Denis Gratton
Cette photo de Lionel Quesnel et sa 2e épouse, Claire Roy, a été prise lors de leur voyage de noces à Québec en 1934.
Cette photo de Lionel Quesnel et sa 2e épouse, Claire Roy, a été prise lors de leur voyage de noces à Québec en 1934.

Le mystère de la bonne de Saint-André Avellin, partie 2

CHRONIQUE / A-t-on trouvé Jeanne-D’Arc Côté, la bonne de Saint-André-Avellin? Peut-être que oui, peut-être que non…

Le mystère de la disparition de cette dame n’est pas tout à fait résolu. Il y a des pistes fort intéressantes. Mais encore plusieurs questions demeurent sans réponses.

Je vous rappelle les faits de cette histoire digne d’un…. j’allais écrire digne d’un roman policier. Mais allons-y d’une comparaison plus contemporaine: digne d’une série Netflix.

Jeanne-D’Arc Côté a été la bonne de la famille Quesnel, de Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation, de la fin des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960. Sa tâche principale était de s’occuper des jeunes enfants Quesnel qui avaient perdu leur mère, Hélène Séguin, décédée en 1932 à l’âge de 32 ans. Leur père, Lionel Quesnel, s’est remarié à Claire Roy, avec qui il a eu un cinquième enfant. Lionel Quesnel est décédé d’une maladie du coeur en 1937. Sa deuxième épouse devenait donc mère monoparentale de cinq enfants, dont quatre qui n’étaient pas les siens.

Les Quesnel habitaient une immense maison de 27 pièces, voisine du magasin général du village qui était aussi la propriété de cette famille bien connue de la Petite-Nation.

Après la mort de son époux, Claire Roy a embauché une bonne, Jeanne-D’Arc Côté, une femme âgée dans la jeune vingtaine. Une orpheline, disait-on à l’époque. Voici un passage du premier texte sur cette histoire publié mercredi dernier:

« Jeanne-D’Arc était orpheline, possiblement de Plessisville, dans le Centre-du-Québec, raconte Christian Quesnel, Jeanne-D’Arc était un peu simple d’esprit. Elle n’avait pas un quotient intellectuel très élevé. Et on raconte qu’elle se plaignait beaucoup de ses problèmes de santé et de solitude. Elle écrivait souvent à un prêtre (de la région de Plessisville, à une heure de route de Trois-Rivières) pour se plaindre et se confier. Et elle ne préparait pas les repas. Elle s’occupait uniquement du ménage et des cinq enfants.»

Auteur de bandes dessinées, Christian Quesnel a acheté la maison Quesnel de Saint-André-Avellin en 2005. À souligner qu’il n’a aucun lien de parenté avec les Quesnel de cette histoire.

Jeanne-D’Arc Côté aurait quitté son emploi de servante de la famille Quesnel vers la fin des années 1960, ou début des années 1970, laissant d’innombrables effets personnels derrière elle. Personne ne l’a jamais revue. Comme si elle était disparue dans le néant.

Christian Quesnel a trouvé les objets appartenants à Jeanne-D’Arc Côté en fouillant les recoins de la maison Quesnel. Il tente depuis d’élucider le mystère entourant le départ soudain et la disparition de cette bonne.

Cette histoire publiée sur nos écrans mercredi dernier a piqué la curiosité de plusieurs, dont Réal Castonguay et Maithe Boutin, deux passionnés de généalogie qui se sont mis à la recherche de Jeanne-D’Arc. Et ils croient l’avoir trouvée…

Jeanne-D’Arc Côté serait née en 1918 à Roberval, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais cette Jeanne-D’Arc n’était pas orpheline, contrairement ce que plusieurs ont rapporté au cours des décennies. Elle serait née de parents cousins aux quatrième degré. Leur mariage aurait d’ailleurs été annulé pour cause de consanguinité, avant qu’il soit rétabli par la cour.

« Ça expliquerait en partie la simplicité d’esprit de Jeanne-D’Arc », laisse tomber Christian Quesnel.

L’enregistrement de mariage de Jeanne-D’Arc Côté.

S’il s’agit bel et bien de Jeanne D’Arc Côté, la bonne de Saint-André-Avellin, celle-ci aurait été âgée dans la jeune vingtaine lorsqu’elle a été embauchée par Claire Roy pour s’occuper des enfants Quesnel, vers la fin des années 1930.

Jeanne-D’Arc se serait mariée en 1972 à l’âge de 54 ans à Albert Edouard Perks, un homme de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, un village situé à une centaine de kilomètres au nord-est de Saint-André-Avellin. Albert Edouard Perks, originaire de la Grande-Bretagne, était journaliste, veuf trois fois, et âgé de… 85 ans ! À son mariage en 1972, Jeanne-D’Arc Côté s’est déclarée «célibataire».

Elle serait décédée en 1987.

« Du fait qu’elle était âgée de 54 ans et que son mari en avait 85, je retiens que Jeanne-D’Arc était sans doute en relation d’aide avec lui, la relation d’aide étant ce qu’elle avait fait toute sa vie en prenant soins des enfants, puis de Claire Roy, dit Christian Quesnel. Ça correspond à l’idée que je me fais d’elle.»

Mais s’agit-il bel et bien de Jeanne-D’Arc Côté, la bonne de Saint-André-Avellin ?

« Les dates concordent, mais je n’en suis pas convaincu, répond Christian Quesnel. Quelques interrogations demeurent. D’abord, pourquoi aurait-elle laissé tous ses effets personnels derrière elle? Pourquoi ce départ précipité de Saint-André-Avellin? Et pourquoi l’a-t-on décrite comme orpheline alors qu’elle avait des parents? Et quel est le lien avec Plessisville ?

« Dans les choses que j’ai trouvées qui lui appartenaient, poursuit M. Quesnel, il y avait de nombreuses photos d’elle prises à Plessisville. Dans son album de jeunesse qu’elle a laissé derrière elle dans la maison Quesnel, on la voit en compagnie de jeunes femmes de son âge. En arrière-plan, on peut voir des religieuses et un édifice qui semble être un orphelinat ou un pensionnat. Ces photos sont au Centre régional d’archives (de l’Outaouais) et je n’y ai pas accès présentement à cause du confinement. J’ai hâte en maudit d’y retourner. Je vais aller numériser ses albums photos et ses lettres.

«Mais je ne suis vraiment pas convaincu qu’il s’agit de la bonne Jeanne-D’Arc Côté. Il reste toujours trop de questions sans réponses.»