Le chef de la CAQ, François Legault, a juré dimanche que les nominations partisanes et les cadeaux aux «petits amis», c’est terminé sous un gouvernement caquiste.

Les «petits amis» de Legault

CHRONIQUE / Dimanche soir, j’ai écouté le débat des chefs qui se font la lutte en Ontario, et ça m’a réconforté. À les écouter, les problèmes de nos voisins sont tellement énormes que l’on constate, après tout, qu’on est relativement bien au Québec. Nos tarifs d’électricité sont moins chers qu’ailleurs, nos services de garderie sont efficaces malgré leurs lacunes, et nos finances publiques sont en équilibre. Alors qu’en Ontario, c’est l’inverse.

Au Québec, les chefs des partis politiques en présence sont dans l’ensemble beaucoup mieux préparés et articulés que leurs homologues ontariens. À lui seul, Doug Ford coupe de moitié la note moyenne de crédibilité des leaders ontariens. Une vraie honte.

Retour donc chez nous, au lendemain des congrès du PQ et de la CAQ en fin de semaine. 

Ma première réaction, en voyant la promesse de la CAQ de réduire l’attente à l’urgence à 90 minutes en quatre ans, a été de pousser un soupir de déception. Était-ce vraiment nécessaire? Pourquoi mettre des chiffres sur des engagements aussi difficiles à respecter? L’amélioration des soins de santé, ce n’est pas un exercice mathématique du genre 1 million $ de plus dans les services équivaut à 15 minutes de moins à l’urgence. C’est incroyable à quel point tout devient soudainement possible dans l’euphorie d’un congrès politique. Mais c’est complexe la santé et la CAQ court le risque de décevoir les gens et de contribuer au cynisme avec des promesses de ce genre.

François Legault promet un médecin à tous les Québécois et la réduction de l’attente à l’urgence, tout en modifiant le mode de rémunération des médecins de famille, et en réduisant d’un milliard $ l’entente avec les spécialistes. Vous croyez que ce sera facile comme démarche politique? Je pense au contraire qu’il lui faudra un Gaétan Barrette pour bousculer ainsi le système…à nouveau. Bonne chance quand même.

Ce que j’ai apprécié cependant, c’est d’entendre M. Legault jurer que les nominations partisanes et les cadeaux aux «petits amis», c’est terminé sous un gouvernement caquiste. Ce n’est pas que les libéraux aient abusé de ce copinage sous Philippe Couillard, mais le chef de la CAQ a compris qu’après un aussi long règne des libéraux, les Québécois ont soif d’intégrité. 

Le changement que veut incarner M. Legault doit donc passer par la tolérance zéro en ce domaine. Après sa déclaration de la fin de semaine, on attend des engagements écrits…même si ça ne garantit rien. 

Pendant que les caquistes sortaient leur autobus de campagne à Lévis, les péquistes dévoilaient leur plateforme électorale à Drummondville. C’est le bon côté des élections à date fixe : au lieu de spéculer comme autrefois sur la date des élections, les observateurs peuvent dès maintenant se pencher sur le mérite des engagements politiques. Ceux du Parti québécois n’ont surpris personne parce qu’ils sont calqués sur le programme issu du congrès de septembre dernier. Comme les péquistes sont au troisième rang dans les sondages d’opinion, ils peuvent y aller de promesses plus téméraires comme celle de la gratuité scolaire pour les études postsecondaires ou le retour aux tarifs uniques dans les garderies. Mais avec des engagements aussi coûteux et dépendants des finances publiques, on a plutôt l’impression que c’est sur leur politique identitaire et leur crédibilité que les péquistes miseront pendant la campagne électorale. Jean-François Lisée a les yeux rivés sur l’Ontario et on le comprend. Une victoire de la néo-démocrate Andrea Horwath contre Doug Ford, le 7 juin, donnerait de la force à sa prétention que les jeux ne sont pas faits au Québec et que le PQ n’est pas condamné à une misérable troisième place, comme sous André Boisclair.