Les chefs politiques du Québec (ici Philippe Couillard (PLQ), Jean-François Lisée (PQ), et Manon Massé (QS), complètement à droite) ont pris une pause aujourd'hui pour réitérer leur appui aux producteurs agricoles.

Trump se vante... et se plante!

CHRONIQUE / Je ne sais combien de gens ont écouté la conférence de presse conjointe de l’UPA avec les chefs des partis politiques, vendredi matin, mais l’événement a sûrement rejoint pas mal de monde. Contrairement à leurs pratiques habituelles, RDI et LCN ont diffusé l’événement au complet: 40 minutes sur la gestion de l’offre, l’un des principaux enjeux des discussions en cours à Washington entre le Canada et les États-Unis.

C’est rare que les dossiers de cette nature prennent autant d’importance dans le monde en accéléré des médias et des politiciens. Et pour une fois, on nous a expliqué la chose bien clairement, et pas simplement pour nous dire que c’était important pour nos agriculteurs. Exemple:  la production agricole du Québec est soumise à des règles environnementales beaucoup plus sévères que chez nos voisins du sud. Les consommateurs ont donc tout intérêt à voir nos gouvernements protéger la production locale.

Même si le Québec n’est pas à la table de négociation à Washington, la pause qu’ont pris les chefs politiques du Québec vendredi matin pour réitérer leur appui aux producteurs agricoles n’était pas inutile. Il faut avoir vécu et travaillé à Ottawa pour savoir que les politiciens fédéraux sont trop souvent insensibles aux intérêts des provinces, si elles ne se font pas entendre. Et sur certains dossiers, il faut le faire haut et fort. C’est ce qu’on a vu à la conférence de presse organisée par l’UPA. Ce genre de signal donne également des arguments aux négociateurs canadiens à Washington. Il leur permet de faire comprendre à leurs interlocuteurs américains que leurs exigences ne seront jamais acceptables et acceptées au pays.

Il est important de serrer les rangs et de passer des messages clairs dans un tel rapport de force. C’est d’autant plus important que l’équipe américaine travaille pour un président qui n’a aucun scrupule. On l’a appris vendredi matin dans les pages du Toronto Star, qui a publié les propos «off the record» tenus par Trump à l’occasion d’une entrevue accordée à Bloomberg News. Le président y déclare qu’il ne fera aucun compromis avec le Canada, mais qu’il ne peut le dire publiquement parce que «ce serait tellement insultant qu’ils [les Canadiens] seraient incapables de conclure une entente». Trump ajoute qu’il effraie le Canada en répétant sa menace d’imposer des tarifs sur l’auto. «Chaque fois que nous avons un problème sur un point, je n’ai qu’à leur montrer la photo d’une Chevrolet Impala», une auto produite en Ontario.

Tout le monde sait bien que Donald Trump n’est qu’un vantard malhonnête et qu’il criera victoire, peu importe le résultat de ces négociations. Mais ses propos ont mis tout le monde dans l’embarras, incluant ses propres négociateurs. Plus encore, sa vantardise a donné un excellent prétexte aux négociateurs canadiens pour ne pas conclure une entente dans l’échéancier imposé par Washington. Tout accord après de tels propos aurait donné l’impression que le Canada a cédé aux menaces du président. Les négociations sont donc remises à mercredi prochain. Trump s’est tiré dans le pied, et il nous a rendu service.

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Retour à la conférence de presse de l’UPA dans le contexte électoral: une note positive à Jean-François Lisée, qui a été l’initiateur d’une prise de position commune des chefs sur la gestion de l’offre. Une note négative à Manon Massé, qui a profité de cette conférence de presse, pour nous tenir le vieux discours sur l’indépendance du Québec. Ce n’était pas le moment. Et si l’indépendance est aussi souhaitable que l’a dit Mme Massé pour nous protéger des États-Unis, Québec solidaire devrait peut-être travailler avec le Parti québécois au lieu de diviser le vote des souverainistes.