Le Fonds des générations qui a été créé en 2006 pour rembourser la dette, dépasse 13 milliards $ cette année. Au lieu de l’appliquer à la dette chaque année, le gouvernement envoie cet argent à la Caisse de dépôt. Les revenus de ces placements sont supérieurs aux intérêts économisés si l’argent était appliqué immédiatement à la dette.

Chronique somnifère

CHRONIQUE / Désolé les amis, je ne vous parlerai pas du cadre financier du Parti libéral parce qu’il y a un débat, ce jeudi soir, et que vous aurez l’occasion de comparer avec ceux des autres. Les cadres financiers des partis au pouvoir semblent parfois plus crédibles parce que leurs auteurs disposent d’une expertise à laquelle les autres partis n’ont pas accès. Mais ça ne veut pas dire qu’une fois élu, un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) ou du Parti québécois serait incompétent ou irresponsable avec les finances de l’État. Le ministre serait vite rappelé à la réalité par les experts du ministère des Finances.

Il y a toutefois un point dont je veux vous causer, parce que je fais des boutons chaque fois que les politiciens se tournent de ce côté. C’est le Fonds des générations.

Petit rappel : c’est un fonds créé en 2006 pour rembourser la dette, et qui dépasse 13 milliards $ cette année. Au lieu de l’appliquer à la dette chaque année, le gouvernement envoie cet argent à la Caisse de dépôt. Les revenus de ces placements sont supérieurs aux intérêts économisés si l’argent était appliqué immédiatement à la dette. Bref, on fait de l’argent avec la dette…

Sous Pauline Marois, les péquistes ont appliqué 1 milliard $ de ce fonds à la dette. Le dernier budget libéral annonce qu’on appliquera dorénavant 2 milliards $ par année. La valeur du Fonds continuera quand même d’augmenter parce que ses revenus et les montants qu’on y verse chaque année sont de 2,7 milliards $.

J’ai toujours pensé qu’il était sage de ne pas laisser ce fonds devenir trop gros, pour éviter que les politiciens n’y mettent le nez pour financer leurs promesses électorales.

Cette année, la CAQ propose d’appliquer immédiatement 10 milliards $ de ce fonds à la dette, pour éviter une baisse de la valeur de ses placements en cas de récession. Je pense que c’est trop, mais ça se défend. Encore faut-il que ce soit possible!

À ma grande surprise, c’est impossible. Pourquoi? Parce que le Fonds des générations, ce n’est pas de l’argent en banque que l’on peut retirer comme au guichet automatique. Les documents budgétaires nous montrent sa composition : 

  • 37,5 % d’obligations gouvernementales ou de titres à revenus fixes.
  • 16 % d’actifs réels comme des infrastructures ou des immeubles.
  • 46,5 % d’actions dans les marchés boursiers ou des placements privés. 


Ce que veut faire la CAQ, c’est comme si j’appelais mon courtier pour lui dire que je veux liquider mon compte d’épargne libre d’impôt (CELI) pour rembourser mon hypothèque. Il me dirait dans un premier temps qu’au taux d’intérêt actuel, je fais plus d’argent avec mon CELI que ce qu’il m’en coûte en frais d’intérêts sur mon hypothèque. Il me rappellerait ensuite que certains placements de mon CELI sont du long terme, et que je ne peux pas les retirer d’un seul coup, sans encourir de pénalités financières.

J’ai appelé à la Caisse de dépôt et au ministère des Finances pour savoir si j’avais raison. Vous comprenez que personne n’a voulu se mouiller en campagne électorale… Mais les experts du privé que j’ai consultés ont confirmé mon opinion. Je ne sais pas comment Christian Dubé, le candidat de François Legault qui vient de quitter la Caisse de dépôt, se débrouillera avec tout ça. J’attends son appel.

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Parlant de finances publiques, je tiens à saluer Luc Monty, le sous-ministre des Finances depuis 2011, qui quittera son poste pour devenir directeur général de la Ville de Québec. Un gars responsable, ce Monty, qui a piloté les Finances sous trois gouvernements différents, alors qu’il aurait été beaucoup mieux payé dans le secteur privé. On appelle ça «le service public».