Le maire Labeaume a parlé du besoin de «rééquilibrer le budget» en raison de la crise du virus.

Des mises à pied par équité?

CHRONIQUE / Les administrations Labeaume et Lehouillier ont choisi de mettre à pied le quart de leurs effectifs : 2000 employés à Québec; 353 à Lévis.

On parle d’emplois temporaires associés à des activités interrompues à cause de la crise du virus, notamment dans les services de loisirs. Des emplois à salaire modeste donc.

Québec et Lévis en font une question «d’équité sociale». Pourquoi l’ensemble des citoyens devrait payer des salaires pour des services publics qui ne sont pas rendus?  

On peut y trouver une certaine logique de «bonne gestion». En temps de paix, la décision irait de soi. 

Mais dans le contexte actuel, ce sera une bien mince consolation pour les autres citoyens qui ont aussi perdu leurs emplois. Et ça ne leur donnera pas un sou de plus pour passer à travers la crise. 

Le malheur doit-il à ce point être partagé équitablement?  

Dans les faits, les employés mis à pied par les villes iront grossir les rangs des citoyens en difficulté qui cogneront à la porte des autres gouvernements pour de l’assurance-chômage ou une autre forme de compensation. 

L’aide qu’ils obtiendront, elle viendra de fonds publics, ce qui enlève beaucoup à l’argument des mises à pied pour ne pas surcharger le fardeau fiscal des citoyens.

Quelle urgence réelle y avait-il à mettre à pied ces employés à l’heure où toute la société est invitée à se serrer les coudes (à distance raisonnable de deux mètres) et où on demande aux employeurs privés d’être compréhensifs. 

La Ville de Québec place sa décision dans le contexte des «directives» du gouvernement du Québec sur les services essentiels. 

C’est un peu court.

Le gouvernement Legault a effectivement demandé de s’en tenir aux services et aux commerces essentiels. 

Mais je ne me souviens pas l’avoir entendu demander aux villes (ou à quiconque) de faire des mises à pied. Ce sont les villes qui ont choisi ces mises à pied, pas le gouvernement. 

Le gouvernement continue pour sa part de payer ses employés renvoyés à la maison pour du télétravail ou du soutien familial.  

La Société des traversiers vient de réduire drastiquement le service sur toutes ses liaisons, dont la traverse Québec-Lévis, mais n’a pas fait de mises à pied.  

Le Réseau de transport de la capitale (RTC), qui essuie une baisse de revenus avec 80 % de clients en moins, réévalue chaque jour (à la baisse) son niveau de service. Le RTC n’a pas envisagé de mises à pied. 

Il est pour le reste trop tôt pour mesurer les incidences financières de la crise sur le budget du RTC, la situation évoluant de jour en jour.  

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Le maire Labeaume a parlé du besoin de «rééquilibrer le budget» en raison de la crise du virus.

Il y aura en effet des ajustements budgétaires à faire, mais je vois mal comment l’équilibre budgétaire de Québec serait actuellement menacé. 

Lévis ne prétexte pas d’ailleurs une telle menace à l’équilibre de son budget.

Dans le cas de Québec, plus de 85 % des revenus de 1.5 milliard $ projeté pour 2020 proviennent des taxes foncières, des quotes-parts de municipalités voisines et de transferts gouvernementaux. 

Ce sont des revenus «sûrs» qui ne sont pas affectés par la crise du virus. Ce n’est pas comme les gouvernements dont les revenus proviennent des impôts sur le revenu et de taxes à la consommation et qui ont la responsabilité du filet social.  

Même en cas de faillites personnelles ou commerciales, les revenus de taxes des villes sont protégés, celles-ci étant des créanciers prioritaires.

Le report des dates de paiement de taxes foncières à Québec à cause du virus coûtera 4 M$. 

D’autres revenus seront aussi touchés à des degrés variables, mais pas au point de forcer des mises à pied massives, il me semble.

Québec avait budgété 35.5 M$ pour les taxes de bienvenue et 7.3 M$ en revenus d’exploitation à Expo-Cité. Ce pourrait être moins, a prévenu le maire Labeaume. Logique s’il y a moins de ventes et moins d’événements. 

On pourrait en ajouter quelques autres. Les revenus de permis si les chantiers s’arrêtent trop longtemps. Les revenus des amendes et pénalités (22 M$). Moins de monde sur les routes et aux portes des commerces, ça veut dire moins de délinquants. 

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Québec évoque des baisses anticipées de revenus. Pour donner un portrait juste, il faudrait aussi parler des réductions de dépenses résultant de la crise du virus.

Je ne parle pas ici des salaires des employés mis à pied, mais de coûts opération : frais de chauffage, essence et réparations techniques à la flotte de véhicules municipaux, etc. 

Avec l’annulation des événements culturels et de toute manifestation, il n’y pas de temps supplémentaire à payer à la police ou aux travaux publics. Imaginez, il n’y a même plus de bagarres à arbitrer la nuit à la sortie des bars.

L’hiver n’a pas été trop dur pour le déneigement.   

Outre un soutien à des organisations communautaires, la crise du virus n’a pas à ma connaissance occasionné de grandes dépenses supplémentaires à Québec et Lévis. Du moins pas en encore. 

Tout cela conforte la perception que leur équilibre budgétaire n’est pas menacé.   

Ce qui risque de coûter cher, c’est la reprise. Les activités pelletées en avant devront être reprises. Dans les cours municipales par exemple.

Quel sera l’impact de la crise sur les appels d’offres et les prix de matériaux? On est ici dans l’inconnu.   

Lévis a déjà annoncé de l’aide sous forme de prêts aux entreprises. Québec voudra-t-elle faire de même ou faire plus? 

Peut-être peut-on y voir une autre explication à la mise à pied «précipitée» des employés municipaux : ménager une marge de manœuvre pour éponger les dégâts et accélérer la relance. Si c’est le cas, il n’y aurait pas de honte à le dire.

DES AGENTS DE STATIONNEMENT PLUS TOLÉRANTS

L’administration Labeaume a émis mercredi matin une directive interne à ses agents de stationnement les enjoignant à plus de tolérance.

Des citoyens contraints de faire du télétravail à la maison doivent stationner sur la rue pendant la journée, là où la durée permise est parfois limitée. 

Ceux qui n’ont pas de permis de résidant pourront désormais dépasser les limites de 30 min, 60 min, etc., sans encourir d’amende, doit-on comprendre. 

Voici une ouverture bienvenue dans le «business» féroce et sans jugement des agents distributeurs de billets d’infraction.   

Soyez prévenus cependant que les autres «interdits» de stationnement demeurent : bornes d’incendie, proximité d’un coin de rue, bornes de stationnement, opérations de déneigement, etc.

Parlant de déneigement, Québec a prévu à son dernier Programme d’immobilisations des sommes pour un projet de télémétrie qui permettra de géolocaliser en temps réel les véhicules de déneigement. 

Il deviendrait alors possible de transmettre une information plus précise aux citoyens sur le moment réel de l’opération de déneigement dans leur quartier. 

Le système actuel fonctionne beaucoup par arrondissement. Comme il n’est souvent pas possible de faire toutes les rues une même nuit, l’alerte des opérations déneigements doit être répétée le lendemain, le jour d’après, etc. Cela impose chaque fois des contraintes pour les citoyens qui découvrent, le lendemain matin, que la gratte n’est pas passée et qu’il leur faudra repartir le soir venu à la recherche d’un stationnement hors rue. Et à nouveau le lendemain.

Il n’y a malheureusement pas de date encore sur l’entrée en opération du nouveau système.