Emmanuel Macron, de passage dans le Vieux-Montréal jeudi.

Trump n'est pas éternel, rappelle Macron

CHRONIQUE / «Peut-être que ça lui est égal au président américain d’être isolé, mais nous aussi ça nous est égal d’être à six, si besoin était, parce que ces six représentent des valeurs et un marché économique qui a cette force de l’histoire, et qui, surtout, représente une vraie force internationale».

Cette déclaration d’Emmanuel Macron, jeudi matin, aux côtés de Justin Trudeau, illustre mieux que tout autre événement préparatoire ce qui nous attend aux discussions sur le commerce qui lanceront les travaux du G7 vendredi.

Un peu plus tôt en matinée, Donald Trump avait clairement énoncé la position qu’il tiendra à cette rencontre, et dissipé les rumeurs voulant qu’il ne s’y présente pas. «Prêt à partir pour le G7 au Canada pour se battre pour notre pays sur le commerce (nous avons le pire accord commercial jamais fait)» a tweeté le président américain.

Informés de ce message, le premier ministre Trudeau et le président Macron ont été tout aussi catégoriques. Assumant la présidence du G7, Justin Trudeau a été plus prudent dans le choix des mots, mais il a appuyé les propos de son invité. Emmanuel Macron ne s’est pas gêné pour justifier la possibilité d’une entente à six qui exclurait les États-Unis. «Il ne faut pas, par principe, s’interdire d’avoir un six plus un, ou un mot fort de la présidence, que nous soutiendrons totalement, parce que nous sommes derrière le premier ministre Trudeau. Quand il y a eu le G20 en Allemagne, nous avons été amenés à faire un 19 plus un sur le climat, parce que les États-Unis ne voulaient pas rappeler leur engagement sur l’Accord de Paris», a-t-il rappelé.

«Vous dites aujourd’hui que le président Trump s’en moque totalement. Peut-être. Mais d’abord, nul d’entre nous n’est éternel, et nos pays, les engagements que nous avons pris, nous dépassent. Et nul d’entre nous ne peut dire, quand il arrive, élu par le peuple, que tous les engagements qui ont prévalu disparaissent. Il y a une continuité de l’État au cœur du droit international. Il en va ainsi de la vie des nations, et il en ira ainsi aussi de la vie des États-Unis. À un moment donné, ils retrouveront aussi le cours de leur histoire».

LIRE AUSSI: Trudeau et Macron brandissent la menace d'un «G6 + 1»

Dans un contexte aussi trouble, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance de garder un front uni devant l’administration Trump.

«Nous ne devons pas nous désagréger. Les six autres pays du G7, c’est un marché plus grand que le marché américain. Il n’y a pas d’hégémonie mondiale si nous savons nous organiser, et nous n’avons pas envie qu’il y en ait. Moi je crois à la coopération et au multiculturalisme. De toutes mes forces, je résiste à l’hégémonie. L’hégémonie, c’est la loi du plus fort, c’est la fin de la règle de droit, c’est la fin des garanties qu’on peut donner à nos concitoyens qu’on les protège selon des valeurs que nous avons défendues.»

Il est rare que les conférences internationales de cette nature soient précédées de déclarations publiques aussi fortes sur les différends entre les pays. Pour comprendre l’importance de ce G7, il faut se rappeler que la plupart des leaders en présence sont relativement nouveaux, à l’exception d’Angela Merkel (Allemagne) et de Shinzo Abe (Japon). C’est lorsque les leaders sont en poste depuis longtemps et qu’ils se connaissent bien que les progrès sont possibles.

Ce qu’on a vu à la rencontre Trudeau-Macron jeudi matin, c’est la chimie entre deux jeunes leaders qui ont des atomes crochus et qui sont appelés à se revoir. L’an prochain, c’est la France qui recevra le G7. Angela Merkel et Theresa May devraient y être également malgré des situations politiques internes compliquées. L’axe Canada-France est donc cette année, et sera encore en 2019, la pierre d’assise de toute forme de consensus, que ce soit à six ou à sept. Tant que Trump sera là, l’avenir du G7 passera par la France et le Canada.