La détermination de citoyens de Waterloo, avec en tête Annie Gaudreau et l’ancien maire Pascal Russell, a permis de sauver le CHSLD Horace-Boivin de la fermeture.

Frapper son Waterloo

C’est toute une victoire que les citoyens de Waterloo ont remportée vendredi en sauvant le CHSLD Horace-Boivin. En lieu et place d’une fermeture de l’établissement et du transfert de ses résidants dans un CHSLD à Granby, l’endroit sera plutôt rénové au coût de 4,8 millions de dollars.

Certes, le nombre de places diminuera de 43 à 22. On est loin, cela dit, d’un gain en demi-teinte. La solidarité des citoyens fait que toute la communauté sort soudée de cette affaire. Ils en auront besoin pour continuer à défendre leurs droits à des services de santé de proximité.

La proximité des services. L’enjeu de fond est là. Comment faire en sorte que nos régions disposent des ressources humaines et financières pour bien desservir leur population ? Et comment peut-on répartir équitablement toutes ces ressources ? Vaste défi. Les demandes sont infinies tandis que les ressources, on le sait bien, sont limitées.

Pas simple tout ça. D’autant plus que des doutes planent sur la capacité des conseils d’administration des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), ces gigantesques organismes créés par le ministre Barrette en 2015, de répondre aux préoccupations et besoins émanant de tous les coins des régions qu’ils administrent. C’est le talon d’Achille de toute centralisation des pouvoirs décisionnels : les secteurs qui sont loin des centres de décision se sentent ignorés. Seules les villes centres, là où se trouvent les sièges sociaux des CISSS, sortent gagnantes de ces restructurations. Elles profitent d’une offre de services santé améliorée.

L’affaire du CHSLD Horace-Boivin illustre bien les sentiments d’injustice et de frustration ressentis par les municipalités éloignées des centres de décision. Les responsables du CHSLD, ses résidants et les élus municipaux n’ont appris qu’à la dernière minute que l’établissement allait fermer. Il n’y a eu aucune consultation, aucune discussion avec eux pour trouver une alternative. La décision sans appel avait été prise par le conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie, à Sherbrooke, 68 kilomètres plus loin.

Cette décision avait notamment pour but d’ouvrir la voie à la création de 198 places en CHSLD à Granby. La direction du CIUSSS ne l’analyserait bien entendu pas ainsi, mais cela équivalait à enlever 43 places à Waterloo pour les transférer à Granby. En déshabillant une municipalité pour en habiller une autre, déjà mieux nantie en services de santé, tous les ingrédients étaient réunis pour une belle chicane de clochers.

Le choix de fermer le CHSLD Horace-Boivin était sans doute défendable d’un point de vue comptable. Investir dans un plus gros projet reviendrait peut-être moins cher par lit que de rénover un plus petit établissement. Mais on oublie que des personnes âgées sont concernées. Peut-on parler de qualité de vie si on les transfère de l’établissement où ils habitent depuis quelques années, et d’où plusieurs sont originaires, à un autre dans une autre ville loin de leur famille et de leurs amis ? Elles méritent certainement plus de compassion.

Un CHSLD occupe une place cruciale dans de petites municipalités comme Waterloo. Le vieillissement de la population accentuera ce fait. Leur présence revêt la même importance que celle d’écoles primaires pour la vitalité des communautés. Si les municipalités doivent tout faire pour attirer de jeunes familles, elles doivent aussi s’assurer que leurs citoyens plus âgés puissent vivre leurs vieux jours sans être déracinés. Dans leur planification de l’offre de places en CHSLD, que ce soit par la rénovation d’établissements ou la construction de nouveaux, les dirigeants des CISSS doivent tenir compte de ces dynamiques. Année électorale oblige, le ministre Barrette l’a compris en opposant son veto à la fermeture de l’établissement de Waterloo.

La création de mégastructures de centralisation comme les CISSS provoque également des problèmes de transparence. Dans un reportage publié mardi dans nos pages, mon collègue Jean-François Guillet rapporte qu’il est devenu difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir où sont postés les médecins spécialistes dans les hôpitaux du Québec. Les CISSS peuvent maintenant produire des plans d’effectifs médicaux avec des données globales et non plus par établissement.

L’analyse des données a cependant permis de déterminer que trois médecins spécialistes (gastro-entérologie, gériatrie et cardiologie) s’ajouteront aux effectifs d’établissements de santé dans la ville de Sherbrooke, le siège social du CIUSSS, rappelons-le. Pendant ce temps, les hôpitaux de Granby et Brome-Missisquoi-Perkins verront des postes similaires disparaître d’ici 2020.

Cette culture d’opacité, endossée par le ministère de la Santé, nuit à la crédibilité des CISSS. Dans notre région, les municipalités doivent rester vigilantes et actives pour veiller aux droits de leurs citoyens. Cela forcera les dirigeants du CIUSSS à être plus attentifs, à défaut de quoi ils risquent de frapper d’autres Waterloo.