Contrairement à ce que disait le maire Régis Labeaume, le rapport de la Direction de l’évaluation environnementale faisait état de «salamandres à quatre orteils» et non de «grenouilles» à quatre orteils.

Un tramway et ses 147 questions

CHRONIQUE / La Ville de Québec devra répondre à 147 questions du gouvernement sur son projet de tramway.

Une étape normale et nécessaire du processus d’évaluation environnementale. Les réponses devraient venir d’ici quelques mois.

Ces questions, ce sont pour plusieurs celles que vous vous posez aussi. Pas étonnant, car beaucoup de ces questions viennent de vous.

Vous les avez soulevées lors des consultations du printemps 2019 et la Ville avait l’obligation d’en tenir compte dans l’étude d’impact déposée à la fin de l’automne.

Estimant que l’information était souvent incomplète ou insatisfaisante, le gouvernement vient de relancer la Ville pour obtenir des précisions.

Des ministères ont aussi ajouté leurs propres questions, le plus souvent pertinentes, même si quelques-unes peuvent sembler tatillonnes ou caricaturales.

J’ai entendu à la télé le maire Régis Labeaume traiter avec une certaine légèreté du sort des «grenouilles» à quatre orteils, une espèce susceptible d’être menacée ou vulnérable, dans le secteur du boulevard Chaudière à Cap-Rouge.

Corrigeons d’abord les faits. Le rapport ne parle pas de «grenouilles», mais de «salamandres à quatre orteils». Il convient d’appeler un chat un chat. Des salamandres, donc.

L’inquiétude du gouvernement vient de ce que la Ville, «malgré les efforts investis», n’a pas réussi à détecter un seul «individu de salamandre à quatre orteils».

Il invite la Ville à reprendre l’exercice d’inventaire à une période plus propice à la détection. Les compterons-nous sur les doigts d’une main ou d’un pied? Histoire à suivre.

Trêve de légèreté, le rapport de la Direction de l’évaluation environnementale des projets terrestres pose aussi (et surtout) des questions fort pertinentes.

Des questions existentielles qui renvoient à la finalité même du projet. Celle sur la «rentabilité sociale» du projet par exemple.

«L’initiateur [la Ville] devra mettre en perspective les avantages et les coûts du projet pour la société.»

On peut s’étonner que le gouvernement se la pose encore si tard dans le processus et si longtemps après voir confirmé son investissement dans le tramway.

Mais dans le contexte d’un projet aussi contesté, il n’est pas inutile de revenir sur les bénéfices que la Ville en attend et de faire circuler les réponses.

Des questions plus pointues. Un citoyen a proposé de déplacer le tracé du tramway de la 1re Avenue à la 3e Avenue, pour éviter que le trafic soit détourné dans des rues parallèles.

L’étude d’impact n’en fait pas mention, constate le gouvernement, d’où sa question à la Ville : cette hypothèse a-t-elle été analysée et pouvez-vous expliquer pourquoi ce ne serait pas possible?

Autre question sur cette pétition voulant que la station de tramway prévue au coin de Maguire–René-Lévesque soit trop éloignée pour bien servir les 330 résidents à faible revenu de la Champenoise.

«Veuillez évaluer la possibilité qu’une station du tramway soit implantée à la hauteur de la rue Gérard-Morisset. Si ce n’est pas possible, veuillez expliquer pour quelle[s] raison[s]», ordonne le gouvernement.

Ou celle-ci dont on a déjà beaucoup parlé sans être allé encore au bout de la réponse : «Veuillez expliquer quelles seront les alternatives pour les employés de l’Agence du Revenu qui utilisent présentement les parcours Métrobus 800 et 801 et qui ne seront pas desservis par le tramway?»

Des questions plus techniques.

Quelle est la profondeur des eaux souterraines? L’initiateur doit identifier le type de système de chauffage pour tous les aiguillages.

L’initiateur a-t-il prévu installer des bornes de recharge pour les véhicules électriques dans les stationnements incitatifs? Faudra-t-il enfouir les fils d’Hydro-Québec sur le tracé du tramway? Pouvez-­vous justifier la largeur des emprises du tramway?

Comment va-t-on minimiser l’impact des transferts pour les utilisateurs des autobus express dont les parcours n’iront plus sur la colline Parlementaire et qui devront descendre au pôle d’échange de Saint-Roch?

Des questions sur l’impact des changements climatiques et d’une montée éventuelle des eaux en basse-ville. Sur les conséquences sur la circulation, sur les commerçants, sur la forêt urbaine.

Sur le patrimoine, le bruit, la hausse du prix des logements, les vibrations, les dérangements pendant les travaux, la qualité de l’air, l’aide aux citoyens qui vivront le stress d’une expropriation, etc.

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On a beau dire qu’il s’agit d’un processus normal d’évaluation d’un grand projet, cela fait beaucoup de questions. Même en écartant celles qui semblent peu significatives.

Cet extrait de la question 30 par exemple : «Au bas de la page 9-67, on parle de “séquence visuelle”, alors qu’à la page 7-108 on utilise plutôt “séquence paysagère”. Est-ce que ces deux termes sont synonymes? Sinon, quelle est la différence entre les deux?»

Cela fait-il vraiment une différence?

Il faudrait ajouter à la liste les autres questions que des citoyens se posent et qui n’apparaissent pas dans le «top 147» du gouvernement. Celles sur le déneigement des voies du tramway, par exemple.

On parle ici d’un projet en gestation depuis plusieurs années, si on inclut les travaux de la précédente version du tramway, au début des années 2010. Qu’est-ce que ce serait pour un projet de génération spontané dessiné sur une napkin?

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Plusieurs des questions aujourd’hui dirigées d’un ton impératif à la Ville de Québec sont inspirées du Guide de l’analyse avantages-­coûts des projets publics en transport routier du ministère des Transports (2016).

Ce guide pose d’entrée de jeu des questions essentielles :

Comment les autorités du Ministère peuvent-elles savoir que leurs décisions seront réellement rentables pour la société?

Comment le décideur public peut-il s’assurer que les projets dans lesquels il s’apprête à investir serviront réellement l’intérêt public?

Comment s’assurer qu’un projet engendrera des avantages qui dépasseront les coûts supportés par l’ensemble de la société pour sa réalisation?

Ce sont d’excellentes questions. Puisqu’il convient de les poser pour le tramway, je comprends qu’on les posera aussi pour le troisième lien. Très hâte de lire les réponses.