Philippe Couillard

La note de passage

CHRONIQUE / Les libéraux ont gaffé la semaine dernière avec le congédiement de François Ouimet, mais ils n’étaient pas maladroits au point de couler l’examen de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, à l’approche des élections. Tout le monde savait que la VG ferait l’examen du rapport préélectoral du ministère des Finances à la veille du déclenchement des élections. C’était une première au Québec, prévue depuis trois ans. Il fallait donc que cet examen soit favorable, et il l’a été.

«Ils ont la note de passage, c’est certain», a lancé Mme Leclerc en conférence de presse, en vantant la collaboration des fonctionnaires des Finances qui «n’ont pas essayé de nous en passer des petites vites». Selon elle, le Québec est en bonne posture financière et pourrait même faire face à un ralentissement économique mondial. Plus encore : si l’incertitude actuelle sur l’ALENA et les guerres tarifaires est levée, le gouvernement pourrait encaisser des revenus plus élevés que prévu. «Plausible», c’est le mot clé qu’ont retenu Mme Leclerc et ses experts pour qualifier les prévisions du ministère des Finances. Cet examen de la vérificatrice forcera donc les partis politiques à mesurer leurs promesses électorales en conséquence. Or malgré la pluie d’annonces financières faites par les libéraux depuis quelques mois, Mme Leclerc a constaté que ces engagements s’inscrivent dans les limites budgétaires de l’exercice financier en cours, et des deux années suivantes.

Ce travail de la vérificatrice est crédible parce que sa préparation a commencé il y a déjà trois ans et que la dizaine d’employés qui y ont œuvré ont été accompagnés par de nombreux experts. Il serait difficile pour un nouveau gouvernement, a conclu Mme Leclerc, de prétendre qu’on a découvert un trou imprévu dans les finances publiques. C’est ce qu’avaient fait les libéraux après leur victoire de 2014.

En fait, le seul point où la Vérificatrice est en désaccord avec le ministère des Finances porte sur un vieux litige, celui de «l’application de la norme sur les paiements de transfert». Explication, s’il vous plaît? C’est simple, a répondu Mme Leclerc, avec un exemple : quand le gouvernement a mis 200 millions $ dans l’amphithéâtre Vidéotron, il a envoyé cette dette dans les finances de la Ville de Québec. Le gouvernement assume les frais d’intérêt et le remboursement sur le capital, mais la dette est ailleurs, dans les livres de la Ville. Le bureau du Vérificateur général du Québec dénonce cette pratique depuis le règne de l’ex-VG, Michel Samson. Au fil des ans, c’est une dette de 9,6 milliards $ que les Finances auraient ainsi passé ailleurs. Au Ministère, on explique que ces montants sont présentés dans une note aux états financiers des comptes publics, et qu’il faudrait revoir l’objectif de réduction de dette pour s’adapter à la nouvelle interprétation des normes comptables par le VG.

Il est douteux que François Legault dénonce cette pratique du jour au lendemain s’il prend le pouvoir. Et il est tout aussi douteux que les partis d’opposition remettent en doute la crédibilité du rapport de la Vérificatrice. La réaction de François Bonnardel de la CAQ l’a démontré : si les finances publiques sont dans un aussi bon état, a-t-il dit, c’est parce que le gouvernement a coupé dans les services dans un premier temps, afin de se bâtir une cagnotte de guerre en vue des élections. Pour sa part, le PQ a trouvé dans ces documents la preuve que le budget de la Santé a été coupé au début du règne libéral.

Bref, le ton est donné. Les libéraux comptent sur ce rapport afin de démontrer que les engagements électoraux de la CAQ ne sont pas réalistes. François Legault est un comptable : j’imagine qu’il saura faire ses calculs en conséquence…