L’acquisition de la propreté se fait naturellement lorsque l’enfant est prêt. Selon une croyance populaire, les filles seraient prêtes à abandonner les couches vers l’âge de deux ans, et les garçons attendraient d’avoir deux ans et demi. Pourtant, dans les faits, ce besoin physiologique s’acquerrait un peu plus tard.

Faire comme une grande

CHRONIQUE / Dans sa chronique de la semaine dernière, mon collègue Pascal Faucher m’a invitée à chroniquer sur l’apprentissage de la propreté chez les tout-petits. Il en est à cette étape avec sa petite Jojoba (nom fictif), deux ans, et après un début fort prometteur, la petite est en pleine régression, ce qui fait, sans mauvais jeu de mots, ch*** ses parents.

En fait, il m’avait glissé un mot de cette situation un matin autour de la machine à café. Oui, il nous arrive de parler pipi-caca en préparant notre salutaire dose de caféine quotidienne.

Je n’ai à ce moment trop su quoi lui dire, puisque deux ans auparavant, j’étais moi-même passée, tout aussi impuissante, par cette étape avec ma presque trois ans de l’époque. Pendant plusieurs mois, mon conjoint et moi avions usé de 1001 astuces pour la convaincre que faire dans la toilette était désormais beaucoup plus agréable que dans la couche. Plus pratique pour papa et maman aussi. En vain. Il a fallu que je fasse preuve de beaucoup d’imagination pour y parvenir.

Ma technique est unique. C’était un peu avant le temps des Fêtes. Une urgence avait fait en sorte que j’avais dû passer une nuit à l’extérieur — une première. J’ai eu un flash. Sur le chemin du retour le lendemain matin, j’ai fait un détour par un « magasin à une piasse » pour me procurer un chapeau de lutin. J’ai expliqué à ma princesse que le père Noël avait demandé mon aide pour fabriquer tous les cadeaux et qu’en échange il m’avait donné ce bonnet magique. « Tu dois le porter chaque fois que tu fais pipi et caca dans la toilette, comme ça, le père Noël va savoir que tu es rendue une grande fille et il ne t’apportera pas de jouets de bébé. »

La magie de Noël a opéré : trois jours plus tard, elle était propre. Et fière d’être grande maintenant.

Prêt, pas prêt

Je n’ai pas la prétention de croire que ce succès est attribuable à ma tactique inusitée. Au mieux, le timing était parfait. C’était le coup de pouce nécessaire qu’il lui fallait au moment où elle était prête à faire le saut.

On le sait maintenant : l’acquisition de la propreté se fait naturellement lorsque l’enfant est prêt. Selon une croyance populaire, les filles seraient prêtes à abandonner les couches vers l’âge de deux ans, et les garçons attendraient d’avoir deux ans et demi.

Pourtant, dans les faits, ce besoin physiologique s’acquerrait un peu plus tard. C’est ce que des chercheurs ont découvert en étudiant des sociétés où l’adulte n’intervient pas du tout dans l’éducation sphinctérienne. Dans les peuplades les plus reculées, les enfants sont propres spontanément vers trois ans.

Dans nos modes de vie contemporains, attendre trois ans semble trop long et on cherche à accélérer le processus. Sans être aussi drastique que dans les années 20, alors que les médecins recommandaient aux parents de débuter l’apprentissage de la propreté dès la naissance (!), on commence communément à rêver du petit pot vers 18 mois ou deux ans. Surtout pour le premier enfant.

Pourtant, dans toutes les cultures et sociétés, il est constaté que l’âge moyen de cette acquisition est deux ans et demi, trois ans. « Et ce, quelle que soit la façon dont l’adulte intervient dans ce processus et accompagne l’enfant », affirme la psychomotricienne Monique Busquet. « L’acquisition du contrôle sphinctérien dépend de la maturation neuromotrice et psychique de l’enfant : l’enfant doit être prêt dans son corps et sa tête. [...] L’enfant respecté dans son rythme et dans son intimité ne grandit pas pour faire plaisir à l’adulte qui le lui demande, mais a plaisir à grandir, accompagné par l’adulte. Lorsque c’est l’adulte qui propose à l’enfant d’aller sur le pot à heures fixes ou quand il devine que l’enfant a besoin, l’adulte fait le travail à la place de l’enfant ; il risque alors de l’empêcher de repérer lui-même ses propres sensations. [...] Cela risque finalement de retarder une réelle acquisition de ce contrôle et d’occasionner plus d’incidents par la suite », dit-elle.

Pression et régression

Inutile, donc, de décerner des diplômes ou des friandises pour un pipi dans le pot, et encore moins de se lancer dans un apprentissage intempestif de la propreté. Trop de pression de la part des adultes résulte bien souvent dans une régression chez l’enfant, qui voit le refus de la propreté comme un excellent moyen de manifester son désaccord.

« Les parents devraient être avisés de ne pas se lancer dans des “batailles pour la propreté”, qui détériorent la relation avec l’enfant et l’image personnelle de l’enfant et qui peuvent retarder la progression vers cet apprentissage. Si un enfant refuse la propreté, il est préférable d’interrompre le processus pendant un à trois mois. Ainsi, la confiance et la collaboration peuvent être rétablies entre le parent et l’enfant. La plupart des enfants sont ensuite prêts à entreprendre l’apprentissage de la propreté », recommande aussi la Société canadienne de pédiatrie.

Tout ça me fait penser que je devrais m’y mettre avec ma p’tite deuxième, qui aura trois ans cet été... Quelques signes me disent qu’elle est pas mal prête à dire adieu aux couches, notamment le fait qu’elle commence à se la changer toute seule ! Pas pire quand c’est un pipi, mais pour un numéro deux, c’est une autre affaire...