François Bourque
Jusqu’au dernier jour (il part vendredi), Paul-Christian Nolin aura participé à mettre en valeur l’image du maire Régis Labeaume qui, au soir du 1er décembre 2007, veille de l’élection, avait senti venir la victoire et l’avait invité à son domicile pour lui dire : «Je veux travailler avec toi à partir de demain.» Ils s’étaient donné rendez-vous le lendemain au Château Bonne Entente.
Jusqu’au dernier jour (il part vendredi), Paul-Christian Nolin aura participé à mettre en valeur l’image du maire Régis Labeaume qui, au soir du 1er décembre 2007, veille de l’élection, avait senti venir la victoire et l’avait invité à son domicile pour lui dire : «Je veux travailler avec toi à partir de demain.» Ils s’étaient donné rendez-vous le lendemain au Château Bonne Entente.

Paul-Christian Nolin: loyal soldat du premier au dernier jour

CHRONIQUE / Paul-Christian Nolin a fait partie depuis le tout premier jour de la garde rapprochée du maire Régis Labeaume.

Un homme de l’ombre, mais pas tout à fait, puisqu’il était aussi le porte-parole du maire aux micros et caméras des médias. 

C’est par lui que passaient nos demandes de journalistes. Lui qui parlait par défaut en l’absence d’un maire qui autrement, n’a jamais eu besoin de personne pour parler à sa place. 

Comme à l’époque de la mairesse Andrée Boucher auprès de qui il avait exercé les mêmes fonctions de porte-parole, mais où il était aussi l’homme-orchestre du cabinet. C’est peut-être là d’ailleurs qu’il faut chercher la genèse de son départ d’aujourd’hui. 

M. Nolin a choisi de quitter après plus de 12 ans au cabinet de M. Labeaume et près de vingt-cinq ans au total, au service d’élus de la Ville de Québec.

Un choix motivé par l’âge (il est à la mi-cinquantaine) et par l’envie de défis différents après 14 années dans un même «rôle stable», aussi étonnamment que cela puisse nous sembler. 

Dans les faits, il n’était pas seulement le porte-parole du maire. 

Il était celui qui dans l’ombre, attachait les ficelles des rencontres politiques, diplomatiques et d’affaires auprès des acteurs gravitant autour de la mairie.

Il s’occupait de logistique, des relations humaines, était au cœur du pouvoir et des tractations qui en accompagnent l’exercice.

Ce n’est pas qu’il s’ennuyait, dit-il, mais c’est un «rôle limité pour les ambitions». On comprend qu’il en avait de plus grandes. 

Lorsque l’offre est arrivée, il a su que c’était l’occasion de partir. Il en a avisé le maire il y a une dizaine de jours et a participé depuis aux discussions sur le choix de la personne qui lui succédera. 

Il n’a pas voulu préciser où il s’en va, mais on peut penser que ce sera un mandat plus large que celui qu’il quitte. 

On ne sait pas encore où il va, on sait cependant d’où il vient. Avant d’arriver à la politique municipale, M. Nolin a grandi dans le sérail du Parti libéral fédéral qui vient d’être reporté au pouvoir. 

À l’hôtel de ville (et ailleurs), M. Nolin s’est toujours démarqué par son affabilité. Peu importe les circonstances, même les matins où il m’est arrivé d’écorcher son maire ou sa mairesse. 

Rien n’y paraissait dans son attitude ou si ça s’est trouvé, ça ne durait pas. Une sorte de dignité et d’élégance, souvent en contraste avec les humeurs de son dernier patron. 

J’ai toujours été impressionné par sa loyauté à son organisation ou à son maire, même quand ça ne servait pas mes intérêts de journaliste. Même et surtout peut-être quand j’avais l’impression qu’il devait défendre l’indéfendable. 

Il trouvait une bonne raison, un élément de contexte, une circonstance atténuante. 

J’ai trouvé parfois que ses explications un peu alambiquées, ses réponses évasives ou ses absences de réponses un peu trop stratégiques pour être crédibles. Mais il faisait son travail, avec dévouement, pour servir son maire ou sa mairesse. «Et pour servir l’intérêt public», insiste-t-il.

Et puis se fâcher, «ça servirait à quoi», demande-t-il.

Né dans Limoilou, il a été «élevé chez les religieuses et les prêtres», a fait son cours collégial au Petit Séminaire et des études universitaires en philosophie.

Campagne à la mairie de Jean-François Bertrand en 1989, puis collaborateur de ministres provinciaux, secrétaire de Jacques Hébert au Sénat à Ottawa, huit années dans le parti d’opposition (Progrès civique) sous Jean-Paul L’Allier. C’est là que je l’ai connu.

Des «parenthèses» à la Chambre de commerce de Québec, au Sommet des Amériques et aux Fêtes du 400avant de revenir à l’hôtel de ville.

Depuis sa jeune vingtaine, il a toujours été quelque part dans les coulisses de la vie politique fédérale, provinciale ou locale. 

Son sens de l’observation et sa mémoire des détails et des gens m’ont toujours fasciné. Un mine d’anecdotes sur les événements dont il a été l’acteur ou le témoin. 

Mais plus impressionnant encore, c’est son réseau de relations et d’amitiés que la différence d’âge rendait pourtant improbables. Il a été jusqu’à la toute fin un ami proche de Gilles Lamontagne, mort à 97 ans. 

Un proche de l’ex-sénateur Jacques Hébert, de plus de 40 ans son aîné, avec qui, au tournant de la vingtaine, il partira pendant deux mois autour du monde. Un proche du frère Untel.

Au début des années 1990, il participe à la relance de la revue Cité libre où il côtoie les Pierre Elliott Trudeau, Gérard Pelletier, Jeanne et Maurice Sauvé. 

«J’aime apprendre», dit-il. On comprend qu’il trouvait (et trouve encore) matière à apprendre auprès de ces gens de culture d’une génération autre de la sienne. 

***

Les vieux murs de l’hôtel de ville lui manqueront, mais plus encore les gens auxquels il s’est attaché. 

Il aime croire qu’il n’a «jamais changé» depuis son premier jour au cabinet. Que sa proximité avec le pouvoir ne lui a «jamais monté à la tête». 

La Ville a par contre changé, perçoit-il. «Plus grosse» qu’avant les fusions et moins accaparée par les «combats de coqs». «Les fusions ont changé la dynamique». 

L’autre grand changement aura été l’arrivée du maire Labeaume qui a «insufflé un nouveau souffle à la Ville», décrit-il. 

Je ne conteste pas son analyse. 

Mais on pourra noter dans le livre d’histoire que jusqu’au dernier jour, Paul-Christian Nolin aura été un loyal soldat. 

Jusqu’au dernier jour (il part vendredi), il aura participé à mettre en valeur l’image de celui qui, au soir du 1er décembre 2007, veille de l’élection, avait senti venir la victoire et l’avait invité à son domicile pour lui dire : «Je veux travailler avec toi à partir de demain.» Ils s’étaient donné rendez-vous le lendemain au Château Bonne Entente.