Robert Lafrenière, commissaire de l’UPAC, s’est fait demander des comptes à la suite d’un rapport interne présumément «accablant» concernant le climat de travail au sein de l’organisme.

L'année de la police

CHRONIQUE / C’est le monde à l’envers. Alors que les partis d’opposition réclamaient des enquêtes policières et des accusations contre les libéraux sous Jean Charest, c’est la police qui aura fait l’objet d’allégations, d’accusations, et de demandes de démissions de la part des mêmes politiciens en 2017.

Pourtant, les enquêtes policières et la commission Charbonneau ont donné des résultats intéressants et mené à la condamnation de maires et des fonctionnaires corrompus. Mais ces mêmes enquêtes, qui ont mené à l’écoute électronique illégale des journalistes, semblent avoir créé un univers de querelles et de règlements de comptes chez les policiers.

Au début de décembre, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a demandé des comptes au commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière. Il réagissait à un rapport interne présumément «accablant» concernant le climat de travail au sein de l’organisme. Les éléments les plus «croustillants» de ce rapport, coulés aux médias, m’ont laissé sur mon appétit : relations «pas toujours faciles» entre les chefs d’équipe, absence de consultation du chef avec la base, «malaise» de certains policiers à la présentation de leurs rapports au commissaire… Franchement! S’il fallait condamner tous les dirigeants à qui on fait de tels reproches, il y aurait beaucoup de congédiements dans nos entreprises, et plus encore au sein de nos partis politiques. Ça me rappelle même certaines critiques à mon endroit dans une vie antérieure, quand j’étais boss

Je ne veux pas dire que ça va bien à l’UPAC, je ne sais pas. Mais ce n’est pas avec ce genre de critiques que les mécontents vont avoir la tête de Robert Lafrenière.

La situation qui a mené à la suspension du directeur de la police de Montréal, Philippe Pichet, était différente. Le rapport commandé par le gouvernement au commissaire Michel Bouchard avait relevé des problèmes graves  au sein de la division des affaires internes dont le mandat est de faire enquête sur le comportement des policiers. On y a découvert des irrégularités très graves. Le principal reproche à l’endroit de l’ex-directeur Pichet était de ne pas avoir eu la poigne nécessaire pour régler ce problème et mettre fin aux guerres de clans entre ses policiers.

Mais peu importe les circonstances, c’est vers les policiers chargés de faire respecter la loi que les caméras se sont tournées cette année. Ces mêmes policiers à qui on avait demandé de faire le ménage dans les poubelles des politiciens.

Et voilà que l’année se termine avec le dossier peu reluisant du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, qui a fait de fausses allégations à l’endroit des politiciens. Pas rose comme situation.

Faut-il voir un lien de cause à effet entre les enquêtes sur la politique et les malheurs de la police? La commande était-elle trop grande? A-t-elle suscité des conflits entre ceux qui estiment que les politiciens sont corrompus et ceux qui pensent le contraire? Faut-il voir dans le climat supposément malsain à l’UPAC, une méfiance à l’endroit de la direction jugée trop complaisante avec les politiciens? Ou une grande frustration devant la lenteur des enquêtes et les exigences des procureurs avant de porter des accusations? On ne le sait pas. Mais ce qui saute aux yeux, c’est que la faiblesse du leadership policier a créé une crise de confiance au sein de ces organismes. Une crise de confiance qui s’ajoute à celle qui mine déjà le travail de nos institutions.

Les politiciens sont des élus. Ils doivent rendre des comptes aux quatre ans. Ce n’est pas le cas des policiers. Ils ne doivent pas, en 2018, tolérer un tel bris de confiance avec la population dont ils assurent la protection.