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Éconduire

J’ai un défaut : j’ai de la difficulté à être bête envers autrui. Si je le suis, c’est involontairement ou parce que je suis vraiment excédé, par exemple s’il manque les dernières dix minutes du film à suspense que j’ai enregistré à la télé (ce qui arrive étrangement souvent, même avec les enregistreurs numériques).

Sinon, je suis plutôt roger- bontemps. Vous me direz : c’est pas un défaut, le monde a besoin de plus de gens compatissants.

Oui, mais pouvoir être bête sur commande, c’est pratique. Comme pour éconduire les marchands ambulants qui se présentent chez moi à un rythme soutenu depuis que j’ai quitté la ville du zoo pour la perle de la Montérégie.

De deux par année, ils sont passés à au moins un par mois. Ils surviennent généralement à l’heure du souper pour vendre des forfaits pour des garages (j’ai le goût d’y aller le moins possible, pourtant), de la vente d’épicerie fine à domicile (et l’épicerie du coin, elle n’est pas assez fine ?), ou pour des organismes comme Vision mondiale ou les Culs-de-jatte de Saint-Paul-d’Abbotsford.

J’aimerais les arrêter dès le début de leur baratin pour ne pas leur faire perdre de temps — je donne aux organismes à l’occasion, mais je n’achète jamais rien de vendeurs itinérants* —, mais ils ont du sourire, de l’entrain, ils sont tenaces et ils parlent vite. Alors je les laisse s’exprimer. Un brin. Mais à un moment donné, il faut les arrêter.

C’est là que je me sens bête. «Désolé, ça ne m’intéresse pas», mais ils renchérissent, alors je dois être plus direct, dire «non merci», «j’ai un rôti sur le feu», «adieu», «pitié, partez», et parfois leur fermer la porte au nez.

Je me mets à la place du pauvre hère qui doit gagner sa vie en sollicitant de porte en porte… Ça ne doit pas être facile, d’ailleurs il y a une religion entière consacrée à l’adoration de cette forme de sollicitation.

Je fais un travail qui implique que je doive souvent, moi aussi, solliciter des gens pour des questions, des photos, des entrevues, et à l’occasion ça ne leur tente pas, sauf que quand je pogne des snobs j’ai le goût de leur arracher la tête.

Il y a des gens qui enjolivent vos journées parce qu’ils sont foncièrement bons et avenants, ce qui ne les empêche pas d’être francs, et il y a les autres. Ceux qu’on évite quand on peut. J’essaie de ne pas être ces gens-là.

Mais arrêtez de sonner chez moi pour me vendre des trucs !

* À moins que vous me laissiez un dépliant, que je puisse prendre le temps de le regarder et que je vous rappelle ensuite, mais si votre stratégie est de me faire acheter sur-le-champ, alors non.

Ouverture
Je sais que ce n’est pas une opinion populaire, mais je n’arrive pas à voir ce qui me dérangerait si je me faisais arrêter par une policière portant le voile. Ou un policier en turban. Ou un agent de sécurité en g-string. Ok ça, ça me dérangerait, parce que je me dirais pauvre lui, il va avoir froid en avril.

J’ai suivi tous les débats, la commission Bouchard-Taylor, les questions de principe, de liberté, la laïcité à laquelle aspire la société québécoise… Je comprends aussi que le dossier divise, et pourquoi.

Mais si on veut intégrer toutes les communautés dans notre belle société, il faut leur laisser le temps. On ne change pas les mœurs du jour au lendemain. Aucune femme ne devrait se sentir obligée de porter le voile, mais ce n’est pas en leur arrachant de la tête qu’on les fera changer d’idée. Ça prend du temps.

Soyons ouverts et les générations d’immigrants se fonderont naturellement avec la société québécoise. Soyons fermés et… ça n’amène rien de bon.