de cet accord s’inscrivait dans la stratégie de l’administration Trump pour assurer sa réélection. Plus tôt dans l’année, Washington incitait le Canada et le Mexique à procéder rapidement, affirmant alors que l’administration Trump désirait que l’accord entre en vigueur dès le 1er juin. Maintenant, cette même administration hésite.

Cette hésitation a d’ailleurs amené un groupe bipartisan de 19 sénateurs américains à demander à l’administration de reporter la date de l’entrée en vigueur du nouvel accord commercial avec le Canada et le Mexique (ACÉUM). Ce groupe soutient que la présente pandémie désavantage les entreprises américaines. Selon ce groupe de sénateurs, celles-ci ont besoin de plus de temps pour s’adapter aux nouvelles règles régissant l’ACÉUM et s’assurer que le Canada et le Mexique respectent pleinement leurs engagements. Selon les dires des sénateurs, cela est particulièrement vrai en ce qui concerne l’industrie automobile.

Les entreprises canadiennes pressaient le Canada de ratifier le nouvel accord afin de mettre fin aux années d’incertitude qui ont accompagné l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Les chaînes d’approvisionnement allaient pouvoir ainsi retourner à la normale. Les autorités canadiennes croyaient qu’avec le nouvel accord, les échanges commerciaux avec les États-Unis deviendraient plus sûrs et que cela signifierait plus de travail pour les entreprises canadiennes. 

Mais c’était avant l’éclosion de la pandémie du coronavirus. Une nouvelle dynamique est apparue depuis. La frontière canado-américaine est devenue sous pression comme jamais en 40 ans. Depuis deux décennies, soit depuis le 11 septembre 2001, les autorités canadiennes se sont toujours battues pour garder la frontière canado-américaine la plus ouverte possible. Aussi, voir des pressions provenant même de l’intérieur du Canada pour restreindre la libre circulation des personnes et des marchandises à la frontière aurait semblé étrange jusqu’à tout récemment. 

Pourtant, il n’a fallu qu’une journée pour effectuer un tel virage. En moins de 24 heures, Ottawa et Washington en sont arrivés à un accord extraordinaire visant à limiter les passages de la frontière. Il fallait avant tout protéger la population canadienne contre la propagation du coronavirus. Cela fait contraste avec les trois années de négociations nécessaires pour arriver à l’ACÉUM. 

En effet, l’impensable est devenu réalité en mars dernier. Ottawa s’est entendu avec Washington pour restreindre drastiquement la circulation à la frontière, et ce moins de cinq semaines à peine après avoir adopté le nouvel accord commercial. Les déplacements non essentiels entre les deux pays ont été suspendus. La crise du coronavirus révèle que l’ACÉUM comporte plusieurs failles désavantageant le Canada. 

D’ailleurs, on craint que le coronavirus incite les deux pays à adopter une approche plus protectionniste. Cela est apparu évident à Washington, alors que l’administration Trump a menacé de fermer unilatéralement la frontière, d’y poster des miliaires et finalement d’empêcher la compagnie 3M d’exporter des masques médicaux au Canada. En faisant des pressions aux bons endroits, Ottawa a été capable d’amener Washington à changer d’avis. Néanmoins, cette crise a poussé les autorités canadiennes à vouloir être plus autonomes.

La pandémie du coronavirus a mis en évidence les lacunes de la mondialisation et d’un libre-échange tous azimuts. Confrontées à un virus mettant en danger la vie de milliers de personnes, les autorités canadiennes, comme celles des autres pays dans le monde, découvrent les vertus du protectionnisme, si ce n’est que pour la production de matériel médical comme les blouses, les gants, les masques, les ventilateurs et les médicaments.

La présente crise qui a conduit à la fermeture des usines et aux restrictions commerciales a démontré la dépendance économique du Canada envers l’étranger. Elle a mis en lumière, en ce qui concerne la fabrication de matériel médical, la nécessité d’avoir une position nationaliste et protectionniste basée sur la sécurité nationale. À court de ventilateurs et de masques N95, Ottawa, Toronto et Québec ont dû demander à différentes compagnies canadiennes de répondre d’urgence à la demande.

La politique du libre-échange reposait sur le droit des compagnies d’acheter et de vendre sans aucun obstacle des deux côtés de la frontière. La production se déplaçait ainsi, là où il était possible de produire plus à moindre coût. Cela signifie un haut niveau d’intégration économique dans les industries en Amérique du Nord. Or, avec le coronavirus, nous assistons à un repli stratégique partout dans le monde. Ce repli repose sur un nationalisme économique allant à l’encontre de la mondialisation et du libre-échange.

Lorsque la présente crise sera terminée, il sera impossible de retourner complètement à une politique de mondialisation et de libre-échange comme celle qui prévalait avant 2020. L’ACÉUM pourra être finalement mis en place, mais cela demandera d’importants ajustements ne provenant pas seulement des États-Unis. Pour ce qui est du Canada, il est essentiel de protéger toutes les industries liées au secteur de la santé et de définir cette exigence comme une politique de sécurité nationale.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


Les hôpitaux ruraux américains confrontés au défi du coronavirus

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Les hôpitaux ruraux américains confrontés au défi du coronavirus

CHRONIQUE / Depuis 2010, les démocrates ont fait de la réforme de la santé leur principal cheval de bataille. Après avoir mis sur pied un système universel d’assurance maladie à multiples volets avec l’adoption de l’Obamacare, ils ont promis de bonifier ce système. En dépit de l’opposition farouche des républicains, la présente pandémie démontre l’urgence d’agir. La santé sera, comme elle l’a été en 2016 et en 2018, au centre de la prochaine campagne électorale.

Déjà avant l’arrivée de la pandémie du coronavirus, les hôpitaux ruraux américains étaient confrontés à une importante crise financière. Avec la pandémie, cette crise s’est largement amplifiée. Le Congrès américain vient de voter à la fin avril un budget d’urgence de 75 milliards de dollars pour les soutenir, en plus des 100 milliards déjà alloués pour couvrir les salaires des médecins, infirmières et préposés luttant contre le coronavirus. Mais cette aide est loin de répondre à tous leurs besoins.

L’association des hôpitaux américains estime que tous les hôpitaux américains perdent en moyenne 2800 dollars pour le traitement de chaque patient atteint du coronavirus. Or, le gouvernement fédéral qui en assume les coûts détermine le montant qu’un hôpital reçoit pour soigner un malade du coronavirus. De plus, ces établissements subissent une forte augmentation des coûts en personnel et en matériel médical.

Par ailleurs, les hôpitaux essuient des pertes de revenus liés à l’annulation des traitements ou chirurgies des patients non atteints du coronavirus. Pire encore. Un grand nombre d’hôpitaux sont des établissements privés appartenant à des sociétés d’investissement. La bourse ayant chuté, la valeur de ces investissements est moins élevée. Ces sociétés cherchent donc à rétablir la rentabilité de ces hôpitaux en coupant dans les services.

En mars 2020, l’Association américaine des hôpitaux estimait que beaucoup de grands hôpitaux perdaient un million de dollars par jour. Même un grand établissement comme le Boston Medical Center chiffrait ses pertes à 5 millions de dollars par semaine. Ce dernier annonça alors le renvoi de 700 employés. Et la crise du coronavirus n’avait pas encore vraiment commencé. Si la crise du système de santé est grave dans les grandes villes, la situation est encore pire dans les régions rurales.

Avant la crise du coronavirus, le milieu rural avait moins accès à des soins primaires, dentaires, de longue durée ou mentaux qu’en milieu urbain. Le filet de sécurité sanitaire dans les communautés rurales était sous pression, souffrant d’une disparité liée à des désavantages socio-économiques. La chute démographique et le vieillissement des populations rurales empirent la situation et augmentent les incertitudes.

Entre 2010 et 2020, 120 des 1964 hôpitaux ruraux ont fermé leurs portes aux États-Unis. Or, la Société de gestion Chartis estimait en février dernier que 450 autres centres hospitaliers ruraux pourraient être forcés de fermer pour raison financière. Quant à l’Association américaine des hôpitaux ruraux, elle en chiffre le nombre à 763.

Un des problèmes touchant les hôpitaux en milieu rural concerne leur dimension. Étant de petits établissements, ils n’ont pas la masse critique pour fournir des services au même coût que les grands hôpitaux des centres urbains. Leur rentabilité s’en ressent. Pourtant, chacun de ces hôpitaux constitue un établissement de santé indispensable, étant peut-être le seul centre hospitalier dans un rayon de 150 km.

La crise du coronavirus n’a pas encore vraiment frappé les régions rurales. Les experts estiment que cela surviendra dans une deuxième vague de la pandémie. La crise frappant les hôpitaux ruraux s’amplifiera alors, car ceux-ci sont encore moins bien préparés que les hôpitaux urbains.

Or, les régions rurales sont très vulnérables face au coronavirus du fait que leur population est plus âgée. Elles comptent donc plus de personnes ayant des problèmes de santé chroniques. Plus de 60 millions d’Américains vivent dans des communautés essentiellement rurales. Plus encore, on retrouve proportionnellement dans ces populations rurales le plus de gens souffrant de maladies cardiaques, du diabète et de l’asthme.

L’Alaska est un bon exemple de la situation qui prévaut dans les États à majorité rurale. Les experts estiment qu’au moins 40 % des 737 000 habitants de l’État contracteront le coronavirus et que 59 000 auront besoin de soins hospitaliers. Cet État ne possède toutefois que 1500 lits généraux d’hôpitaux au total. L’Alaska n’est aucunement prêt à faire face à la crise à venir. La même situation se retrouve dans la plupart des États à forte prédominance rurale.

Le coronavirus risque de faire des ravages chez ces derniers, d’autant plus que les hôpitaux ruraux ne disposent pas de services spécialisés et d’équipements médicaux pour contrer le coronavirus. Par ailleurs, la crise financière touchant ces établissements aggrave le problème. Par exemple, à cause de l’absence de chirurgies due au coronavirus, la société TeamHealth a mis en congé « volontaire » de 90 jours ses anesthésiologistes et ses infirmières anesthésistes.

Entre-temps, beaucoup de médecins spécialistes œuvrant en milieu rural perdent leur salaire à cause du coronavirus. Le peu de lits dont les hôpitaux disposent est donné aux patients ayant le coronavirus. Ces spécialistes ont ainsi été forcés de réduire considérablement leurs chirurgies électives, plus lucratives. Si la crise perdure le moindrement, beaucoup d’hôpitaux ruraux risquent de perdre leurs spécialistes, qui vont choisir d’aller travailler dans une grande ville.

Dans la foulée de la présente crise, les hôpitaux ruraux doivent faire des choix difficiles : conserver leurs spécialistes ou prendre des mesures pour réduire leur déficit alors que la pandémie fait rage. La pandémie fournit des arguments-chocs aux démocrates.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
La Chine : l’art de transformer une crise en avantage

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La Chine : l’art de transformer une crise en avantage

CHRONIQUE / La pandémie du coronavirus frappa la Chine de plein fouet. Pour la première fois en quatre décennies, l’économie chinoise connaissait un trimestre marqué par une contraction. Le gouvernement chinois réagit néanmoins avec une grande diligence. Le pays allait tout de même enregistrer une croissance de 1,2 % de son PIB en 2020, alors que toutes les grandes économies du reste du monde seraient en forte récession. 

Les autorités chinoises mirent au moins six semaines à déceler la nature de la nouvelle épidémie frappant la province du Hubei. Sept cas d’une pneumonie d’origine inconnue furent détectés à Wuhan entre le 8 et le 18 décembre. Et le foyer de contagion ne cessait de s’étendre. Un premier décès survint le 11 janvier 2020. Le 20 janvier, on dénombrait quelque 200 cas d’infection. C’est alors que les autorités centrales chinoises se décidèrent à intervenir.

Le président Xi fut confronté à un choix difficile : maintenir la croissance économique ou protéger la santé publique des Chinois. Il réagit alors de manière extraordinaire. Tirant des leçons de l’épidémie du SARS, il conclut que la croissance économique ne pourrait être maintenue si le pays était frappé par une grande épidémie. Il privilégia donc la lutte contre cette nouvelle menace.

Sa gestion de cette crise démontre qu’il est possible de contrôler une épidémie dans son propre pays avant qu’elle ne devienne une pandémie. Loin de nier la situation, le président chinois disparut des radars publics pendant une semaine. Alors que les médias et les réseaux sociaux chinois se demandaient où était passé leur président, ce dernier alla gérer la crise sur place à Wuhan. 

À son retour à Beijing, le président Xi mit en quarantaine toute la province d’Hubei, isolant 60 millions de Chinois du reste de la Chine, ordonnant l’arrêt des transports publics et la fermeture des autoroutes. Tous les Chinois de la province furent confinés à domicile. Il limogea les responsables locaux qui avaient cherché à dissimuler la crise. Il dépêcha ensuite des équipements et du personnel médicaux. Il fit établir d’immenses hôpitaux de campagne en quelques jours. Finalement, il imposa aussi des mesures de restriction nationales strictes pour s’assurer que l’épidémie ne s’étendrait pas au reste de la Chine.

Le recours systématique aux tests de dépistage pour tout le monde afin de détecter les personnes infectées, soumises à des consignes sévères de quarantaine, se révéla en définitive être la solution la plus pratique et la moins coûteuse pour lutter contre la propagation de l’épidémie. Les mesures mises en place furent perçues comme autoritaires en Occident. Mais les consignes étaient claires, et le président chinois savait que la population les respecterait. 

Si l’épidémie explosa et atteignit près de 83 000 cas d’infection et 4650 décès, ces derniers furent presque entièrement confinés à la province du Hubei. La Chine évita non seulement une pandémie nationale, mais l’épidémie fut enfin endiguée en mars. Les nouveaux cas provenaient essentiellement de Chinois revenant de l’étranger, à tel point que les autorités chinoises permirent un retour graduel au travail.

La stratégie de Xi s’avéra payante. D’une part, il évita que le pays soit touché par une crise plus grave de santé publique. Les pertes économiques furent lourdes, mais minimes comparativement à celles des pays occidentaux. D’autre part, la Chine allait être en mesure de produire du matériel médical pour venir en aide aux pays occidentaux du Sud qui souffrent gravement d’un manque d’équipements médicaux de base.

Lorsque l’épidémie atteignit son pic en Chine à la fin février, 760 millions de personnes étaient confinées à domicile. Alors que ces personnes vivaient sous surveillance, les entreprises ont accentué leur processus de livraison en ligne. Par exemple, les gens pouvaient commander et obtenir en 20 minutes des denrées alimentaires ou des repas des restaurants KFC. En quelques heures, ils pouvaient obtenir des vêtements. Or, Amazon en Occident met encore des jours à effectuer les mêmes livraisons.

Le commerce en ligne n’est qu’un exemple de la façon dont la Chine utilise la présente crise pour rehausser sa position internationale. Dans plusieurs domaines, elle prend une grande avance sur l’Occident en termes de logistique et d’économie numérique. La crise du coronavirus lui permet aussi de faire une importante transition vers le télétravail.

Les autorités chinoises firent toutefois plus encore. Pour mettre fin à la quarantaine, elles se montrèrent très innovatrices. Elles eurent recours au système des codes QR installé sur les téléphones intelligents. Ces codes QR comprennent le code de santé de chaque individu. Or, pour sortir, tout le monde doit porter son téléphone. La couleur affichée à l’écran du téléphone de chaque personne détermine s’il peut sortir de chez lui, prendre le métro, se rendre au travail, aller souper au restaurant, faire des courses dans les centres commerciaux, etc.

Les autorités chinoises s’appuyèrent sur la technologie des téléphones intelligents pour contrôler les déplacements des gens et freiner la propagation du coronavirus. En trois mois, le système fut installé partout en Chine. Beijing put alors lever graduellement les mesures de verrouillage touchant le pays.

Ainsi, au nom de la santé publique, la Chine vient d’entrer dans un nouveau système du « Big Brother ». Les codes QR font dorénavant partie d’un système de contrôle régissant la vie quotidienne des gens. Faisant fi des libertés individuelles, l’État chinois a augmenté sa capacité de contrôle de sa population. Le virage numérique marqué par l’achat en ligne et le recours aux codes QR démontre comment les autorités chinoises ont cherché à transformer la présente crise en avantage économique et politique. Ce virage numérique chinois est un prélude du monde de demain reposant de plus en plus sur l’intelligence artificielle.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


La peste noire de 1347-1352

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La peste noire de 1347-1352

ANALYSE / La peste noire qui frappa l’Europe et l’Asie au milieu du 14e siècle fut une pandémie proportionnellement beaucoup plus dévastatrice que celle de la peste justinienne. En provenance de la mer Noire, cette pandémie arriva en Europe en octobre 1347 par douze navires qui accostèrent à Messine, en Sicile.

Avant l’arrivée de ces navires, les Européens avaient entendu dire qu’une grande peste décimait les populations du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient. En effet, la pandémie frappait la Chine, l’Inde, la Perse, la Syrie et l’Égypte depuis le début des années 1340.

Les journaux américains secoués par le coronavirus

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Les journaux américains secoués par le coronavirus

CHRONIQUE / Au-delà des pertes humaines, différents journaux américains, dont le New York Times et le Washington Post, notent que le coronavirus est en train de faire une grande victime collatérale: l’industrie de l’information. À cause de la pandémie, les revenus publicitaires des journaux locaux ont fondu. Cette grande industrie américaine, qui était déjà en difficulté, est entrée avec le coronavirus dans une phase critique. 

Partout aux États-Unis, les perspectives de la presse écrite sont inquiétantes. La crise ne touche pas seulement les journaux traditionnels. Elle affecte aussi ceux ayant des points de vente uniquement numériques. Par exemple, BuzzFeed, un site d’information, a dû réduire le salaire de ses employés de 25 % pour assurer la rentabilité de l’entreprise.

Les journaux américains étaient déjà fortement secoués par l’arrivée des médias sociaux, qui accaparent une large part des revenus publicitaires depuis 15 ans. Or, le coronavirus accélère considérablement la révolution médiatique. Le public américain délaisse de plus en plus la presse écrite pour se tourner vers la consommation de nouvelles par vidéo qui sont diffusées en mode continu. Alors que la presse écrite reposait depuis trois siècles sur une approche critique qui suscitait la réflexion du lecteur, les nouveaux médias conçoivent les nouvelles comme une simple source de divertissement.

Tandis que la crise menace de faire disparaître les médias plus traditionnels, comme les journaux, le public américain et celui des autres pays ont besoin plus que jamais de voix crédibles, de journalistes qui procèdent à des vérifications rigoureuses de l’information et de déclarations des dirigeants politiques. D’ailleurs, les dirigeants plus autoritaires cherchent justement à profiter de la présente crise pour freiner davantage la libre circulation des informations.

Toutes les entreprises d’information traditionnelle sont affectées. En plus des journaux régionaux et locaux qui sont menacés de fermeture, les grandes agences de presse et les grands réseaux traditionnels de télé luttent pour leur survie. Gannett, une société propriétaire du USA Today et de plus de 250 journaux locaux, a été forcée de réduire ses coûts d’exploitation pour la durée de la pandémie, alors que McClatchy, l’un des plus grands éditeurs de nouvelles américains, est en faillite. Par ailleurs, les holdings Lee Enterprises et Tribune sont très endettés.

En cette période de pandémie, les journaux réduisent leur personnel et leur nombre de jours de parution partout en Amérique. Plus encore. Beaucoup de journaux jettent tout simplement l’éponge, croyant ne pas avoir de chances de survivre à la présente crise. Entre-temps, le nombre de téléchargements d’applications des nouveaux médias sociaux s’est accru de 50 %.

Aujourd’hui, la principale concurrence des journaux locaux provient de Facebook et de Google, qui, en plus de distribuer des contenus de nouvelles, accaparent 58 % des revenus publicitaires à l’échelle nationale et 77 % de ceux des marchés locaux. Les journaux locaux sont incapables de concurrencer ces deux puissantes sociétés. Le monde semble donc se diriger inexorablement vers un oligopole des médias qui contrôlera toute l’information. Ainsi, le public américain aurait accès à moins de chaînes télévisées et à moins de journaux, alors que les grands conglomérats des médias numériques prendraient plus de place. 

Ces nouveaux médias n’ont toutefois pas montré jusqu’ici qu’ils sont en mesure de relever un des défis majeurs du XXIe siècle: préserver une société démocratique. Ils ont tendance à encourager intrinsèquement la partisanerie politique au lieu de susciter de vrais débats. Face aux déclarations publiques controversées ou purement mensongères d’un Donald Trump, le public américain n’a jamais eu autant besoin de médias crédibles qui clarifient l’information et réfutent les fausses nouvelles. 

D’ailleurs, le Centre américain de prévention et de contrôle des maladies réaffirmait en 2019 la nécessité de disposer de voix locales, familières, indépendantes et crédibles pour rassurer le public américain. Le directeur du centre faisait un constat: en période de crise, «nous nous tournons vers un leader local connu et crédible pour obtenir des conseils». Or, c’est exactement le contraire qui est en train de se produire durant la crise, alors que les journaux et les réseaux de télé luttent pour leur survie.

En 2020, 65 millions d’Américains vivent dans des comtés ruraux où il n’existe qu’un journal local. En ce sens, la disparition de tout journal local ou régional prive des milliers d’Américains d’une source vitale d’information touchant leur communauté. Les journaux locaux constituent des institutions essentielles pour définir son appartenance à une communauté, dénoncer les éventuels méfaits des dirigeants locaux et encourager l’engagement civique. En un mot, ils résident au cœur de la démocratie locale.

Confrontées à la baisse de leurs revenus publicitaires, certaines grandes sociétés qui possèdent les journaux locaux ont adopté une stratégie de forte réduction de leurs coûts d’exploitation. En cette période où le public a grand besoin d’informations crédibles, les salles de rédaction se voient ainsi amputées de la moitié de leur personnel. Les journaux locaux et régionaux aux États-Unis doivent en faire plus avec moins de ressources. 

Comme beaucoup d’histoires explosives ne sont pas couvertes, ce sont les communautés locales qui en souffrent. En fait, le déclin du journalisme local ne doit pas être perçu comme un problème local. Il représente un intérêt national aux États-Unis, comme partout dans le monde. Cette question est au cœur de toute démocratie locale et cette dernière est à la base d’une démocratie à l’échelle nationale.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
La propagation de la lèpre au Moyen-Âge

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La propagation de la lèpre au Moyen-Âge

CHRONIQUE / La lèpre est connue aujourd’hui comme la maladie de Hansen, du nom du médecin norvégien qui identifia en 1873 la bactérie Mycobacterium leprae à l’origine de l’infection. La lèpre représente une vieille maladie qui tourmente l’humanité depuis au moins 3500 ans. Une description de celle-ci se retrouve déjà dans un papyrus remontant à 1550 avant notre ère.

Toutefois, elle ne serait apparue en Europe qu’avec le retour d’Asie des armées d’Alexandre le Grand. On la retrouve ensuite à Rome avec le retour des armées de Pompée d’Asie Mineure en 62 avant notre ère. Beaudoin IV, roi de Jérusalem de 1174 à 1185, fut le plus célèbre personnage lépreux du Moyen-Âge. Si la lèpre fut tout au long de l’histoire une maladie à la fois redoutée et mal comprise, ce fut particulièrement le cas durant la période médiévale. À partir du 11e siècle et jusqu’au 14e siècle, la lèpre prit un caractère pandémique.

Canada et États-Unis : deux réponses très différentes au coronavirus

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Canada et États-Unis : deux réponses très différentes au coronavirus

Chronique / La pandémie du coronavirus représente une tragédie pour tous. Cependant, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Un simple regard sur les données statistiques de la contamination démontre des résultats très différents au Canada par rapport aux États-Unis. En fait, alors que les États-Unis sont devenus l’épicentre de la pandémie et que leur taux de mortalité rejoint proportionnellement ceux de l’Italie ou de l’Espagne, le Canada se classe statiquement parlant parmi les premiers de classe avec l’Australie, Taiwan, Singapour ou la Corée du Sud. Comment expliquer cette différence avec les États-Unis alors que nous vivons sur le même continent?

Encore récemment, une étude de l’Université Harvard démontrait que pour contrôler les maladies contagieuses, il était important d’adopter une politique rapide de détection et de surveillance. Lors des premiers cas de coronavirus, l’attitude du président Trump fut de nier le problème, affirmant que tout était sous contrôle. Les services de renseignement américain avaient pourtant décelé dès novembre 2019 l’apparition d’une pandémie dangereuse en Chine. Toutefois, pendant trois mois, le président américain rejetait l’expertise scientifique des agences de santé publique et les conseils de ses propres services de renseignement.

En contrepartie, les autorités canadiennes ont compris l’importance d’avoir une stratégie visant à contrôler la courbe comme moyen d’endiguer la propagation de la pandémie. Une fois que cela est fait, il est possible de dépasser cette courbe et de s’occuper plus des cas actifs. Cela est possible dans la mesure où les autorités en place acceptent de réagir agressivement dès le départ. 

Or, la préparation aux épidémies commence des années avant une épidémie. Obama avait mis en place une stratégie, mais Trump a mis ces études à la poubelle à l’été 2018. Plus encore, alors que la présente pandémie pointait à l’horizon, il proposait au début février 2020 de réduire de 30 % le budget de prévention des épidémies.

Au Canada, l’attitude fut très différente. Tirant les leçons de l’épidémie du SARS, les autorités médicales canadiennes ont suivi étroitement l’évolution du coronavirus et ont adopté des stratégies appropriées. Les autorités médicales et politiques canadiennes, à tous les niveaux, ont rejeté la politique de l’autruche. Elles comprenaient un principe de base : endiguer la maladie n’est généralement pas le fruit du hasard. Il faut prendre les bons moyens au bon moment. La rapidité de l’intervention dans la détection et surveillance est la clé du succès. Aussi, le Canada n’est pas confronté à des crises comme celles survenant en Italie, en Espagne et maintenant aux États-Unis.

Contrairement aux États-Unis où le président Trump insulte régulièrement les gouverneurs démocrates, les autorités canadiennes, tant provinciales que fédérales, travaillent étroitement ensemble. Elles ont toutes pris au sérieux le danger de pandémie dès le mois de janvier. Elles se sont montrées très attentives aux signes inquiétants concernant la nature de la maladie et les personnes les plus à risque. Elles ont su aussi tirer des leçons des erreurs des autres pays.

Comme les autorités canadiennes n’ont pas nié le problème, elles n’ont pas un problème de crédibilité comme aux États-Unis. La communication entre les autorités et la population devint ainsi beaucoup plus facile. Ce faisant, les Canadiens ont accepté plus rapidement que les Américains de se plier aux exigences strictes de quarantaine et d’une distanciation sociale rigoureuse. En adoptant une approche basée sur la transparence, il devint plus facile au Canada de détecter, identifier et isoler les cas suspects.

Le maintien d’une communication publique efficace est vital pour obtenir le concours des gens et s’assurer qu’ils demeurent vigilants. Aussi, contrairement au comportement de Trump, les autorités canadiennes n’ont pas contredit les scientifiques. Elles n’ont pas cherché à minimiser la menace en suggérant qu’un vaccin pourrait être rapidement développé ou en effectuant d’autres déclarations inexactes. En se montrant ouvertes, honnêtes et transparentes, les autorités canadiennes ont maintenu un climat de confiance. Ce faisant, elles ont non seulement démontré leur compétence, mais leur souci réel du bien-être des gens.

Ainsi, les autorités canadiennes ont été beaucoup plus rapides à limiter les contacts sociaux pour éviter d’être submergées par une épidémie à grande échelle. Les écoles et universités furent fermées beaucoup plus tôt qu’aux États-Unis, l’interdiction de tenir de grands rassemblements décrétée rapidement. De plus, les porteurs du virus, étant rapidement identifiés par un nombre élevé de tests, furent ordonnés de se mettre en quarantaine. Lorsque les autorités ont pris la décision de fermer les usines et de demander aux travailleurs de rester chez eux, elles avaient développé des plans d’urgence d’assistance économique.

La différence dans les chiffres entre les deux pays est très parlante. Au 28 mars, le Canada avait déjà effectué 184 000 tests de dépistage du coronavirus, lui permettant de détecter 5500 personnes ayant été contaminées, soit un ratio de 2.9 %. Le nombre de cas demandant une hospitalisation était de 6 % et le taux de mortalité étant moins de 1 %. Aux États-Unis, la situation est très différente. À la même date, les autorités américaines n’avaient alors effectué que 552 000 tests, soit proportionnellement 3.3 fois moins qu’au Canada. Le taux de détection était beaucoup plus élevé avec 15.5 %, indiquant une propagation plus grande qu’au Canada. Par ailleurs, le nombre de cas demandant une hospitalisation atteignait 16.5 % aux États-Unis, 2.5 fois plus qu’au Canada. De plus, le taux de mortalité était le quadruple de celui du Canada. Depuis deux semaines, les chiffres augmentent dans les deux pays, mais les ratios demeurent sensiblement les mêmes.

Les interventions des autorités canadiennes furent à la fois agressives et opportunes pour confronter la pandémie. Ce faisant, le Canada, étant doté d’un des meilleurs systèmes de santé au monde, s’est assuré que le public canadien conserve la confiance en ce système. Ainsi, alors que le système de santé américain est débordé par la pandémie, au Canada la crise est beaucoup plus sous contrôle. Alors que le président Trump cherche à blâmer tout le monde pour la pandémie, les premiers ministres Trudeau, Legault et leurs collègues des autres provinces ont su exercer un véritable leadership.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


Gilles Vandal
La peste de Cyprien, 250-270

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La peste de Cyprien, 250-270

CHRONIQUE / En 250 de notre ère, l’Empire romain avait largement récupéré de la chute démographique que la peste Antonine avait causée 80 ans plus tôt. Toutefois, l’Empire fut alors frappé par une pandémie encore plus grande. Cette dernière fut baptisée la peste de Cyprien, du nom de l’évêque de Carthage. Ce dernier la décrivit dans ses moindres détails dans un ouvrage intitulé « De la Mortalité ». Ses observations constituent l’examen le plus complet concernant cette pandémie.

Cette pandémie, en provenance de l’Éthiopie, atteint l’Empire en passant par l’Égypte vers Pâques de 250. Elle frappa Rome l’année suivante. Elle s’étendit ensuite à la Syrie et à la Grèce, touchant graduellement toutes les provinces de l’Empire. Elle va réapparaître presque tous les ans pendant 13 ans pour finalement disparaître en 270.

Gilles Vandal
La peste antonine, 165-189

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La peste antonine, 165-189

CHRONIQUE / Cette pandémie a été nommée en l’honneur de l’empereur Marc-Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus). Elle est aussi appelée peste de galien, du nom du célèbre médecin romain qui l’a décrite en détail. Elle fut aussi dépeinte par Aelius Aristide, un rhéteur hypocondriaque, Lucien, un satiriste sceptique, Orose, un chrétien apologétique, Dion Cassius et Hérodien, deux historiens grecs.

La pandémie de la peste antonine prit son origine dans des populations isolées de l’Asie centrale. Suivant la route de la soie, elle frappa d’abord l’Empire des Han de la Chine en 155. Puis, par la même route, en sens inverse, elle se dirigea vers l’ouest de l’Empire parthe qu’elle atteignit vers 164-165.

Gilles Vandal
Le passage des épidémies aux pandémies : la peste d’Athènes

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Le passage des épidémies aux pandémies : la peste d’Athènes

Le mot épidémie est connu depuis au moins 2500 ans. C’est un terme grec provenant de la combinaison des mots « epi » (sur) et « demos » (peuple).

Dans son sens médical, l’expression fut popularisée par Hippocrate pour décrire une série de symptômes cliniques, allant de la toux à la diarrhée, et se propageant dans une période donnée dans un pays. Ce n’est qu’au Moyen-Âge que le terme commença à définir la propagation d’une maladie bien définie.

En ce sens, il existe une variété de maladies qui peuvent se propager grâce à des virus ou des bactéries pour devenir des épidémies. Par exemple, les épidémies de choléra, de peste ou de tuberculose sont propagées par des bactéries. Elles peuvent être soignées avec des antibiotiques qui empêchent la multiplication des bactéries. En contrepartie, les épidémies de rage, de grippe, de sida, de variole ou de coronavirus sont propagées par des virus. Les antibiotiques n’ont aucun effet pour les arrêter. Cela prend des antivirus obtenus par la vaccination.

Déjà durant la préhistoire, à l’époque des chasseurs-cueilleurs, de très petites maladies contagieuses locales pouvaient décimer des petites bandes. Toutefois, les premières épidémies apparurent seulement il y a 12 000 ans avec l’arrivée du néolithique. Vers 10 000 ans avant notre ère, la population mondiale n’était que de cinq millions d’habitants répartis sur les différents continents. Il y existait donc peu de danger d’une épidémie.

Mais entre 10 000 ans avant notre ère et la fondation de l’Empire romain, la population mondiale passa à plus de 200 millions. La sédentarisation des humains en villages et villes, jointe à la domestication des animaux, rendit les épidémies de plus en plus possibles. C’est la période où l’on voit apparaître des maladies comme le paludisme, la vérole, la grippe, la tuberculose, etc.

La première épidémie connue dans l’histoire, grâce à l’archéologie, survint à Hamin Mangha en Chine vers 3000 ans avant notre ère. Tout un village fut anéanti par la maladie. Aucun groupe d’âge ne fut épargné. L’épidémie était si virulente que tous les cadavres furent entassés dans une même maison. Sans que les personnes reçoivent des enterrements appropriés, la maison fut incendiée et le village abandonné. Le village de Miaozigou au nord-est de la Chine subit le même sort. Ces deux découvertes démontrent qu’une épidémie a ravagé toute la région.

La transformation d’une épidémie en une pandémie est davantage une question de sémantique. Cette dernière survint lorsqu’une maladie infectieuse se propage à plusieurs régions, pays ou continents. Les pandémies reflètent donc l’émergence de sociétés beaucoup plus sophistiquées et la présence de larges concentrations de population, ainsi qu’un processus d’échanges réguliers entre des sociétés éloignées. Avec des contacts accrus entre différentes populations, ainsi que la rencontre d’animaux exotiques et d’écosystèmes inhabituels, l’apparition de pandémies devint possible.

«Civilisés»

Ainsi, les humains, en devenant plus « civilisés », ont créé des États comportant plusieurs villes et forgeant des relations commerciales. De plus, ces États se faisaient souvent la guerre entre eux. Ce changement social rendit possible l’émergence de pandémies. Parmi les plus grandes pandémies meurtrières de l’histoire, on retrouve la peste bubonique, la variole, le choléra et la grippe. À elle seule, la vérole est estimée avoir causé la mort de 300 à 500 millions de personnes en 2000 ans.

La première pandémie enregistrée dans l’histoire survint à Athènes en 430 avant notre ère. Elle apparut au début de la guerre du Péloponnèse qui opposait Athènes à Sparte. La pandémie prit son origine en Éthiopie. Si la maladie toucha de plein fouet la ville d’Athènes, elle frappa aussi tout l’Est méditerranéen. La peste arriva à Athènes par le port du Pirée.

La pandémie dura près de cinq ans. Athènes perdit environ 100 000 de ses 300 000 habitants. L’épidémie frappa toute la population indifféremment de l’âge, du genre ou de la classe sociale des personnes. Ce fut l’épisode la plus meurtrière de l’histoire de la Grèce classique. Périclès en fut une des premières victimes. Comme il fut remplacé par des dirigeants ineptes, cette pandémie fut largement responsable de la défaite militaire d’Athènes.

Les symptômes sont décrits en détails par l’historien grec Thucydide. Toutefois, ce dernier n’est pas un médecin. Il rapporte que les victimes de cette maladie infectieuse souffraient d’une forte fièvre et étaient tourmentées par une soif incessante impossible à apaiser. Elles avaient la voix enrouée et elles éternuaient fortement. Leur gorge et leur langue étaient sanglantes. Leurs yeux devenaient enflés. Elles étaient prises de vomissements réguliers. Leur peau devenait rouge et pleine de pustules et d’ulcères. Elles émettaient un souffle artificiel et nauséabond. Et elles éprouvaient des diarrhées sévères entraînant généralement la mort.

Thucydide rapporte aussi que les malades affichaient une agitation constante et étaient incapables de dormir. Les victimes de cette infection décédaient souvent sept à neuf jours après l’apparition des premiers symptômes. Il remarqua aussi que dans plusieurs cas, les corps étaient si puants que les oiseaux et autres animaux refusaient souvent de consommer cette chair humaine ou mouraient eux-mêmes pour en avoir consommé. Les victimes survivant à la maladie souffraient d’une défiguration de leurs organes génitaux et avaient souvent perdu leurs doigts et leurs orteils. De plus, ils souffraient de cécité et de perte de mémoire.  

Par ailleurs, Thucydide observe que les médecins ne connaissaient pas cette maladie. Ces derniers ont essayé sans succès différents remèdes. À cause de leurs contacts répétés avec leurs patients, les médecins devenaient vite victimes de la maladie, suggérant ainsi son caractère contagieux. Or, depuis 2500 ans, les historiens se disputent sur les causes de cette pandémie. Certains y voient les signes de la peste, du typhus, de la fièvre typhoïde ou de la variole, alors que d’autres considèrent que la rougeole pourrait être une hypothèse plus valable. Certains indices laissent à penser que cette pandémie était le produit d’une fièvre typhoïde.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
Les conséquences dramatiques du déni de la science

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Les conséquences dramatiques du déni de la science

ANALYSE / Dans les milieux ultraconservateurs en Occident, mais plus particulièrement aux États-Unis, il existe une forte tendance à rejeter les études scientifiques et les analyses des experts sur une variété de tragédies appréhendées. Dans cette guerre à la science, les conclusions scientifiques deviennent tout simplement de fausses nouvelles et des canulars inventés par des partisans démocrates ou des penseurs libéraux. Cela apparaît très clairement dans le déni du réchauffement climatique. La présente pandémie est en partie aussi le résultat de cette attitude de l’autruche.

Or, depuis trois ans, cette tendance s’est accentuée avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Ce dernier, un adepte des théories du complot, n’a pas hésité à affirmer à plusieurs reprises que le réchauffement climatique était un canular chinois et que la présente pandémie du coronavirus était une invention des démocrates. Ses déclarations ont été sans cesse reprises par les ténors du parti républicain, Fox News et de célèbres animateurs de radios conservatrices comme Russ Limbaugh.

Gilles Vandal
Un échec en leadership

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Un échec en leadership

CHRONIQUE / Traditionnellement, les politicologues et autres commentateurs politiques évaluent le leadership d’un président américain par sa capacité à gérer une crise internationale. Donald Trump n’avait pas été confronté, encore, à une véritable crise. En janvier, il fut près d’en vivre une avec l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani. Mais cette crise était provoquée par lui-même. La riposte militaire iranienne, montrant que Téhéran pouvait frapper directement des bases américaines, amena Washington à y penser deux fois avant d’enclencher un conflit avec l’Iran.

Aujourd’hui, avec l’arrivée d’une pandémie de coronavirus, l’administration Trump est confrontée à sa première véritable crise mondiale. Or, à l’exception de Fox News et de quelques stations de radios conservatrices, tous les médias américains à l’unisson critiquent fortement la performance de Trump dans la gestion de cette crise depuis le début de 2020. Selon eux, le président américain a démontré un leadership complètement inepte et contreproductif.

Gilles Vandal
La crise des collèges privés américains

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La crise des collèges privés américains

ANALYSE / Sur 4300 universités et collèges aux États-Unis, 1625 sont des institutions publiques, 1700 sont des collèges privés sans but lucratif et 985 sont des établissements à profit. Les collèges et universités privés sans but lucratif dispensent de l’enseignement à 3,4 millions d’étudiants et emploient 750 000 personnes. Le nombre d’étudiants inscrits dans ces collèges varie d’une centaine à plus de 30 000, pour une moyenne de 1920 étudiants.

Les 1700 universités et collèges privés sont très importants économiquement parlant pour les communautés locales. Les budgets globaux de ces établissements atteignaient 372 milliards $ en 2018 et généraient des retombées économiques locales d’environ 930 milliards. Par ailleurs, plus de 40 %, soit 1,4 million d’étudiants de ces établissements, contribuent à leurs communautés par différents travaux bénévoles.

Gilles Vandal
La puissante industrie de la liberté sous caution

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La puissante industrie de la liberté sous caution

ANALYSE / Le système de mise en liberté sous caution est géré dans 43 des 50 États américains par un guichet unique contrôlé par des compagnies privées. Cette puissante industrie controversée qui profite allégrement des pauvres blancs et des Afro-Américains, est décrite à juste titre par de nombreux législateurs comme étant foncièrement injuste, discriminatoire, vile et prédatrice.

Ce système s’est largement développé depuis 20 ans en profitant des personnes arrêtées trop pauvres pour payer leur cautionnement. En effet, les mieux nanties sont en mesure d’utiliser leur propre argent ou d’emprunter pour déposer la caution demandée. Celle-ci leur est ensuite remboursée lors de leur audience sans que cela leur en coûte un sou.

Gilles Vandal
Un génie très stable

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Un génie très stable

ANALYSE / En janvier 2018, Michael Wolff publiait un livre dans lequel il décrivait le comportement de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il intitula son bouquin Le Feu et la Fureur pour dépeindre « un président incontrôlable et une Maison-Blanche qui passait de crise en crise ». Trump menaça alors de poursuivre Wolff en justice. Il s’est cependant retenu, affirmant que cela ne serait pas très intelligent de sa part puisqu’il est « un génie très stable ».

Carol Leonnig et Philip Rucker, deux journalistes du Washington Post et lauréats du prestigieux prix Pulitzer, ont choisi d’investiguer sur le fonctionnement de la Maison-Blanche sous la présente administration sous l’angle de l’expression avancée par Trump lui-même. Leur ouvrage, publié en janvier dernier, est intitulé A Very Stable Genius, Donald J. Trump’s Testing Of America.

Gilles Vandal
Un héritage incontestable de Donald Trump

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Un héritage incontestable de Donald Trump

ANALYSE / Trump passera à l’histoire, non pas parce qu’il fut le troisième président à voir la Chambre des représentants voter sa destitution, non plus pour avoir présidé une période de grande prospérité économique ou pour avoir réduit substantiellement les impôts.

Il a réussi à accomplir dès son premier mandat ce dont les républicains conservateurs rêvaient depuis des décennies : défaire un siècle de progrès politique visant à rendre les cours plus diversifiées et plus représentatives de la composition sociale et démographique de la société américaine.

Gilles Vandal
La déprime américaine

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La déprime américaine

ANALYSE / La société américaine est confrontée présentement à un paradoxe étonnant. L’économie va bien, et même très bien. Les États-Unis connaissent le plus long cycle de croissance de leur histoire. De plus, le taux de chômage n’a pas été aussi bas depuis 50 ans. Pourtant, les sondages montrent que les Américains sont anxieux et même dépressifs. Ils ont perdu confiance en l’avenir.

Le nombre de personnes se disant plus anxieuses ne cesse d’augmenter d’année en année depuis 2016, selon les rapports annuels de l’Association de psychiatrie américaine. L’augmentation en 2017 fut de 36 % par rapport à 2016, de 39 % en 2018 par rapport à 2017 et de 32 % en 2019 par rapport à 2018. La situation est devenue telle qu’en 2019, la plupart des Américains prenaient des calmants alors que 22 % recouraient à des soins professionnels fournis par des thérapeutes, psychologiques ou psychiatres.

Gilles Vandal
Une démocratie en danger

Opinions

Une démocratie en danger

ANALYSE / Depuis trois ans, j’ai écrit régulièrement dans les journaux du Groupe Capitales Médias sur les dangers que représente la présidence de Donald Trump pour la démocratie américaine. Pour ce faire, je ne me suis pas limité aux analyses des journaux libéraux comme le New York Times et le Washington Post ou les déclarations de politiciens démocrates. J’ai même recouru davantage aux critiques formulées par des ténors républicains comme John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats républicains à la présidence, et de grands représentants du mouvement conservateur américain comme George Will et David Frum.

Menteur pathologique, Trump adhère aussi à toutes sortes de théories de complot qui sapent les fondements de la démocratie américaine. Gouvernant comme un autocrate, il rejette le principe de séparation des pouvoirs et le droit de contrôle du Congrès sur son administration. En conséquence, il fait obstruction systématiquement aux demandes du Congrès lorsque ce dernier veut exercer son droit de vérification sur les scandales dans lesquels lui et son administration sont impliqués.

Gilles Vandal
Le jeu dangereux du président américain

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Le jeu dangereux du président américain

CHRONIQUE / Depuis trois ans, Donald Trump se comporte comme un chat qui sait toujours, lorsqu’il est déstabilisé, comment retomber sur ses quatre pattes. Sa stratégie est simple et efficace. Pour se sortir d’une crise, il en crée une nouvelle. Plus la crise est grande, plus sera importante la nouvelle crise qu’il provoquera. Cette stratégie lui permet de dévier l’attention du public.

C’est ce qu’il a fait le 2 janvier, alors qu’il ordonna l’assassinat de Quassem Soleimani, le dirigeant militaire le plus vénéré d’Iran. Depuis trois semaines, les révélations du New York Times concernant son implication directe dans le scandale ukrainien s’étoffaient fortement, alors que la Chambre des représentants doit transmettre un épais dossier justifiant la mise en accusation du président au Sénat américain.

Gilles Vandal
La crise de la presse écrite américaine

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La crise de la presse écrite américaine

CHRONIQUE / Au cours des derniers mois, les Québécois ont été sensibilisés par la crise touchant les six journaux du Groupe Capitales Médias. Un élan de solidarité, joint à des mesures fiscales, a permis à ces derniers de survivre. Or, la presse écrite aux États-Unis, un des anciens grands secteurs économiques employant le plus de monde, traverse présentement une crise tout aussi importante.

En 2003, les Américains avaient accès à 1345 quotidiens et 7869 hebdomadaires. Quinze ans plus tard, il n’en restait que 7112, soit 1283 quotidiens et 5829 hebdomadaires. Quelque 23 % des journaux américains avaient ainsi fermé leurs portes, pendant que le nombre d’abonnements à ces journaux chutait de 122 millions à 73 millions.

Gilles Vandal
La dérive de l’Amérique vers un monde fantaisiste

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La dérive de l’Amérique vers un monde fantaisiste

Pendant la plus grande partie de leur histoire, les Américains se sont démarqués par une vision claire de leur mission et un sens de la vérité qui donnait à l’Amérique son caractère exceptionnel. Toutefois, cette exceptionnalité semble être arrivée dans un cul-de-sac avec le climat politique de polarisation qui prévaut aujourd’hui, dominé par les fausses nouvelles et les théories de complot.

Si Donald Trump est devenu l’archétype et l’ultime expression du climat post-vérité actuel, il n’est pas à l’origine de ce phénomène. Ce changement de mentalités dans la psyché et l’inconscient collectif américain débuta durant les années 1960. C’est du moins la thèse défendue par Kurt Andersen dans son ouvrage de 2017 intitulé Fantasyland : How America Went Haywire: A 500-Year History.

Selon Andersen, les Américains ont toujours eu une propension à rêver depuis le début de leur histoire nationale et à forger des rêves impossibles. Des premiers puritains à leurs descendants agnostiques, les Américains partageaient des vertus fondamentales privilégiant la « stabilité, le travail ardu, la frugalité, la sobriété et le sens commun ». Cette mentalité, joignant le pragmatisme aux rêves, leur a permis de se hisser non seulement au rang de superpuissance, mais aussi de proposer des valeurs uniques au monde. 

L’émergence des États-Unis comme essentiellement un Fantasyland (monde de fantaisie) résulte de trois changements majeurs survenus depuis 1960. Le premier découle de l’émergence d’une nouvelle conception de l’individualisme américain et de la montée d’une nouvelle règle morale : « Faites ce que vous voulez, trouvez votre propre réalité, tout est relatif ». L’équilibre délicat entre fantasme et réalité, crédulité et scepticisme, s’est ainsi rompu.

Le deuxième changement survint avec l’abandon de la doctrine d’impartialité dans la diffusion des informations. En 1949, le Congrès forçait les radiodiffuseurs à consacrer une partie de leur temps d’antenne aux questions d’intérêt général et à diffuser des points de vue différents. Sans exiger un temps égal, cette doctrine d’impartialité permettait la tenue de débats publics et de discussions sur des questions controversées. Cette obligation d’impartialité était confirmée par la Cour suprême en 1969.

Toutefois, l’obligation de fournir aux téléspectateurs un accès à une pluralité de points de vue fut remise en question durant les années 1980 avec la prolifération des chaînes câblées. L’administration de Bush père supprima cette obligation en 1991, sous prétexte que la multiplication des chaînes permettait au citoyen ordinaire d’avoir accès à différents points de vue.

Une nouvelle doctrine vit alors le jour, faisant en sorte que les stations de radios et les chaînes de télévision peuvent dorénavant avoir des contenus unilatéralement idéologiques. N’étant plus obligés de se plier à une approximation de la vérité, toute station ou réseau peut donc promouvoir des visions plus fausses ou absurdes les unes que les autres. Dans ce nouveau laisser-aller médiatique, les commentateurs démagogiques peuvent exciter en toute quiétude leur auditoire. C’est le prix de la nouvelle liberté.

À partir de 1992, Rush Limbaugh, déjà connu pour ses positions très conservatrices, commença à animer quotidiennement une émission populaire de trois heures où il présentait sa vision sociopolitique alternative à un auditoire national. Maintenant Limbaugh disposait de sa propre station de radio pour propager quotidiennement sa vision lugubre du monde.

Le producteur Roger Ailes lançait aussi en 1992 une émission télévisée d’affaires publiques conservatrice au réseau NBC. Et quatre plus tard, il démissionnait de NBC pour accepter une offre de Rupert Murdoch de diriger Fox News, une nouvelle chaîne d’information continue. Ailes put ainsi diffuser son discours très partisan et sa propre vision archiconservatrice du monde sur un réseau de propagande sans fin.

Un troisième changement tout aussi important est lié à l’émergence d’une nouvelle ère de l’information. Partant de trois grands réseaux télévisés, les États-Unis ont connu successivement l’arrivée d’Internet puis des médias sociaux. La révolution médiatique générée par l’émergence de la technologie numérique permit de donner libre cours « aux fictions d’apparence réelle de types idéologique, religieux et scientifique ».

Or, avec l’émergence du web, les adeptes aux croyances les plus loufoques trouvent des milliers d’autres croyants pour partager leurs fantasmes. Les canulars ou les fausses nouvelles peuvent devenir ainsi facilement des faits véridiques. Au lieu de demeurer isolées, ces personnes peuvent dorénavant exprimer leurs perceptions sur des réalités alternatives sur les ondes comme si leurs fantasmes reposaient sur des faits réels.

Sur le web, la préférence de millions, voire de milliards de personnes, sert de balise pour la circulation de l’information à partir des algorithmes de recherche. Toute affirmation, théorie ou croyance se propage de plus en plus vite selon son taux de popularité. Ainsi les mensonges passionnants ou les fausses nouvelles s’autovalident et se légitiment à mesure qu’un plus grand nombre de gens y souscrivent.

En ce sens, la montée de Donald Trump, marquée par une pléiade de mensonges, de sorties intempestives et de tweets absurdes, n’a pas créé le présent Fantasyland américain. Le Trumpisme, composé d’un mélange de réalité et de fiction, n’est que le résultat d’un changement culturel américain plus profond.  

Selon Andersen, Trump tire profit de la nouvelle mentalité générée par le Fantasyland dans lequel un grand nombre d’Américains aiment croire que les fictions sont des faits. Ils sont ainsi d’autant plus disposés à voir des conspirations partout. Son succès politique réside dans sa capacité à remplacer les vérités par des faits alternatifs et à exploiter les mythes de la victimisation raciale blanche.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
Leçons pour les démocrates dans les élections britanniques

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Leçons pour les démocrates dans les élections britanniques

CHRONIQUE / Barack Obama a depuis un an exprimé ses inquiétudes concernant une radicalisation du parti démocrate. Le parti entreprit un tel virage en 1972 avec George McGovern seulement pour connaître une des pires défaites de son histoire. Or, les résultats des élections britanniques représentent un autre signal d’alarme à ce sujet pour les démocrates en 2020.

Si les démocrates ne sont pas encore nerveux, la victoire de Boris Johnson devrait les faire réfléchir avant les présidentielles de 2020. La défaite écrasante des travaillistes, la pire depuis 1935, constitue un signal révélateur des perspectives d’un dérapage éventuel dans la stratégie démocrate.

Depuis 2016, des parallèles intéressants peuvent être dressés entre la situation politique au Royaume-Uni et celle prévalant aux États-Unis. Les deux pays sont confrontés à la « montée du populisme nationaliste motivée par une colère et une frustration croissantes à l’égard des conditions économiques et de l’immigration ». Et les deux pays sont dirigés par des leaders populistes ayant une relation lâche avec la vérité et qui sont connus pour leur pétulance, leur impétuosité et leur ingratitude.

Face à la montée de la droite nationaliste dans les deux pays, la réaction des élites progressistes fut de glisser vers la gauche. Le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn au Royaume-Uni proposait une gamme de solutions radicales similaires à celles des sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren pour répondre aux problèmes économiques et sociaux de leurs pays respectifs.

Avec Corbyn comme dirigeant, le parti travailliste abandonna son approche modérée que Tony Blair lui avait insufflée pour prendre un virage à gauche. Corbyn promettait de réaliser des changements révolutionnaires et de réformer de manière fondamentale la société britannique en taxant lourdement les riches et en accroissant substantiellement le rôle économique de l’État.

Ainsi, le parti travailliste fit campagne avec une des plateformes les plus progressistes de son histoire. Le parti promettait un accès élargi aux soins de santé, un accès gratuit à internet à haute vitesse, l’université gratuite, une redistribution de la propriété des entreprises aux travailleurs et un impôt accru sur les grandes fortunes. Grâce à ce plan audacieux et révolutionnaire, le parti devait attirer les jeunes et les électeurs désabusés. 

Dans les différents débats préliminaires en vue des primaires démocrates, la stratégie électorale prônée par Sanders et Warren est similaire à celle de Corbyn. Les deux sénateurs progressistes soutiennent qu’il « ne faut pas sacrifier l’idéalisme agité sur l’autel du pragmatisme politique ». Ils affirment que les démocrates ont besoin d’une plateforme audacieuse et sans compromis proposant de vraies solutions aux problèmes américains. 

Dans leurs plateformes respectives, Sanders et Warren embrassent des plans populistes de gauche visant à répondre « aux besoins, aux craintes et aux aspirations réels des travailleurs ». Tous deux promettent, s’ils sont désignés comme candidats démocrates, de mener une attaque en règle contre les milliardaires, de fournir un accès gratuit à la formation universitaire et de mettre en place un système unique et universel de santé.

Par ailleurs, tous deux affirment qu’en maintenant leur pureté idéologique, le parti démocrate serait en mesure d’engranger plus de votes. En suscitant l’enthousiasme des jeunes, ils promettent tous deux de changer la politique américaine et d’amener Washington à cesser de gouverner pour une petite minorité de personnes fortunées. 

Comme avec Corbyn, Sanders et Warren promettent de réaliser leur programme sans augmenter les impôts des gens de la classe moyenne. Pour ce faire, ils vont tout simplement en faire absorber les coûts en taxant les plus nantis. 

Or, au lieu d’obtenir la grande victoire anticipée, le parti travailliste perdit un grand nombre de circonscriptions qui votaient traditionnellement à gauche. Les politiques progressistes prônées par Corbyn n’ont pas ramené les vieux électeurs désabusés au parti travailliste, pas plus qu’ils n’ont attiré le vote des jeunes. Les succès anticipés ne se sont pas concrétisés. 

La stratégie radicale n’a tout simplement pas fonctionné. Pourtant, Corbyn partait gagnant au début de la campagne. Boris Johnson était empêtré dans les luttes intestines du parti conservateur et apparaissait incapable de réaliser le Brexit.

Le glissement à gauche ne fut pas la seule cause de la défaite travailliste. L’ambiguïté de Corbyn concernant le Brexit fut aussi une donnée importante. Et puis, Corbyn était opposé à Boris Johnson, un politicien retors et sans scrupule qui sut profiter des erreurs de son adversaire travailliste. 

Néanmoins, les prémisses marxistes sur lesquelles repose la vision politique de Corbyn jouèrent un rôle important dans sa défaite. Le capitalisme n’est pas le système oppressif comme il le présume. Si ce dernier n’a pas compris cela, les travailleurs qui se sont détournés de son discours l’ont compris.

Dès le soir du 12 décembre, Joe Biden tira les leçons de la victoire de Johnson. En regardant les conséquences dramatiques du virage à gauche du parti travailliste, il y vit un avertissement pour les démocrates. Ces derniers doivent garder la tête froide et se montrer pragmatiques. Si le parti glisse trop à gauche, il risque de subir en 2020 le même sort que le parti travailliste.

La défaite catastrophique de Corbyn constitue un avertissement clair pour les démocrates. Pour vaincre Donald Trump, ces derniers ont besoin, non d’un candidat qui suscite l’enthousiasme parmi la frange la plus jeune et la plus progressiste du parti, mais d’un porte-étendard modéré, pragmatique et rassembleur capable de mener une campagne faisant appel aux Américains à travers leurs divisions.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
La confusion comme stratégie de défense

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La confusion comme stratégie de défense

CHRONIQUE / Puisqu’il est considéré comme une personne paranoïaque, on pourrait penser que Donald Trump est bouleversé par l’étau qui se resserre sur lui avec le scandale ukrainien. Mais il n’en est rien, comme le démontre son refus de collaborer au processus pouvant mener à sa destitution, ainsi que son ordre donné à ses plus proches assistants de ne pas coopérer à l’enquête du Congrès.

Comme ce manque de coopération ne fait que renforcer les charges d’abus de pouvoir et d’obstruction des travaux du Congrès déposées contre Donald Trump, beaucoup de commentateurs et d’observateurs américains ont de la difficulté à expliquer l’attitude de leur président.

Gilles Vandal
Déclin majeur des régions américaines

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Déclin majeur des régions américaines

ANALYSE /Les zones rurales des États-Unis connaissent un déclin quasi irréversible. Alors que les zones urbaines ont connu une croissance de leur population de 13 % depuis 2000, 61 % des comtés ruraux ont subi une chute démographique. Les régions rurales connaissent un taux de mortalité plus élevé que celui de natalité en plus de voir une partie de leur population immigrer vers les grandes villes ou les régions ensoleillées. Ce phénomène est particulièrement évident au Midwest et dans le Nord-Est.

La diminution des professions agricoles entraîne la « mort » des petites villes. Cette lente agonie des campagnes américaines est mesurable et significative. Les communautés rurales languissent sous une panoplie de problèmes : populations vieillissantes, chômage endémique, dépendance économique. 

Alors que l’économie rurale continue de stagner, la production économique et les nouveaux emplois ont continué de croître depuis trois ans dans les grandes villes et les banlieues. Les communautés rurales qui ont perdu 400 000 emplois depuis 2010 ne voient pas comment leur situation pourrait s’améliorer. Les tarifs agricoles, imposés depuis deux ans, sont fortement ressentis par les propriétaires des exploitations agricoles familiales qui ont vu leurs revenus décliner de 40 % depuis 2013.

Les fermes familiales qui étaient au cœur de l’économie rurale américaine disparaissent à un rythme accéléré pour être remplacées par une agriculture plus industrialisée. De 6,8 millions en 1935, le nombre de fermes familiales a été réduit à moins de 2 millions en 2017. 

Avec la consolidation de la production agricole, les régions rurales s’appauvrissent inéluctablement. Plus encore, les industries extractives reposant sur les mines ou le bois sont aussi en crise. La richesse semble avoir quitté les campagnes, sans donner d’indication d’un retour prochain.

Les conséquences sont tangibles et réelles. La diminution du nombre de fermes et des industries locales entraîne par ricochet un effet boomerang : fermeture des banques, des quincailleries, des cinémas et des épiceries. Dans une visite de n’importe petite ville du Midwest, un constat ressort. Les magasins du centre-ville et de la rue principale sont fermés.

Ainsi, avec l’effondrement de l’économie rurale, les travailleurs locaux ont souvent perdu leur gagne-pain. Alors que ceux qui ont des ressources décident souvent de partir, ceux qui restent ne voient pas d’alternative pour leur avenir. Les jeunes ruraux espèrent que les grandes villes vont leur permettre d’obtenir de meilleurs moyens de subsistance. 

Pauvreté endémique et dysfonctionnement social vont de pair. Les familles luttent pour survivre et tentent souvent en vain de conserver leur maison. La drogue devint la solution à leurs problèmes sociaux, alors que le monde rural est touché par une crise des opioïdes frappant particulièrement la population blanche.

Plus encore, les problèmes sociaux sont aggravés par les compressions budgétaires des républicains qui gouvernent les États à prédominance rurale. Ainsi, une centaine d’hôpitaux ruraux ont été fermés depuis 2010. En conséquence, certains patients doivent parcourir plus de 160 km pour trouver un hôpital.

En 2016, 20 % des travailleurs américains n’avaient pas de diplôme secondaire. Or 80 % de ceux-ci vivent dans des comtés ruraux. Par ailleurs, seulement 19 % des adultes en milieu rural ont un baccalauréat, comparativement à 33 % pour les régions urbaines. Les régions rurales sont donc moins aptes à lancer de nouvelles entreprises pour ramener les emplois. Les Américains vivant dans les régions rurales, composées à 96 % d’une population blanche, ont tendance à avoir moins d’enfants. L’immigration pourrait corriger en partie ce déficit démographique. D’ailleurs, les régions rurales ne possèdent que 2,3 % de personnes étant nées à l’étranger, comparativement à 15 % dans les régions urbaines.

Or, il y a 40 ans, les grandes villes américaines connaissaient un déclin similaire à celui que le monde rural américain connaît présentement. Les grandes villes se relevèrent de cette déprime par l’arrivée de nouvelles populations. Les immigrants, largement scolarisés, furent au centre de la renaissance urbaine et du nouveau dynamisme économique du pays. 

Depuis 30 ou 40 ans, les centres urbains qui se sont montrés plus réceptifs aux changements démographiques et culturels frappant le pays, ont également été plus en mesure de profiter de la transformation en cours de l’économie. Alors que les grands centres urbains et leurs banlieues se montrent ouverts aux innovations économiques, les petites villes et les régions rurales semblent réfractaires aux politiques qui pourraient assurer leur croissance.

Toutefois, l’immigration est devenue une des questions les plus polarisantes aux États-Unis. Ce débat représente une ligne de fracture centrale qui empoisonne toute la vie politique américaine. Paradoxalement, ce sont les États ayant le moins d’immigrants qui sont le plus opposés à l’immigration. Or, pour sortir de leur stagnation économique et de leur déclin démographique, les zones rurales devraient rejeter les politiques xénophobes et se montrer plus accueillantes à l’égard des immigrants. 

Ce clivage économique entre régions rurales et centres urbains apparaît aussi dans une fracture politique. Le Parti républicain est devenu essentiellement un parti de blancs représentant les habitants des petites villes et des régions rurales. Wil Hurd, le seul Afro-américain républicain membre de la Chambre des représentants, a annoncé son retrait de la politique.  

Entre-temps, le Parti démocrate se montre à l’aise avec la transition vers une économie postindustrielle et ouvert à la diversité raciale et ethnique. Cette approche, reposant sur la tolérance, lui permet de forger une large coalition composée « d’électeurs plus jeunes, plus diversifiés, fortement urbanisés ». Cette formule est très gagnante à long terme.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Gilles Vandal
La montée d’un nationalisme antiaméricain en Chine

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La montée d’un nationalisme antiaméricain en Chine

ANALYSE / Depuis le rétablissement des relations sino-américaines durant les années 1970, les États-Unis et la Chine avaient constamment cherché à développer des relations cordiales. La stratégie américaine était limpide : amadouer la Chine pour contrebalancer la Russie. Les États-Unis ont conséquemment accordé à la Chine dès 1979 la clause de la nation la plus favorisée lui permettant d’accéder librement au marché américain. De plus, ils parrainèrent l’entrée de cette dernière à l’OMC en 2001.

Sous l’administration Obama, Washington prit acte que la Chine pourrait éventuellement menacer la suprématie américaine dans le monde. Constatant l’émergence de l’Asie comme le nouveau grand pôle des affaires internationales, Obama devisa une stratégie consistant dans le déploiement de 50 % de la flotte américaine dans la région et la négociation du Partenariat Trans-Pacifique. Cette politique, décrite comme le pivot américain en Asie, misait sur la puissance douce : endiguer la montée de la Chine sans la heurter directement.

Gilles Vandal
Un repli stratégique américain catastrophique

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Un repli stratégique américain catastrophique

ANALYSE / Depuis près de trois ans, l’administration Trump a pris une série de décisions majeures visant à un désengagement des États-Unis dans le monde. Les plus importantes de ces décisions vont de l’abrogation de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, à la dénonciation de l’accord de partenariat transpacifique, à l’annulation de l’accord nucléaire iranien et au retrait des troupes américaines en Syrie.

Toutefois, une décision se démarque de toutes les autres par son caractère cataclysmique quant à la sécurité nationale américaine. Cette décision inconsidérée qui a pris effet le 2 août, après un préavis de six mois, porte sur l’abandon de l’accord sur les forces nucléaires intermédiaires avec la Russie. Cette décision pourrait s’avérer catastrophique à long terme. Clairement, le grand gagnant dans cette décision est la Russie qui obtient une licence tacite pour déclencher une nouvelle course aux armements nucléaires. Pour le reste du monde, la conséquence évidente est la montée de l’insécurité internationale.

Gilles Vandal
Les dessous du scandale ukrainien

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Les dessous du scandale ukrainien

ANALYSE / De nombreux commentateurs américains sont intrigués par les origines de l’affaire ukrainienne. Ils ont de la difficulté à expliquer comment Donald Trump, qui venait de se sortir du Russiagate, a pu s’embarquer dans une affaire aussi scabreuse avec l’Ukraine. Après avoir survécu au premier scandale, toute personne le moindrement « normale » se serait ensuite tenue tranquille.

Lors du déclenchement de l’enquête Mueller, le président américain déclarait que cette dernière risquait de mettre fin à sa présidence. Or, le rapport Mueller était encore chaud lorsqu’il s’engagea dans la machination ukrainienne en abusant de son pouvoir présidentiel pour assurer sa réélection. Cette affaire menace maintenant la survie même de sa présidence.

Durant le Russiagate, Trump adopta une stratégie de négation totale, en dépit des faits qui s’accumulaient dans le sens contraire. Passé maître dans l’art de la manipulation des médias, il répétait à satiété qu’il n’y avait pas eu de collusion avec la Russie, qu’il n’avait pas effectué d’obstruction à la justice et qu’il était simplement victime d’une chasse aux sorcières.

Cette stratégie lui a permis de réconforter sa base qui lui est restée solidement fidèle. En conséquence, il s’est assuré du même coup que les républicains du Congrès serrent les rangs derrière lui. Face au scandale ukrainien, il reprend la même stratégie de négation en affirmant que ses échanges avec le président ukrainien étaient tout à fait corrects et que toute cette histoire n’est qu’un canular. Plus encore, il empêche ses collaborateurs immédiats de témoigner devant le comité de la chambre.

Pour expliquer ses agissements particuliers, les commentateurs et observateurs américains ont recours à des opinions émises par des psychiatres et psychologues sur le comportement de Trump. Comme ces remarques ne proviennent pas d’une analyse directe du président, elles sont pour le moins hasardeuses. Néanmoins, elles présentent une perspective très intéressante pour expliquer le comportement du président américain.

Ces observateurs constatent que le président, en plus d’avoir une personnalité très narcissique, affiche aussi toutes les caractéristiques d’un joueur compulsif et une nature autodestructive. Il cause son propre malheur en projetant sans cesse sa vision paranoïaque et amorale du monde.

Architecte de son malheur

Selon cette analyse, le président américain est pris dans un cercle vicieux. Sa vision paranoïaque et son impulsion autodestructrice l’amènent constamment à réaliser ce qu’il craint. Pour lui la seule chose qui compte, c’est de gagner à tout prix. Pour ce faire, il est prêt à prendre n’importe quel risque et à violer toutes les règles. D’ailleurs, ce n’est pas un accident si comme homme d’affaires, il a fait six faillites. 

Ses deux films préférés, Citizen Kane et Sunset Boulevard, sont très révélateurs de sa personnalité. Dominés par leurs pulsions autodestructrices, les héros de ces deux films deviennent les architectes de leurs propres malheurs. Leurs narcissismes extrêmes les conduisent directement à l’effondrement de leurs carrières.

Incapable de comprendre les notions d’éthique, Trump voit tout, fondamentalement, comme une sorte de transaction. Alors que ses interlocuteurs le trouvent cynique, il perçoit tout simplement le monde comme étant contre lui. Dans son esprit, il doit toujours réagir pour se protéger. Mais il se trouve à donner vie à ses craintes par ses propres agissements. 

De son point de vue, que cela soit en affaire ou en politique, le monde représente une jungle remplie de prédateurs qu’il faut combattre pour survivre. « Lorsqu’il se sent lésé, il réagit de manière impulsive et défensive en construisant une histoire qui se justifie elle-même, qui ne dépend pas de faits et qui blâme toujours les autres ». C’est dans cette perspective qu’il adhère aux théories de complot.

Par son fameux échange avec le président ukrainien, Trump espérait que l’enquête qu’il demandait à Zelensky allait confirmer ses théories de complot qui place l’Ukraine, non la Russie, au centre de la compagne présidentielle de 2016. Joe Biden et son fils Hunter auraient ainsi conspiré avec des Ukrainiens pour aider Hillary Clinton et chercher à l’empêcher de remporter les élections. Bien que cette théorie soit complètement farfelue et que rien ne démontre une quelconque implication des Biden dans une corruption criminelle en Ukraine, Trump y souscrit d’autant plus qu’un tel postulat confirme sa vision du monde.

Depuis qu’il est devenu président, Trump continue de se voir comme une victime. Il ne cesse de répéter qu’aucun politicien n’a été traité plus mal ou plus injustement que lui. Les multiples enquêtes criminelles dont il fait l’objet de la part de différents districts judiciaires fédéraux depuis trois ans, jointes à celle de l’avocat spécial Mueller et à l’ouverture du processus de destitution viennent conforter Trump dans cette perception.

L’exposition de Trump à la honte de la procédure de destitution ne reflète que sa soif d’attention en rappelant puissamment ses propres limites. Paradoxalement, Trump aime se retrouver dans une sorte de spirale infernale. Ses efforts pour s’en sortir ne font alors qu’augmenter son adrénaline.

Avec les révélations qui se multiplient, il ne fait pas de doute que la chambre va voter la destitution du président. Mais au sénat qui est contrôlé par les républicains, la situation est très différente. Trump pourrait fort bien survivre au procès que le sénat sera appelé à tenir. Par ailleurs, contrairement à Nixon, il bénéficie du soutien indéfectible de médias conservateurs provenant de radios populaires comme Russ Limbaugh, de réseaux télévisés comme Fox News et de nombreux journaux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.