Plusieurs ont suggéré d’utiliser le tunnel vacant sous la colline Parlementaire, laissé en plan au début des années 1970, pour le relier à l’éventuel tunnel Québec-Lévis.

Tunnel Québec-Lévis: beaucoup de questions encore

CHRONIQUE / Pourquoi ne pas relier le futur tunnel Québec-Lévis à l’autoroute Dufferin-Montmorency plutôt que de le faire émerger dans Saint-Roch et de saboter les projets d’amélioration urbaine du quartier?

Vous avez été nombreux à faire cette suggestion depuis la semaine dernière, faisant valoir qu’on pourrait ainsi utiliser le tunnel vacant sous la colline Parlementaire, laissé en plan au début des années 1970.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) s’y arrêtera peut-être lorsqu’il se mettra à la recherche d’une solution plus acceptable que Saint-Roch pour faire sortir son tunnel à Québec.

Il serait cependant étonnant que cette hypothèse puisse résister à l’analyse. Pour plusieurs raisons.

1- Perte d’attractivité

Relier le tunnel à l’autoroute Dufferin-Montmorency aurait pour effet de diriger le trafic en provenance de Lévis vers l’est. Il y a peu de lieux d’emploi ou d’études dans cette direction, hormis le Port de Québec, le pôle D’Estimauville et éventuellement le méga-hôpital de l’Enfant-Jésus. 

Cela signifie qu’une fois sur l’autoroute vers l’est, une majorité d’automobilistes chercheraient à revenir vers la colline Parlementaire, le centre-ville ou Lebourgneuf, voire plus loin vers l’Université Laval et Sainte-Foy où se trouvent de gros générateurs de déplacements.

Cela provoquerait de la circulation de transit dans Limoilou pour ceux qui se destinent au centre-ville ou qui voudront rallier rapidement l’autoroute Félix-Leclerc en coupant vers le nord par D’Estimauville ou Henri-Bourassa.

Pour les autres, il faudrait filer jusqu’à la pointe de l’île d’Orléans pour rallier l’autoroute Félix-Leclerc, ce qui impliquerait un détour de plusieurs kilomètres.

Le «bénéfice» d’un nouveau tracé de tunnel plus proche du centre-ville s’en trouverait d’autant diminué. Déjà que la preuve reste à faire que le volume de déplacements (auto et transport en commun) pourra justifier l’investissement qui s’annonce pour ce tunnel.

2- L’enjeu du dénivelé

Le fleuve devant Québec a une profondeur qui atteint par endroits presque 50 mètres, indique une carte bathymétrique de Pêches et Océans Canada fabriquée à la demande du Soleil.

Je ne suis pas ingénieur, mais on me dit qu’un tunnel devrait passer 25 à 30 mètres sous le niveau de l’eau. Il faudrait ensuite le faire remonter jusque sous l’avenue Honoré-Mercier, si l’idée est d’utiliser la cavité de l’ancien tunnel de la colline Parlementaire. 

L’avenue Honoré-Mercier culmine à plus de 50 à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer dans ce secteur.

Un tunnel qui partirait du sous-sol du fleuve pour s’y rendre devrait avoir à vue de nez une pente supérieure à 7 %, soit bien au-delà des 4,5 % jugés acceptables. C’est que la distance à parcourir serait courte : à peine 1,8 km entre le point le plus profond du fleuve et la colline Parlementaire.

On pourrait imaginer adoucir la pente en faisant passer le tunnel plus profond, mais on ne voudrait pas le faire sortir sur la rue Saint-Vallier et bousiller tout le quartier.

Difficile d’ailleurs de dire aujourd’hui à quelle profondeur devrait passer un tunnel, car il n’y a pas de données connues sur la nature du sol sous le lit du fleuve devant Québec.

Si c’est du roc, c’est plus simple. Mais si c’est du mort-terrain comme à la pointe de l’île d’Orléans, cela peut avoir un impact sur les coûts. 

Voire sur la profondeur du tunnel s’il devient intéressant de descendre plus creux pour rejoindre le roc. L’écart de pente serait alors plus grand pour rejoindre la cavité sous l’avenue Honoré-Mercier. 

Beaucoup de calculs, de forages et de simulations à faire avant de conclure que ce scénario est techniquement faisable. 

3- Le retour en arrière

La Ville de Québec avait réussi il y a une quinzaine d’années à convaincre le MTQ de démanteler les bretelles inutiles de l’autoroute Dufferin-Montmorency qui s’arrêtaient dans la falaise. 

L’objectif était d’alléger ce secteur de Saint-Roch à des fins de développement et de qualité de vie. Faire sortir une nouvelle autoroute par la falaise obligerait sans doute à reconstruire des bretelles ou accès au niveau du sol. Ce ne serait pas une bonne idée. 

***

Le maire Labeaume avait eu des mots très conciliants la semaine dernière sur l’hypothèse de faire émerger le tunnel dans la portion de l’autoroute Laurentienne que Québec souhaite transformer en boulevard urbain.

On l’a senti plus ferme ces derniers jours. Impossible de faire sortir le tunnel à cet endroit. 

Où, alors? 

Il n’y a pas des tas de possibilités. Dans l’esprit du MTQ, un tunnel autoroutier doit aboutir sur une autoroute. 

L’hypothèse la plus plausible et la moins dommageable sur le plan urbain serait de prolonger le tunnel et le faire sortir sur Laurentienne, au nord de la rue Soumande.

Autrement, l’autoroute la plus proche (outre Dufferin-Montmorency) est Robert-Bourassa. Il faudrait alors revenir à un des scénarios évoqués par les libéraux, celui de l’axe Robert-Bourassa–avenue Taniata (à Lévis), que le gouvernement de la Coalition avenir Québec avait écarté en arrivant au pouvoir. 

Ce serait en plein dans le corridor des déplacements interrives les plus nombreux, dans l’ouest de la ville, ce qui assure que le tunnel serait rapidement achalandé (et probablement congestionné).

On y perdrait cependant l’image forte d’un lien de transport en commun direct centre-ville à centre-ville entre Québec et Lévis, véhiculée par le nouveau scénario de tunnel.