Ce dessin d’artiste évoque l’atmosphère que le promoteur espère créer sur la nouvelle rue commerciale qui séparera l’ancien Sears du centre commercial actuel.

Transformation extrême pour Fleur de Lys

CHRONIQUE / Le projet de transformer Fleur de Lys en un nouveau quartier multifonctionnel habité commence à se préciser.

Le Soleil a mis la main sur des documents de travail qui laissent entrevoir un virage spectaculaire qui fait éclater le concept traditionnel du centre commercial replié sur lui-même au milieu d’une mer de stationnements. 

Les promoteurs Jonathan et William Trudel souhaitent faire de Fleur de Lys un milieu de vie et de séjour pour des résidents permanents, des touristes et des spectateurs en route pour le Centre Vidéotron. 

Ces derniers utilisent déjà les stationnements (gratuits) de Fleur de Lys, mais ne s’y attardent pas, faute d’attraits ou parce que les commerces sont souvent fermés aux heures de spectacle. 

L’autre objectif est de mieux utiliser l’espace en densifiant le site, ce qui entraînera une réduction du stationnement de surface pour lui substituer des espaces équivalents en étages ou en souterrain.

Il est aussi prévu de diversifier les usages. S’ajouteront aux fonctions commerciales et de divertissement actuelles des usages résidentiels, d’hôtellerie, d’éducation et enseignement, de services et de vie communautaire, ainsi que des espaces publics, parcs et liens piétons-vélos.

Cette vision de relance d’un centre commercial en déclin n’est pas unique à Québec. On retrouve ailleurs beaucoup d’exemples inspirant qui intègrent ainsi des valeurs d’urbanisme et de développement durable aujourd’hui recherchées par les villes : moins de gaspillage du sol, diversité des usages pouvant réduire les déplacements, réduction des îlots de chaleur causés par les stationnements, encouragement à la mobilité active, accès au transport collectif, plus grande perméabilité du site favorisant les échanges avec le voisinage, large adhésion sociale au projet, etc. 

On peut saluer ici la démarche assez exemplaire des promoteurs Trudel qui ont consulté des marchands (70), ce qui peut sembler aller de soi, mais aussi des groupes communautaires (60) et citoyens (2300) plutôt que de travailler en vase clos. La Ville de Québec a aussi été associée à la réflexion.

Le document obtenu par Le Soleil montre une transformation radicale de Fleur de Lys par l’ajout de rues et de nouveaux usages. On reconnaît en haut de l’image l’autoroute Laurentienne et le Centre de foires d’ExpoCité.

Concrètement, il est prévu quadriller le site de Fleur de Lys par de nouvelles rues dont une rue commerciale qui traverserait d’est en ouest dans le prolongement de la rue Blouin à Vanier pour rejoindre éventuellement ExpoCité. 

L’ex-magasin Sears se trouvera ainsi détaché du centre commercial et sera transformé et/ou reconstruit pour loger des restaurants et des serres d’agriculture.

L’ancien La Baie sera démoli pour faire place à des immeubles résidentiels. Le potentiel est estimé à 1500-2000 unités de logement, dont 400 dans une résidence pour personnes âgées.

Les commerces qui occupent les anciens Sears et La Baie seront relogés dans le centre commercial.

Des bureaux et de services sont prévus en façade du boulevard Hamel où on pourrait retrouver un «pôle événementiel» extérieur et des espaces publics. 

Le plan suggère un renforcement de la vocation «divertissement» déjà présente avec le Salon de jeux de Loto-Québec. L’intérêt des promoteurs pour un cinéma est déjà connu. 

Une fonction d’enseignement et de formation avec des résidences étudiantes apparaît aussi sur le plan. Ce «pôle du savoir», qui me semble inédit, aurait façade sur la nouvelle rue est-ouest. 

La présence dans le voisinage de l’Institut de réadaptation en déficience physique (Centre François-Charron) pourrait rendre intéressants des services ou équipements adaptés à cette clientèle.

Il n’y a pas de surprise à retrouver dans ce plan un hôtel (de 150 à 200 chambres) près de l’autoroute Laurentienne que les promoteurs et la Ville de Québec espèrent voir transformer en boulevard urbain. 

L’idée est dans l’air depuis plusieurs dizaines d’années et permettrait de recoudre un quartier Saint-Roch divisé par l’autoroute. Le ministère des Transports y a cependant toujours été réticent. 

Le projet de relance de Fleur de Lys devient aujourd’hui un argument supplémentaire. Voire même une condition essentielle pour que le nouveau quartier puisse jouer pleinement le rôle qu’on lui destine : raccommoder la ville à l’intersection des quartiers voisins de Limoilou, Saint-Roch, Saint-Sauveur et Vanier.

Dans ce même esprit, le plan suggère une passerelle pour piétons et vélos au-dessus de l’autoroute Laurentienne (ou de l’éventuel boulevard urbain). 

J’avais toujours compris que pour animer un quartier, il est préférable de garder les piétons au niveau des trottoirs, plutôt que de les envoyer dans des passerelles aériennes ou des tunnels.

Tant que Laurentienne demeure une autoroute, une passerelle semble incontournable pour connecter Fleur de Lys à l’amphithéâtre, le parc et le Grand Marché à ExpoCité.

Mais il faudra voir si elle aura la même pertinence le jour où Laurentienne deviendra un boulevard avec des feux de circulation, des trottoirs et des passages piétons. 

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Le groupe Trudel n’avait pas prévu rendre public le détail de son projet avant le début de l’année 2020, le temps de peaufiner les plans et de conclure les négociations en cours. 

Joint par Le Soleil, Jonathan Trudel a limité ses commentaires publics à ceci :

«Les plans et maquettes que vous avez en mains sont toujours en évolution à la suite des consultations et commentaires reçus dans le cadre de notre démarche Réinventons FDL [Fleur de Lys]», a-t-il indiqué par courriel.

M. Trudel explique dans ce même courriel vouloir «tenir des rencontres avec de nombreux organismes et intervenants aux niveaux municipal et provincial avant de finaliser quoi que ce soit». 

L’objectif est de lancer les travaux l’an prochain et de les compléter dans cinq à sept ans. Reste à voir si le marché de Québec sera assez vigoureux pour absorber ce nouveau grand projet dans les délais souhaités. 

La transformation de Laurentienne sur les deux kilomètres qui séparent les rues Soumande et de la Croix-Rouge dans Saint-Roch est au centre des discussions avec les autorités publiques. On discute aussi de la création de nouvelles rues (publiques ou privées), de l’avenir du Salon de jeux à Fleur de Lys, de la desserte de transport en commun, etc.

À cet égard, le maire Régis Labeaume a déjà évoqué l’idée de prolonger vers Lebourgneuf la ligne de trambus prévue entre Saint-Roch et ExpoCité. Il semblerait logique que cette future ligne passe par le nouveau quartier de Fleur de Lys. 

Mais ne mêlons pas les choses. Il est déjà assez compliqué de planifier le projet de tramway-trambus sans qu’on y ajoute trop vite un scénario de prolongement.