Le pavillon allemand avait la forme de la planète Terre à la COP 23 des changements climatiques, qui s’est déroulée la semaine dernière à Bonn, en Allemagne.

Le pire, c’est qu’on s’y habitue

CHRONIQUE / Question : vous avez suivi les travaux de la COP23 sur les changements climatiques la semaine dernière? Je parie que non, puisque les médias n’ont pas accordé une grande importance à l’événement. La COP21 à Paris, à la fin de 2015, avait mobilisé les médias et les leaders de toute la planète, mais pas cette année.

Est-ce à dire que la situation s’améliore? Au contraire. La conférence de la semaine dernière avait été précédée d’un avertissement de 15 000 scientifiques prédisant que l’humanité courait à sa perte à cause de son retard à agir contre les changements climatiques. «Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse» avait expliqué à l’Agence France-Presse l’un des coauteurs de la déclaration, le professeur Thomas Newsom.

Barack Obama avait tenu des propos similaires à la conférence de Paris. «Nous sommes la première génération à constater les changements climatiques, et nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce sujet.»

Est-ce que cette catastrophe annoncée vous empêche de dormir la nuit? Probablement pas. Parce qu’à force d’en entendre parler, on n’écoute plus. C’est ça le grand problème de tels sujets : on finit par s’y habituer au point de classer le dossier dans la filière des problèmes insolubles. Comme la guerre, la famine, la pauvreté…

Même chose pour Donald Trump : à force de le voir dire des bêtises ou de se comporter comme un grossier personnage, on finit par ne plus réagir, à laisser passer. Même s’il a le doigt sur le bouton nucléaire et qu’il parle fort, on commence à penser qu’il ne posera pas le geste fatal parce que son entourage l’en empêchera, et aussi parce que les chiens qui aboient ne mordent pas…

Mais les changements climatiques, c’est autre chose. Le moment approche où nous atteindrons le point de bascule, où il sera impossible de revenir en arrière. Sécheresses à répétition dans les pays du sud, disparition de zones côtières et d’îles habitées, augmentation des phénomènes migratoires du sud vers le nord, multiplication des conflits armés, personne ne sera à l’abri des changements climatiques si on ne parvient pas aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre fixés à Paris.

Mais aussi dramatiques soient-elles, les nouvelles sur le sujet ne nous émeuvent plus parce qu’on en a pris l’habitude. C’est un peu comme si on tenait pour acquis que le problème finira par se régler tout seul.

En fin de semaine, j’ai écouté un reportage sur les espoirs de colonisation de la planète Mars et sur les énormes budgets consacrés à de tels projets. Mais ce qu’on y disait également, c’est que pendant qu’on dépense des centaines de milliards de dollars à de tels projets, on n’investit pas les sommes nécessaires pour sauver la planète Terre, notre seul habitat dans cet univers.

Et puisqu’on parle d’environnement, je vous glisse un mot sur la décision du Nebraska d’autoriser le passage sur son territoire de l’oléoduc Keystone XL. C’est une bonne nouvelle parce qu’on préfère voir le pétrole des sables bitumineux passer sur le territoire américain au lieu de transiter par le Québec et franchir le fleuve Saint-Laurent.

Mais c’est aussi une mauvaise nouvelle parce qu’on donne le feu vert à un énorme investissement dans les énergies fossiles. Et cela, moins d’une semaine après la mise en garde du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, contre la poursuite des investissements dans ce domaine. «En 2016, un montant estimé à 825 milliards $ a été investi dans les énergies fossiles et les secteurs générant des émissions élevées», a déclaré M. Guterres.

Effrayant, n’est-ce pas? Le pire, c’est qu’on s’y habitue.