Chronique

Mes clins d'œil de la semaine

L’avenir de Martine

Plus qu’une semaine et on saura enfin si le Bloc québécois existe encore et s’il demeure sous la gouverne de Martine Ouellet. Les 1er et 2 juin, tous les membres qui étaient en règle le 24 mars auront droit de vote au référendum sur la confiance envers Mme Ouellet, et sur le rôle de ce parti à Ottawa. La question sur Martine Ouellet sera simple: «Acceptez-vous de renouveler votre confiance envers Martine Ouellet, chef du Bloc québécois?»

La question sur le rôle du parti est compliquée: «Le Bloc québécois doit-il être, dans ses actions quotidiennes, et non pas seulement en théorie, le promoteur de l’option indépendantiste en utilisant chaque tribune et chaque occasion pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec tant avec les militants, les citoyens qu’avec les médias et au Parlement d’Ottawa d’ici l’indépendance, tel qu’indiqué à l’article 1 du programme du Bloc québécois?»

Les résultats seront connus le 3 juin. Ma prédiction? Mme Ouellet va perdre son vote de confiance, mais elle pourra dire qu’elle a gagné son point sur le rôle du Bloc. Parce que personne chez les souverainistes convaincus ne peut répondre par la négative à une telle question.  

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Des relations «cordiales»

Le frère de la ministre Julie Boulet, Jean de son prénom, sera candidat de la Coalition avenir Québec dans Trois-Rivières. Et quelles sont ses relations avec sa sœur après une telle annonce, lui a-t-on demandé mardi sur les ondes de TVA? «Cordiales» a répondu M. Boulet. J’ai trouvé la réponse surprenante. Après le duo Daniel et Pierre-Marc Johnson et celui des sœurs Françoise et Hélène David, on a pris l’habitude de voir des gens de la même famille faire de la politique dans des partis différents. Je n’ai pas de souvenirs précis des relations entre les deux frères Johnson, mais je me souviens encore à quel point Françoise et Hélène David manifestaient la force de leurs liens familiaux. C’était beaucoup plus convaincant que les «relations cordiales» de M. Boulet avec sa sœur Julie.

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«Ferme et sans appel»

La députée caquiste de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, a l’air bien douce comme ça, mais elle a la réaction plutôt raide devant la critique. «Notre volonté est ferme et sans appel» a-t-elle lancé dans un texte d’opinion publié mardi, en guise de réponse à ma chronique dénonçant l’idée de créer un casino à Québec. «Ferme et sans appel» ça ressemble au style de leadership de Gaétan Barrette… Et dire qu’une volonté est «sans appel», ce n’est pas très sage en politique, un métier complexe où il faut savoir écouter avant d’imposer ses décisions.

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Andrea Obama

Les Québécois n’ont jamais dissimulé leur admiration pour l’ancien président américain Barack Obama, et leur mépris pour Donald Trump. Depuis quelques jours, ils viennent de s’éveiller à une nouvelle figure politique tout aussi sympathique, celle d’Andrea Horwath, qui pourrait bloquer Doug Ford en Ontario. Mme Horwath n’est pas une novice en politique: elle en est à sa troisième campagne électorale à la tête du NPD ontarien. Mais elle était une inconnue au Québec jusqu’à ce que la menace de voir Doug Ford gagner les élections du 7 juin attire notre attention vers une voie de secours. Comme la libérale Kathleen Wynne semble vouée à la défaite et que Mme Horwath a rattrapé Ford dans les intentions de vote, la leader néo-démocrate est devenue notre premier choix. Fascinant. 

Chronique

Et le ministre de la Santé sera...

CHRONIQUE / Le congrès de la Coalition avenir Québec, qui se tient en fin de semaine à Lévis, dirigera inévitablement les regards vers les élus susceptibles de faire partie de l’équipe ministérielle d’un éventuel gouvernement caquiste. Et s’il est vrai que François Legault a mis en place un groupe de travail pour préparer la transition, la première question qui devrait tarauder ses membres est la suivante: qui pourrait et voudrait succéder à Gaétan Barrette à la tête du ministère de la Santé?

On sait déjà que ce ministère est un «tue monde» en raison de sa complexité et de l’impossibilité de satisfaire totalement la clientèle. Mais ce qui est pire encore, c’est que si les libéraux perdent le pouvoir au profit de la CAQ, le critique de l’opposition libérale en santé risque fort d’être nul autre… que Gaétan Barrette!

En décembre dernier, le ministre a déclaré au Soleil qu’il allait se battre pour sauver sa réforme du système de santé jusqu’à la fin d’un prochain mandat en 2022, même s’il doit le faire à partir des banquettes de l’opposition. «On peut faire bien des choses à partir de l’opposition», avait-il expliqué…

Vous croyez que ce serait «du gâteau» pour le prochain ministre de défendre l’action de son gouvernement devant Gaétan Barrette?

La semaine dernière, le ministre a surpris tout le monde en ressuscitant le poste de Commissaire à la santé qu’il avait aboli. Je miserais un gros 20 $ sur l’hypothèse suivante: devant la perspective d’une victoire de François Legault aux élections, les libéraux ont jugé que les études du Commissaire à la santé seront une épine au pied du prochain ministre. Vous allez me dire que les libéraux ne sont pas machiavéliques à ce point? Pas tous, mais Gaétan Barrette… peut-être! Après tout, il a déjà démontré sa capacité de montrer les muscles lorsqu’il négociait avec le gouvernement pour le compte des médecins spécialistes. Or la négociation, ça implique des stratégies parfois surprenantes.

Retour à la question de départ: qui pourrait diriger la Santé sous un gouvernement de la CAQ? Qui pourrait affronter Gaétan Barrette et Diane Lamarre du PQ? Parce qu’il ne faut pas l’oublier, Mme Lamarre. Elle connaît le domaine, et elle a démontré devant Gaétan Barrette qu’elle n’a pas peur d’affronter la tempête.

La première réflexion à laquelle devrait se livrer François Legault est la suivante: faut-il être médecin pour diriger le ministère de la Santé? Après avoir tellement critiqué le «gouvernement de docteurs» de Philippe Couillard, ce serait plutôt délicat d’en nommer un autre à la Santé. Il faut être avocat pour devenir ministre de la Justice, mais la Santé n’a jamais eu de telles exigences pour ses titulaires. 

François Legault était fier de sa prise en janvier, lorsqu’il a annoncé que le Dr Lionel Carmant, neurologue à l’hôpital Sainte-Justine, se joignait à la CAQ. Mais le médecin n’avait pas encore décidé s’il serait candidat aux élections, et il n’a pas l’expérience politique généralement requise pour prendre la direction d’un ministère aussi lourd. Gaétan Barrette aussi était un nouveau venu à l’Assemblée nationale, mais il faisait de la politique depuis longtemps à la tête du syndicat des médecins spécialistes…

Généralement, les gouvernements se tournent vers des gestionnaires de grande expérience pour prendre la direction d’organismes ou d’institutions en difficulté. Mais j’ai beau regarder, je ne vois personne de ce calibre dans la députation actuelle de la CAQ. François Legault a déjà été ministre de la Santé. Il pourrait faire comme Robert Bourassa qui a dirigé les Finances de 1970 à 1973, du haut de son siège de premier ministre…

Je blague, évidemment!

Chronique

Et si l’Ontario virait à gauche...

CHRONIQUE / Plus que deux semaines avant les élections en Ontario, et c’est le NPD d’Andrea Horwath qui constitue maintenant la seule menace à la formation d’un gouvernement conservateur sous la direction de Doug Ford. Ce virage impressionnant montre à quel point le dernier sprint d’une campagne électorale peut changer les choses et déjouer les prédictions.

Les forces en présence ne sont pas similaires à celles qui se feront la lutte au Québec le 1er octobre, mais la campagne ontarienne constitue un rappel important : il ne faut jamais tenir le résultat des sondages pour acquis. Jean-François Lisée a été le premier à s’en réjouir mardi. Il a déclaré qu’à l’exemple du NPD ontarien, la situation pourrait évoluer en faveur du PQ au Québec.

Le résultat des élections en Ontario sera suivi de très près dans les autres capitales au pays parce qu’il sera révélateur de l’humeur de l’électorat, et qu’il aura des conséquences pour tout le monde.

Pour le gouvernement Trudeau, le pire scénario serait la victoire de Doug Ford. Un tel événement serait annonciateur de litiges importants entre les deux paliers de gouvernement à 16 mois des élections fédérales, au moment même où les conservateurs fédéraux d’Andrew Scheer sont en remontée dans les sondages au pays et même au Québec. De plus, une victoire de M. Ford serait suivie d’une contestation en règle de la politique environnementale de Justin Trudeau contre les changements climatiques. Un échec du premier ministre sur cette question, associée à l’impasse qu’il semble incapable de dénouer entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, pourrait lui coûter ses élections.

Pour le gouvernement du Québec, la situation est moins évidente. On peut penser qu’un gouvernement Couillard aurait de meilleures relations avec l’Ontario sous la gouverne de la néo-démocrate Andrea Horwath. Même chose pour Jean-François Lisée. Il est plus difficile de deviner quelle serait la préférence de François Legault. La Coalition avenir Québec (CAQ) est davantage associée à la droite. Mais comme son nom l’indique bien, il s’agit d’une coalition dont la diversité des intérêts se prêterait mal à un virage aussi radical que celui proposé aux Ontariens par Doug Ford.

Ce qu’il y a de plus fascinant dans la situation actuelle, c’est de constater à quel point le désir de changement dans les deux provinces risque de les mener dans des directions opposées. Au cours des 15 dernières années, les législatures du Québec et de l’Ontario ont été dirigées presque sans arrêt par des gouvernements libéraux. Mais en 2018, le changement souhaité par l’électorat pourrait être incarné par le NPD en Ontario, et la CAQ chez nous. À moins que Doug Ford ne maintienne l’avance des conservateurs…

Peu importe les résultats d’un côté et de l’autre de la rivière des Outaouais, l’influence du «Canada central», dont parlait Jean Charest en traitant de l’axe Québec-Ontario, devra être redéfinie. Sous Stephen Harper et à la faveur des prix élevés du pétrole, l’Alberta avait gagné en prestige et en influence à Ottawa et au sein du Conseil de la fédération. Mais la chute du prix de l’or noir sur les marchés a favorisé ensuite les entreprises manufacturières de l’Ontario et du Québec. La résistance à la construction de nouveaux pipelines pour exporter le pétrole des sables bitumineux a accentué les difficultés économiques de l’Alberta.

La fin du régime de Stephen Harper et la victoire de Justin Trudeau a également marqué un retour à Ottawa des politiciens du «Canada central». Mais les élections à Queen’s Park et à Québec laissent entrevoir des changements majeurs qui pourraient modifier l’équilibre des pouvoirs au sein de la fédération canadienne. 

Chronique

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.

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Une très mauvaise idée!

CHRONIQUE / François Legault devrait visiter l’Outaouais avant de laisser ses députés spéculer sur un projet de casino à Québec. L’idée peut sembler attrayante à cause des milliers de croisiéristes qui visitent la capitale, mais elle ignore un facteur important. Un casino, ce n’est pas que des appareils de jeux de hasard. C’est une ou deux salles de spectacles, des restaurants, des bars, et des évènements culturels ou récréatifs de toute nature. Or en Outaouais, l’ouverture d’un casino a créé une dure concurrence aux restaurateurs et aux bars locaux.

La ville de Québec a une belle réputation en terme d’offre gastronomique et culturelle. Désire-t-on vraiment voir l’État y faire concurrence aux commerçants locaux? 

«C’est une compétition déloyale», m’a expliqué mercredi le propriétaire du restaurant Le Troquet, de Gatineau, Éric Gaudreault. Membre de Vision Centre-Ville, un regroupement de commerçants qui ont vécu l’implantation du Casino du Lac-Leamy, M. Gaudreault explique «que personne dans le privé ne peut faire une offre comme le Casino peut en faire». 

En 2014, une initiative du Casino a soulevé la grogne chez les propriétaires de bars. Il s’agissait d’une nouvelle boîte de nuit visant à attirer les jeunes de 18 à 24 ans.

«Certains d’entre nous font des affaires depuis 35 ans à Gatineau, et tous les investissements faits dans nos établissements proviennent du privé. L’État québécois nous taxe déjà suffisamment et voilà qu’il va nous livrer une compétition directe en finançant ses activités avec les fonds publics. C’est carrément indécent», avait averti M. Gaudreault.

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, avait lui aussi déploré l’attitude de la direction du Casino : «C’est un grand navire qui se dirige souvent seul. Ils font souvent peu de cas des doléances des personnes autour».

Les deux hommes n’ont pas changé d’idée. Pire encore, M. Gaudreault estime que l’annonce de la création d’un nouveau casino à Ottawa, en 2021, forcera celui de Gatineau à se montrer encore plus agressif dans son offre de jeu et de restauration, au détriment des commerces locaux. «On ne peut pas faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’affecte pas le commerce local, ce n’est pas vrai».

M. Gaudreault signale par ailleurs que la compétition du Casino ne se limite pas à la clientèle, mais touche également le personnel. «Présentement, il y a une pénurie incroyable de cuisiniers et ils [le Casino] ont un avantage parce qu’ils offrent de meilleurs salaires. Alors c’est toujours difficile de leur faire compétition sur les salaires. C’est de plus en plus criant depuis un an ou deux».

«S’il y a un endroit où il y a tellement de choses à faire qu’on n’a pas besoin de casino, c’est bien le Vieux-Québec, estime M. Gaudreault. Si on parle de problématique en région, mettez plutôt un beau casino en Gaspésie, ça va peut-être aider Percé.»

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent sortir l’actuel Salon de jeux de Vanier, l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Cette préoccupation a ses mérites. Mais elle fait fausse route en la doublant d’un autre projet, celui de transformer le Salon de jeu en casino afin d’y attirer les croisiéristes qui font escale à Québec. Les caquistes se sont immédiatement attiré la colère des gens de Charlevoix, qui craignent une concurrence directe à leur propre casino, situé à La Malbaie. Les restaurateurs, les tenanciers de bars et les dirigeants des salles de spectacle de Québec n’ont pas encore réagi, mais si j’étais à leur place, je garderais l’œil ouvert. La proposition de la CAQ, c’est une très mauvaise idée.

Chronique

Un seul rapport d’impôts?

CHRONIQUE / Même si la saison des rapports d’impôts est terminée, personne au Québec n’est insensible au vieux débat sur notre obligation de faire deux déclarations de revenus, alors qu’ailleurs au pays, les contribuables n’en font qu’une seule. C’est lourd à porter, ça coûte plus cher en frais d’expertise pour la préparation des rapports, et c’est un fardeau économique supplémentaire pour les deux gouvernements.

Malgré ces constats qui font consensus depuis longtemps, personne ici n’a soulevé sérieusement la possibilité de changer le système. On a toujours tenu pour acquis que le Québec ne voudra jamais céder sa collecte des impôts à Ottawa, et vice-versa. C’est dans ce contexte que le parti conservateur dirigé par Andrew Scheer se dit ouvert à un compromis sur le sujet : tout comme dans le cas de la TPS, c’est Québec qui collecterait tous les impôts sur son territoire, et qui verserait au gouvernement canadien la part qui lui revient.

Je n’ai jamais cru à un tel compromis parce que la puissante bureaucratie fédérale combattrait une telle idée avec acharnement. Il y a beaucoup d’emplois en jeu dans un tel scénario, et le transfert des compétences comporterait des changements complexes. Lorsque le gouvernement fédéral a cédé la formation de la main-d’œuvre au Québec, en 2007, il a fallu transférer des fonctionnaires fédéraux à la fonction publique québécoise. Imaginez un peu la complexité du transfert au Québec des employés de l’Agence du revenu du Canada qui traitent l’impôt fédéral des Québécois…

Il faudrait donc une volonté politique réelle, mais qui sait? Le gouvernement canadien a bien accepté que le Québec collecte la TPS en même temps que la TVQ sur son territoire. Pourquoi pas les impôts?

Malgré mon scepticisme, j’ai quand même appelé le député de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, pour sonder le sérieux des intentions de son parti. C’est son association de comté qui a fait adopter une résolution sur le sujet en fin de semaine. Question à Deltell : serait-il prêt à mettre son siège en jeu sur une telle promesse électorale?

Ancien journaliste, Deltell a trop d’expérience pour tomber dans un tel piège. Dans un premier temps, il m’a fait valoir que pour la mise en place d’un seul rapport d’impôts au Québec, il faudrait que le gouvernement de la province soit d’accord. François Legault et Jean-François Lisée applaudiraient à un tel changement. Lundi, Philippe Couillard a déclaré que le Québec pourrait prélever les impôts fédéraux sur son territoire, à la condition qu’il demeure maître de ses politiques fiscales.

Est-ce à dire que c’est dans le sac? Loin de là. Gérard Deltell a fait valoir que la proposition adoptée par les conservateurs québécois en fin de semaine, à Saint-Hyacinthe, doit maintenant passer le cap du congrès national à Halifax au mois d’août. Il faudra ensuite qu’elle fasse partie de la plateforme électorale du parti, en vue des élections d’octobre 2019. C’est là que ça se corse : on a déjà vu des gouvernements ne pas tenir leurs promesses électorales, mais le bris d’un tel engagement envers le Québec serait lourd de conséquences.

Je demeure donc sceptique, mais je constate une chose : à partir du moment où les conservateurs québécois se sont commis sur le sujet en fin de semaine, ce serait une véritable gifle s’il fallait que leur chef ne les suive pas dans cette voie. M. Scheer s’est dit ouvert à étudier cette idée. Nous sommes loin d’une promesse politique ferme et claire. Mais à partir du moment où l’idée est lancée, il faudra bien qu’il se commette d’un côté ou de l’autre, avant les prochaines élections. On verra alors si son désir de séduire les Québécois est vraiment profond.

Chronique

Mes clins d’oeil de la semaine

Les amis de Martine

Ainsi donc, les sept députés démissionnaires du Bloc québécois formeront un nouveau parti politique qui s’appellera Québec debout. Ce n’est pas la trouvaille du siècle. Comment parlera-t-on de ses députés et de ses membres? Les bloquistes, c’était facile. Ça se glissait bien dans un texte. Mais les deboutistes, ça fait bizarre et ça attire les quolibets du genre, c’est «au boutte» ou c’est «le boutte du boutte». Et comment les anglos sur la colline parlementaire vont-ils traduire ça? «Quebec up, comme dans Seven up»?

Seven up pour les sept démissionnaires… tiens donc.

Un collègue me signale que Québec debout, ça se prête mieux à la désignation d’une émission matinale. C’est bien vrai. Et il y a Martine Ouellet dans tout ça. J’imagine sa réaction : «Ils ne veulent plus parler de l’indépendance du Québec? On va les appeler "Québec à genoux"».

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Chronique

La politique du cas par cas...

CHRONIQUE / Le débat politique «partisan» sur les demandes d’accommodements pour un motif religieux se poursuivra jusqu’aux élections du 1er octobre. Mais soyons lucides : la controverse de fond est terminée parce qu’il ne se fera plus rien d’ici là. La décision du gouvernement, cette semaine, d’y aller au cas par cas et de laisser à des répondants le soin de statuer sur les demandes d’accommodements selon des balises générales, ne changera rien à nos pratiques actuelles.

Le gouvernement de Philippe Couillard est en fin de mandat. La Coalition avenir Québec et le Parti québécois rejettent sa position sur les accommodements. Il appartiendra dorénavant à l’équipe portée au pouvoir aux élections générales de revenir sur le sujet… en autant qu’elle le désire vraiment!

Si les libéraux conservent le pouvoir, les lignes directrices annoncées mercredi par la ministre Stéphanie Vallée prendront force. Les gens ou les groupes qui se verront refuser des demandes d’accommodements pourront porter leur cause en appel devant la Commission des droits de la personne. Au fil des ans, les décisions de la commission créeront une forme de jurisprudence. Il sera alors plus facile, pour les répondants, de trouver dans cette jurisprudence des exemples de demandes acceptées ou rejetées, et de se comporter en conséquence dans leur traitement des dossiers. D’ici là, les répondants devront y aller de leur jugement, avec toutes les disparités que cela permet d’entrevoir. Dans les cas les plus difficiles ou sensibles, les répondants pourront se tourner vers leurs supérieurs administratifs. Soit un sous-ministre au gouvernement, soit le directeur général dans une municipalité. On peut alors penser qu’un avis juridique sera demandé, et que le ministre ou le maire, par exemple, seront également consultés ou à tout le moins informés. Bref, il faut s’attendre à de nouvelles controverses publiques sur des cas précis, c’est inévitable. Mais ce n’est pas le gouvernement qui va trancher. Du moins, pas celui-ci…

Aurait-il été possible de faire autrement? La solution la plus facile aurait été d’interdire tout accommodement pour des motifs religieux. Mais une telle politique dirigerait éventuellement le débat vers les tribunaux, jusqu’à la Cour suprême. Dans un pays comme le Canada, où la GRC permet le port du turban pour les policiers de religion sikh, on voit mal comment le plus haut tribunal du pays pourrait refuser à une femme musulmane le droit de porter le voile dans l’exercice de ses fonctions. 

À défaut donc d’y aller avec une politique générale d’interdiction des signes religieux pour toutes les personnes en autorité et de refus de tout accommodement pour des motifs religieux, le gouvernement y va avec une politique du cas par cas. Une politique dont l’interprétation ouvre la porte à beaucoup de décisions contradictoires qui feront les manchettes et alimenteront la controverse.

Jeudi, Gabriel Nadeau-Dubois a déploré qu’on en soit là, alors qu’il y a tellement d’autres enjeux plus urgents au Québec. Du mauvais théâtre d’été a-t-il dit, en accusant les autres partis de profiter de cette situation pour se faire du capital politique. 

Personnellement, j’ai trouvé qu’il avait raison. On ferait une pause jusqu’au lendemain des élections que ça ne changerait pas grand-chose. Les chicanes politiques partisanes sur le sujet pendant l’été ne feront pas avancer le dossier. Mais je ne suis pas naïf : théâtre d’été il y aura, et jusqu’au 1er octobre. Après ça «on verra», comme le dirait François Legault.

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«Le vent glacial de la droite»

CHRONIQUE / Doug Ford en Ontario, Jason Kenney en Alberta, Andrew Scheer à Ottawa et… François Legault à Québec? Si l’humeur populaire continue de confirmer la montée de la droite au pays, Philippe Couillard pourra emprunter à Lucien Bouchard sa citation de 1998 mettant les Québécois en garde contre «le vent glacial de la droite» en provenance de l’Ouest. Il serait injuste d’utiliser un tel épouvantail contre François Legault, mais la politique étant ce qu’elle est…

La campagne électorale qui vient de démarrer en Ontario ouvrira la porte à ce genre de débat au Québec. La victoire de Doug Ford, le 7 juin, pourrait être la prémisse d’un virage important vers la droite ailleurs au pays, un virage qui aurait des répercussions chez nous. Les dossiers environnementaux et la lutte contre les gaz à effet de serre en donnent déjà un bon exemple. Doug Ford, Jason Kenney, et Andrew Scheer ont déjà annoncé leur objection au marché du carbone et leur intention de combattre devant les tribunaux la taxe sur le carbone mise de l’avant par le gouvernement Trudeau. Cette taxe sera obligatoire à compter de 2019, sauf pour les provinces comme le Québec et l’Ontario qui ont joint le marché du carbone. Or Doug Ford veut retirer sa province de ce marché et il a promis de se battre contre une taxe fédérale.

François Legault a déclaré en mars qu’il ne retirerait pas le Québec du marché du carbone, même si l’Ontario le fait. Mais un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) poursuivra-t-il cette politique si les autres provinces la boudent, et qu’elles vont devant les tribunaux pour bloquer le projet de taxe fédérale? La question est pertinente, parce que les adversaires de cette fiscalité estiment qu’elle nuira à la capacité concurrentielle de nos entreprises sur les marchés étrangers. C’est le principal argument utilisé par Doug Ford pour expliquer sa décision de se retirer du marché du carbone. Que ferait un gouvernement de la CAQ dans un tel scénario? Ce n’est pas clair. M. Legault a toujours laissé planer une certaine ambiguïté sur cette question. 

Le chef de la Coalition avenir Québec n’a aucun intérêt à porter l’étiquette de la droite pendant la campagne électorale. Maintenant que le pouvoir semble être à portée de main, il doit plutôt démontrer sa capacité de rassembler tous les Québécois qui ne veulent plus des libéraux, et qui ont fait une croix sur le Parti québécois. À ce chapitre, le recrutement de l’ancienne ministre libérale Marguerite Blais est un bon coup politique pour M. Legault. L’ancienne «mère Teresa» du troisième âge adoucira son image et donnera une touche plus humaine à l’équipe et aux politiques de la CAQ. Ancien ministre de la Santé et ensuite de l’Éducation sous le PQ, M. Legault portait à l’époque un chapeau plus compatissant. Mais depuis qu’il a pris la direction de la Coalition avenir Québec, son image populiste et son positionnement politique lui ont valu une réputation moins conciliante.

Sur le plan de l’image, la défection de Mme Blais est un coup dur pour les libéraux, un coup plus dur à encaisser que la contribution réelle de l’ancienne ministre à l’équipe ministérielle de Jean Charest. Mais Marguerite Blais jouit d’une belle notoriété à cause de ses années de télévision, et elle offre une candeur et une sincérité qui passent bien auprès de la clientèle du troisième âge. On comprend que le premier ministre et deux de ses ministres aient tenté en vain de la retenir.

Les libéraux auront plusieurs annonces de candidatures au cours des semaines à venir. Ils devront impressionner parce que jusqu’à maintenant, c’est la CAQ qui a fait les meilleurs coups. 

Chronique

Mieux vaut tard que jamais

CHRONIQUE / Le gouvernement canadien est finalement sorti de sa torpeur sur l’entrée irrégulière de migrants au pays. En août dernier, le ministre fédéral Marc Garneau avait statué qu’on ne pouvait pas qualifier de «crise» l’arrivée de milliers de demandeurs d’asile d’origine haïtienne, en provenance des États-Unis. Le message a changé : non seulement y aura-t-il plus de ressources pour traiter ces demandes d’asile, mais il y aura un effort concerté avec l’administration américaine pour contrer ce phénomène.

La conférence de presse sur le sujet, lundi matin, ne visait pas qu’à rassurer les Canadiens. En y déléguant trois ministres du cabinet, Marc Garneau, Ralph Goodale et Ahmed Hussen, le gouvernement a voulu envoyer un message percutant à l’étranger : ceux qui franchissent nos frontières illégalement pour obtenir le statut de réfugié courent le risque de se faire expulser.

Ce message visait surtout les migrants d’origine nigériane qui sont de plus en plus nombreux à franchir le chemin Roxham, après avoir obtenu un visa pour entrer aux États-Unis. «Je veux m’assurer que tout le monde comprenne bien une chose : les demandeurs d’asile à notre frontière ne reçoivent pas un billet gratuit vers le Canada», a déclaré le ministre Garneau. 

La mise en garde n’était pas nouvelle, mais le ton était beaucoup plus ferme. Quatre-vingt-dix pour cent des migrants irréguliers ne répondent pas aux critères exigés et devront quitter le pays, a révélé le ministre, «incluant 200 au cours des prochaines semaines». C’est peu, 200 renvois par rapport à toutes les entrées irrégulières des derniers mois, mais ça envoie un message clair : malgré notre hospitalité pour les réfugiés, dont Justin Trudeau a maladroitement fait état sur Twitter en janvier 2017, le Canada n’hésite pas à expulser ceux qui profitent de la situation pour entrer illégalement sur son territoire.

L’autre mesure forte annoncée par le gouvernement est la décision d’envoyer trois agents à Lagos, au Nigéria, pour travailler avec les autorités américaines sur le traitement des demandes de visas pour les États-Unis. On pourra ainsi avertir ces demandeurs qu’ils seront retournés chez eux si leur demande d’entrer en sol américain vise simplement à prendre ensuite la voie du chemin Roxham pour venir illégalement au Canada. Le ministre Hussen se rendra également au Nigéria pour porter ce message.

Détail encourageant, les demandes d’asile de la part de gens d’origine haïtienne ont chuté considérablement, et les rumeurs d’un flot à venir de migrants d’origine latino-américaine ne se sont pas matérialisées, a dit M. Garneau. 

La véritable question au lendemain de cette conférence de presse est l’effet qu’elle aura à l’étranger. En fin de semaine, environ 190 personnes par jour ont franchi la frontière de façon irrégulière, a révélé Jean-Pierre Fortin, du Syndicat des Douanes et de l’Immigration, sur les ondes de RDI. S’il est vrai que ce nombre pourrait atteindre 400 d’ici l’été, la situation sera intenable pour les services d’accueil. Or, les avertissements lancés hier par le ministre Garneau et ses collègues pourraient prendre un certain temps avant d’atteindre les gens qui se préparent à quitter le Nigéria pour venir ici. Les passeurs pourraient même accélérer la cadence en raison de ces avertissements. Bref, si on refusait de parler de crise l’an dernier, on pourrait bien en vivre une cet été.

À tout le moins, le gouvernement canadien mettra en place un service de triage pour répartir les migrants selon leur destination finale au pays, ce qui devrait alléger le fardeau pour le Québec. Mais ce n’est qu’une mesure de gestion temporaire, et non pas une solution finale au problème.