Lundi, le ministre de l'Immigration David Heurtel (au centre gauche), entouré de Lucie Charlebois, de Jean-Marc Fournier et de Sébastien Proulx, a réclamé que le gouvernement canadien assume ses responsabilités dans l'accueil des migrants sur le territoire québécois.

Québec fait la morale à Ottawa

CHRONIQUE / Le gouvernement Couillard hausse le ton à l’endroit de Justin Trudeau. Faut-il y voir un signal préélectoral, un peu d’Ottawa «bashing» pour redorer le blason nationaliste du PLQ?

Samedi, c’est le ministre Jean-Marc Fournier qui a fait la morale aux grands frères libéraux, en publiant une lettre pour les mettre en garde contre une action unilatérale dans le projet de pipeline de Kinder Morgan en Colombie-Britannique. Lundi matin, c’est le ministre de l’Immigration, David Heurtel, encadré par M. Fournier et deux autres collègues, qui a pris la relève et réclamé que le gouvernement canadien assume ses responsabilités dans l’accueil des migrants sur le territoire québécois.

Ce n’est pas la première fois que ça se produit, mais disons qu’on n’a pas l’habitude de telles interventions sous Philippe Couillard. Le premier ministre nous avait plutôt habitués à régler ses litiges dans la discrétion et la bonne entente. Par opposition, Jean Charest nous avait habitués à le voir croiser le fer de temps à autre avec le fédéral, surtout à l’approche des échéances électorales. Il faut dire qu’il en avait plus souvent l’occasion, à cause des politiques de Stephen Harper qui n’étaient pas bien reçues au Québec.

Ces sorties publiques de l’administration Couillard ne sont pas les seules. En janvier, la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, a écrit à son homologue fédérale, Catherine McKenna, pour revendiquer, au nom du Québec, le pouvoir d’évaluer seule les projets de compétence fédérale sur son territoire. Que l’on parle d’installations portuaires, aéroportuaires, ou d’infrastructures pétrolifères, le Québec revendique une véritable collaboration entre les deux paliers de gouvernement, et c’est normal. Ce qui m’a surpris, toutefois, c’est de voir le ministre Fournier mettre son grain de sel dans un différend à l’autre bout du pays. Si au moins il avait traité des conséquences environnementales du pipeline, j’aurais compris. Mais il a traité du dossier sous l’angle constitutionnel et des relations fédérales-provinciales.

Visiblement, les libéraux ne veulent pas voir François Legault endosser seul le veston nationaliste de la défense des intérêts du Québec au Canada.

La mémoire courte

Selon un sondage Léger Marketing publié en fin de semaine, les gens estiment que Robert Bourassa (26%) a été le meilleur premier ministre du Québec au cours des 25 dernières années. Lucien Bouchard (22%) serait le deuxième meilleur, suivi de Jacques Parizeau (17%), Jean Charest (10%), Pauline Marois (7%) et Philippe Couillard (7%). C’est drôle, ne trouvez-vous pas? Plus ça fait longtemps que vous avez gouverné, plus on vous aime… Les deux seules exceptions à ce constat sont Bernard Landry et Daniel Johnson. 

C’est vrai qu’on apprécie Robert Bourassa de nos jours. Le cancer qui l’a emporté en 1996 a ému tout le Québec, à un point tel qu’on lui a souhaité bonne chance à la fin d’un Bye bye à Radio-Canada. On a oublié à quel point il a été vilipendé et accusé de tous les maux de la planète avant de perdre le pouvoir aux mains de René Lévesque en 1976. Et Lucien Bouchard, vous pensez qu’on l’aimait lorsqu’il a cassé la grève des infirmières en 1999? Et M. Parizeau? On l’appréciait tellement qu’il a été obligé de se tasser derrière Lucien Bouchard pendant la campagne référendaire de 1995. Il n’a fait que 15 mois à ce poste et il aurait été l’un des meilleurs premiers ministres? 

La mémoire est une faculté qui oublie. Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard auront probablement eux aussi une meilleure place dans l’histoire, quand les gens auront oublié...