Le mini-budget qu’on nous a présenté mardi n’est pas celui de Carlos Leitão. C’est le plan de match du Parti libéral du Québec.

Duplessis n’aurait pas fait mieux

Les libéraux de Jean Charest finançaient leurs campagnes électorales à même les dons illégaux des firmes de génie. Ceux de Philippe Couillard préparent la leur à même les économies réalisées avec les coupes budgétaires dans les missions de l’État. C’est cynique comme comparaison, mais c’est la réalité.

Le mini-budget qu’on nous a présenté mardi n’est pas celui de Carlos Leitão. C’est le plan de match du Parti libéral du Québec. Va toujours pour les baisses d’impôt et les hausses de dépenses en santé et en éducation. Mais on ne me fera pas croire que c’est par souci de justice sociale que le gouvernement enverra des chèques de 100$ par enfant d’âge scolaire en janvier et en juillet prochain.

Comme l’a bien dit le critique péquiste Nicolas Marceau, c’est au lancement de la campagne électorale du Parti libéral auquel on nous avait conviés mardi. Les libéraux ont compris qu’ils ne seront pas réélus sur leur bilan. Le besoin de changement est trop fort. S’ils veulent se donner une chance de conserver le pouvoir, ils doivent offrir de l’espoir aux Québécois. Ils ont commencé avec leur mini-budget de mardi.

Malgré son discours optimiste, le ministre Carlos Leitão sait bien qu’un ralentissement économique comme celui de 2008-2009 pourrait compromettre les investissements promis dans les missions de l’État et la lutte à la pauvreté annoncée par le ministre François Blais. Mais le ministre et ses collègues savent aussi qu’ils ont les moyens de remplir leurs engagements pour la prochaine année budgétaire. Après? On verra bien, se disent-ils.

Si Philippe Couillard est reporté au pouvoir, il pourra toujours ramener le Québec à l’austérité si les surplus ne sont pas au rendez-vous. Et si François Legault devait l’emporter, les libéraux auront vidé la caisse et son gouvernement devra se débrouiller avec un trou budgétaire si la croissance économique n’est plus au rendez-vous. C’est cynique comme stratégie, mais ce n’est pas irréaliste. C’est ce qui est arrivé au gouvernement minoritaire de Pauline Marois. Or la plupart des analystes s’entendent pour prédire que le prochain gouvernement sera probablement minoritaire. Vous voyez ça un gouvernement minoritaire caquiste abolir la distribution des chèques de 100$ par enfant d’âge scolaire, annoncer une hausse d’impôt ou pire encore, plonger le Québec dans de nouveaux déficits? M. Legault aurait beau puiser dans le Fonds des générations pour respecter les promesses libérales, il en porterait le blâme.

Mercredi matin, le chef de la CAQ était à court d’arguments pour dénoncer ce mini-budget. Il en a été réduit à promettre que sous sa gouverne, le Québec serait tellement prospère qu’on n’aurait plus besoin de la péréquation fédérale. On parle ici de 11 milliards $ pour l’année en cours. M. Legault a de l’expérience dans le monde des affaires à cause de son passé à la tête d’Air Transat, mais il est difficile de le croire sur une intention aussi ambitieuse. Qui plus est, quel pourcentage de l’électorat comprend ce qu’il dit lorsqu’il promet de libérer le Québec de la péréquation? Et plus encore, comment parviendra-t-il à convaincre les Québécois que c’est une bonne idée de faire une croix sur ces paiements de transfert du gouvernement fédéral? 

Au fond, la véritable question est de savoir si les manœuvres budgétaires annoncées suffiront pour le regagner la confiance de l’électorat. Parce qu’au-delà de l’équilibre budgétaire où ils ont fait preuve de courage, les libéraux portent toujours la lourde hypothèque de 15 ans de pouvoir, et les odeurs de corruption qui ont marqué ces années sous le gouvernement de Jean Charest.

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«Une tricherie répréhensible»

Le premier ministre Philippe Couillard participera à une «tricherie répréhensible» ce soir, affirme le coloré Auguste Choquette, avocat de formation, membre du Parti libéral à Ottawa comme à Québec, et député libéral fédéral au début des années 60.

Né en 1932, il a vu neiger Me Choquette. Ces jours-ci, il dénonce «le faux centenaire» du Club de Réforme de Québec qui sera célébré ce soir en présence du premier ministre et des militants libéraux qui auront déboursé 100$ chacun pour ce bel événement.

Le problème, selon Auguste Choquette, c’est que ce club a été fondé une première fois en 1880 et fermé à la suite d’un incendie. Il a repris vie en 1917, mais fermé à nouveau en 1983 parce que Robert Bourassa n’en voulait pas.

Je vous épargne le reste, mais Auguste Choquette refuse donc qu’on parle d’un centenaire. Il a porté sa cause jusqu’au bureau de Philippe Couillard, mais ce fut peine perdue.

«Un vieux fatiguant»

Le premier ministre sera là ce soir, et Auguste Choquette sera au congrès du PLQ en fin de semaine. «Un vieux fatiguant» qui s’assume reconnaît-il, mais qui estime qu’on nuit au Parti libéral avec de telles faussetés.