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Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le chroniqueur Denis Gratton était surpris d'apprendre qu'il avait réclamé la Prestation canadienne d'urgence, la fameuse PCU.
Le chroniqueur Denis Gratton était surpris d'apprendre qu'il avait réclamé la Prestation canadienne d'urgence, la fameuse PCU.

Moi et l’autre

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CHRONIQUE / Il n’y en a pas deux comme moi. « Et Dieu merci ! », s’exclamera ma douce moitié dans un élan de sarcasme.

Mais c’est vrai. Chaque personne est unique. Enfin, je le pensais…

C’était en février dernier, vers la fin du mois. Quelques jours avant de soumette mon rapport d’impôt.

Je vais à la boîte aux lettres, je trie le courrier: facture, facture, facture, menu de pizzeria, facture, dépliant pour des préarrangements funéraires, facture. Toujours la même chose. Et chaque fois je me dis que je devrai y voir. Parce qu’elle a l’air vraiment bonne, leur pizza…

Il y avait une autre lettre ce matin-là. Une enveloppe de couleur beige-gouvernement de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Mais que me veulent-ils ce matin ? Ils pourraient au moins attendre de recevoir mon rapport d’impôt avant de me revenir.

J’ouvre et à l’intérieur se trouve un T4-A. Je ne pourrais dire la différence entre un T4-A de Revenu Canada et un RAV-4 de Toyota, mais voyons de quoi il s’agit.

Dans la case # 197 est inscrit la somme de 8 000 $. Allons donc voir au verso à quoi correspond la case 197. « Prestation canadienne d’urgence (PCU) », peut-on lire.

Quoi !? Mais… mais… je n’ai jamais réclamé un sou noir de ce programme ! Pourquoi l’aurais-je fait ? Je n’ai pas perdu mon emploi le printemps dernier, au début de cette pandémie. On ne m’a pas retranché d’heures de travail. J’ai été l’un des chanceux qui n’a pas été directement touché par les conséquences du confinement et de la pandémie. Je n’avais aucune, mais aucune raison de me tourner vers la PCU. Et je n’allais certainement pas risquer mon emploi et ma réputation pour frauder le gouvernement canadien !

Mais voilà que l’Agence du revenu du « plusse beau pays au monde » m’apprenait que j’avais réclamé 8 000 $ (quatre versements de 2000 $, de mai à août) de la PCU.

J’ai vite compris que j’étais victime d’un vol d’identité. La belle affaire.

Un (ou une) individu a utilisé mon identité (nom, adresse, numéro d’assurance-sociale, etc.) pour s’ouvrir un compte en ligne dans une autre institution bancaire que la mienne et pour se graisser la patte à coups de 2000 $ par mois pendant quatre mois.

Où ce fraudeur a-t-il piqué mon identité et tous mes renseignements personnels ? Pas sûr. Mais j’ai mes soupçons. Disons que ça ne prendrait pas une enquête du FBI pour remonter à la source de la fuite… C’était donc maintenant à moi – la victime – de prouver que je n’avais pas commis un crime. Cherchez l’erreur.

Pour prouver que j’étais moi et pas l’autre qui se disait moi, et pour tenter de me sortir de cette « crise existentielle », j’ai dû passer « des heures et des heures de plaisir » au téléphone. Quelle joie ! Exactement le remontant qu’il me fallait pendant que je tentais de récupérer d’une chirurgie…

D’abord un appel à l’ARC. Là où j’ai ensuite dû faxer une pile de documents prouvant que je suis bel et bien moi, et pas l’autre moi.

D’autres appels à cette agence ont suivi. J’ai ensuite téléphoné le Centre antifraude du Canada pour ouvrir un dossier. D’autres longues minutes d’attente interminable au bout du fil, suivies de mille et une questions. Que du pur plaisir. Mais j’ai maintenant mon numéro de dossier. Youpi. Et je me sens moins seul puisque l’employé au bout du fil m’a dit que des centaines de Canadiens ont été victimes cette année de vol d’identité par des fraudeurs attirés par la PCU comme les abeilles par du miel.

Appelons maintenant les bureaux de crédit, Equifax et TransUnion, pour augmenter ma protection contre ces fraudeurs, comme l’ARC m’a fortement recommandé de le faire. Quelques heures plus tard: c’est fait. Y a-t-il quelqu’un d’autre à qui je devrais expliquer que je suis moi sans être l’autre moi ? Que je ne suis pas « moi et l’autre » ? Ah oui, bien sûr, la police. J’ai donc porté plainte à la Police d’Ottawa – en ligne, tel que demandé – et on m’est revenu – toujours en ligne – avec mon numéro de rapport. Je ne suis pas plus avancé, mais j’ai maintenant DEUX numéros de rapport. Un de la police et l’autre du Centre antifraude du Canada. Je suis gâté...

Mais a-t-on enquêté ? A-t-on mis la main au collet de Denis Gratton, l’autre ? Devrais-je craindre une autre fraude de celui ou celle qui se dit moi ? Devrais-je avoir peur de… moi ? Sais pas. Et j’ai la curieuse impression que je ne le saurai jamais.

Mais si jamais vous croisez un Denis Gratton qui roule en Mercedes-Benz ou en Cadillac de l’année et qui se dit moi, c’est pas moi. C’est l’autre. Moi, je roule en vieille Kia rouillée.

L’autre a réussi dans la vie…