François Bourque

Ceux qui écoutent et ceux qui n’écoutent pas

CHRONIQUE / Pourquoi des citoyens suivent-ils scrupuleusement les consignes de «distanciation» et d’isolement alors que d’autres les ignorent? 

À quoi tient cette différence de comportements qui fait que les efforts des uns risquent parfois d’être plombés par l’insouciance des autres?

Quels sont les facteurs «individuels et socioculturels» qui influencent les comportements face à la COVID-19?

C’est ce que l’anthropologue Ève Dubé, du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, tentera de comprendre dans un projet de recherche lancé il y a quelques jours. 

Une des hypothèses est que l’adhésion aux consignes est influencée fortement par «les gens autour de nous», proches, familles, voisins. Un effet d’entraînement qui nous amène dans un sens où dans l’autre. 

Mme Dubé croit aussi que le niveau d’adhésion aux consignes publiques dépend du niveau d’empathie et de confiance «préexistant» envers le gouvernement.

La forte popularité du gouvernement Legault avant la crise ferait en sorte que ses consignes sont mieux suivies. 

Inversement, c’est plus difficile pour un gouvernement en déficit de «confiance», expose-t-elle. 

Une question m’est venue, à laquelle on n’aura jamais de réponse. 

Que se serait-il passé si la crise avait éclaté à la fin du dernier gouvernement libéral? 

Les sacrifices exigés des citoyens et entreprises du Québec pour lutter contre la propagation de la COVID-19 auraient-ils été aussi bien acceptés? 

Le premier ministre François Legault et sa ministre Danielle McCann incarnent compassion et empathie. 

Aurait-on écouté de la même façon Philippe Couillard et Gaétan Barrette, perçus comme suffisants et incapables d’empathie? 

Ma réponse, pas du tout scientifique, vaut la vôtre.

Dans le contexte où il y a beaucoup de confusion dans d’information, le gouvernement doit envoyer un «message clair sur ce qu’on sait, sur ce qu’on ne sait pas» et trouver des «réponses aux questions», croit Mme Dubé. 

Elle note ici la performance de M. Legault qui est un «modèle pour les communications avec ses points de presse quotidiens aux côtés du Dr Horacio Arruda».

«Ils font un excellent travail; je nous trouve bien chanceux», dit-elle. D’autant plus impressionnant que «les recommandations changent de jour en jour» et que «l’anxiété monte, on le sent». 

Au cours des prochaines semaines, l’équipe d’Ève Dubé va utiliser «l’intelligence artificielle» pour scruter les réseaux sociaux et les commentaires sur le virus dans les pages de nouvelles.

Elle va s’intéresser aux sujets de conversations, aux «influenceurs», aux arguments utilisés; elle souhaite mesurer la portion de «désinformation» par rapport aux «bonnes informations»; comprendre pourquoi telle information se diffuse plus qu’une autre, jusqu’à devenir parfois «virale».

L’objectif est de documenter les résistances face aux consignes afin «d’outiller la santé publique à mieux communiquer».

Son équipe a reçu une subvention de 500 000 $ de l’Institut de recherche en santé du Canada (IRSC) pour mener les travaux. 

Mme Dubé pense pouvoir obtenir des premiers résultats dans quelques semaines. Avant la fin probable de la crise donc. 

La perception actuelle est que les jeunes et les personnes âgées sont les plus réticents à suivre les consignes d’isolement, observe la chercheuse. 

Il n’y a cependant «pas de bonnes indications» à savoir si c’est vrai ou si c’est une perception.

«Les gens sont à l’affût du coupable. Tout le monde se surveille. Les gens deviennent rapidement agressifs». 

Le choix méthodologique de travailler dans l’information «virtuelle» fait en sorte que la recherche va cibler davantage les jeunes que de personne âgée. 

Il est prévu compléter avec des groupes de discussions, notamment avec des personnes âgées, plus tard à l’automne ou quand ça deviendra possible.

Lors de recherches précédentes, Mme Dubé a travaillé sur la résistance aux vaccins dans la population.

Ce n’est pas un gros problème au Québec où 85 % à 95 % des enfants reçoivent les vaccins recommandés. Pas loin du 100 %, si on inclut ceux pour qui il ne manque que quelques doses. 

Au final, à peine 1 % de «très anti-vaccins» qui croient à la «théorie du complot», note Mme Dubé. 

Il y a des résistances plus fortes ailleurs, en France notamment et en Afrique où le vaccin est souvent perçu comme une opération «colonialiste» menée par des «blancs».

Les motifs de résistance aux vaccins sont variables et dépendent des contextes, observe Mme Dubé : familles, environnement social, culture, etc.

Certains croient les vaccins dangereux et craignent pour leur sécurité.

D’autres mettent en doute leur pertinence. Pourquoi se faire vacciner pour des maladies disparues de la terre ou presque? (ex. : polio) 

Dans le cas de la grippe, les personnes âgées sont habituellement les plus enclines à se faire vacciner. 

Pourquoi seraient-elles plus réticentes aux mesures de confinement? Cela fait partie des questions auxquelles Mme Dubé aimerait pouvoir trouver des réponses. 

Le printemps

C’était l’heure où le soleil se couche. J’ai levé la tête en entendant leurs cris. Les premières oies de la saison. 

Quatre ou cinq tout au plus, ramant à distance mesurée derrière la meneuse, comme si elles connaissaient la consigne. 

J’ai attendu. 

Il n’en est pas venu d’autres. Peut-être ont-elles été bloquées à la frontière. Ou retenues quelque part en quarantaine.

Sous la grande épinette dans ma cour, un nain de jardin. Ça a commencé par une blague, il doit y avoir une bonne dizaine d’années. Un peu plus peut-être.

Nous l’avions trouvé devant la maison à notre retour, planté entre les hostas. Un nain aux couleurs des Canadiens, avec un CH sa tuque. 

Nous avons appris plus tard que c’était ma belle-sœur. Un geste de dérision. L’équipe avait sans doute raté les séries cette année-là aussi et elle avait voulu s’amuser à nos dépens. Nous avons ri.

Ce qu’elle n’avait pas vu venir, c’est que nous avons adopté le nain. Nous l’avons placé à l’abri des regards, derrière la maison, près de la pierre sous l’épinette. 

Depuis, il nous dit les saisons. 

Caché dans les herbes hautes l’été; tapissé de feuilles mouillées poussées le vent en automne; enseveli jusqu’à disparaître sous la neige en hiver. 

Après la pluie cette semaine, j’ai vu émerger la pointe rouge de sa tuque. Comme le nez d’une marmotte à la recherche de son ombre. 

Pendant que nous voici en hibernation, le printemps s’est pointé. 

Le lendemain matin, j’ai vu en allant à la fenêtre qu’il neigeait.