Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Il n’y a pas si longtemps, une annonce de tornade aurait été accueillie par un haussement d’épaules collectif. Puis vint le 21 septembre 2018.
Il n’y a pas si longtemps, une annonce de tornade aurait été accueillie par un haussement d’épaules collectif. Puis vint le 21 septembre 2018.

Veille de tornade, vous dites?

CHRONIQUE / Je vous parie que vous avez observé le ciel dimanche après-midi. Que vous l’avez observé à quelques reprises et avec appréhension.

Environnement Canada venait d’émettre une «veille de tornade» pour Gatineau et la grande région de la capitale nationale.

Il n’y a pas si longtemps, une telle annonce du gouvernement canadien aurait été accueillie par un haussement d’épaules collectif. «Bof!, se serait-on dit. Une veille de tornade. Quelles sont les chances qu’une tornade frappe notre région? Nous ne sommes tout de même pas dans le Sud des États-Unis. Des orages, d’accord. Mais une tornade? Pffff… On s’énerve pour rien chez Environnement Canada.»

Et on serait retourné à nos moutons sans même repenser à cette alerte de tornade.

Puis vint le 21 septembre 2018. Un vendredi, fin d’après-midi. La congestion sur l’autoroute 50 débutait. Les terrasses des restaurants et des bars du marché By et du Vieux-Hull commençaient à se remplir. Les enfants rentraient de l’école.

Le temps était lourd, humide, les nuages menaçants. Des orages étaient imminents. Mais chez Environnement Canada, c’est beaucoup plus que des orages qu’on observait sur les radars. L’heure était venue d’émettre une veille de tornade. Rien de moins. Une alerte qui allait être accueillie par un gros «bof!» d’indifférence en ce début de fin de semaine.

Quelques minutes plus tard, une tornade de catégorie F-3, avec des vents de 265 km/h, touchait le sol dans le quartier Mont-Bleu, à Gatineau. Une tornade dévastatrice et d’une ampleur qui n’avait pas été vue dans la région depuis 120 ans.

Radio-Canada avait évidemment ouvert son bulletin de nouvelles de 18 h avec cette tornade. Les images étaient frappantes, saisissantes, consternantes. La journaliste semblait sous le choc. Des immeubles à logements du quartier Mont-Bleu avaient été éventrés, les toitures arrachées, les familles chassées. Des autos avaient été renversées par les vents. Des arbres et des débris de toutes sortes jonchaient les rues, les trottoirs, les pelouses. Comme si une puissante bombe avait été larguée dans ce quartier.

Dans Le Droit du lendemain, le samedi, les images captées par nos photographes racontaient l’histoire et saisissaient parfaitement l’ampleur de cette catastrophe. D’une tristesse et d’une incompréhension inouïes.

Mais on dit qu’il faut le voir de nos yeux pour le croire…

Le dimanche matin, je me suis rendu au Cégep de l’Outaouais, là où les sinistrés gatinois de la tornade avaient été accueillis de toute urgence. Et c’est là que j’ai réellement compris toute la portée de cette tragédie.

Les sinistrés se comptaient par centaines. Des gens secoués, terrifiés, hagards, dépourvus, vulnérables. Des jeunes, des vieux, des travailleurs, des adolescents, des bébés, des personnes handicapées, des familles…

J’observais le va-et-vient dans le cégep, ce chaos contrôlé. Tous ces gens qui, en l’espace de quelques secondes, quelques minutes, avaient tout perdu. Même leur toit. Et pour une rare fois dans ma carrière, j’ai momentanément oublié mon rôle de journaliste et j’ai dû déposer mon stylo et mon calepin de notes. Je devais m’essuyer les yeux.

Et c’est à ce moment précis que j’ai compris ce qui c’était réellement produit en ce vendredi après-midi à Gatineau. Le ciel était littéralement tombé sur la tête de ces pauvres gens.

Environnement Canada a émis une « veille de tornade » dimanche après-midi. Un avertissement.

Un avertissement qui, il y a deux ans, nous aurait laissés indifférents. Mais aujourd’hui, c’est beaucoup plus qu’un avertissement. C’est un rappel.

Un rappel qu’une tornade peut frapper à tout moment et à tout endroit. Un rappel que les changements climatiques ne relèvent pas de la fiction. Un rappel qu’une tornade peut causer des dommages qui dépassent l’imagination. Un rappel que des familles peuvent souffrir de ces tornades pendant des semaines, des mois, voire des années.

Mais aussi un rappel que, miraculeusement, personne n’a perdu la vie en ce vendredi 21 septembre 2018.

Pas cette fois…