Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Des masques sont suspendus sur une corde à linge à Ottawa.
Des masques sont suspendus sur une corde à linge à Ottawa.

Le masque magique

CHRONIQUE / Suis-je le seul à remarquer un certain relâchement dans les commerces vis-à-vis la pandémie ?

J’ai l’impression que certains propriétaires d’entreprises sont devenus un peu plus permissifs depuis que le masque est obligatoire dans les lieux intérieurs. Et que les clients aussi oublient parfois les consignes de base émises il y a à peine cinq mois.

Avant, on faisait la queue à la porte de l’épicerie, ou de la pharmacie, ou de tout autre commerce. Mais depuis quelques jours, quelques semaines, rares sont les fois que j’ai dû faire la file pour entrer acheter mes bananes ou mes Aspirines.

Avant, un employé avait comme seule et unique tâche de désinfecter les paniers d’épicerie. Aujourd’hui, c’est le «faites-le-vous-même». La bouteille de désinfectant et  le rouleau d’essuie-tout sont sur la table à l’entrée, débrouillez-vous.

Avant, un autre employé s’assurait que chaque client se désinfecte les mains avant de pouvoir entrer dans le commerce. Aujourd’hui, la bouteille est là. À vous de vous en servir ou non.

Avant, certains commerces postaient un employé ou un garde de sécurité à la porte qui avait comme devoir de mener des inquisitions en règle. «Avez-vous voyagé au cours des 14 derniers jours ?», nous demandaient-ils. «Avez-vous été en contact avec quelqu’un qui a contracté la COVID-19 ? ». «Comment vous sentez-vous ?». Et ça se poursuivait jusqu’à ce qu’il soit convaincu que vous ne représentiez aucun danger pour l’humanité.

Aujourd’hui, la seule question qu’on nous pose à l’épicerie est la même qu’avant: «papier ou plastique ?». 

Avant, il fallait suivre les flèches au sol dans les allées du magasin. Et si par malheur et par mégarde vous empruntiez une allée dans le sens contraire de la flèche, vous pouviez être assurés qu’un autre client allait vous le faire remarquer. Ils étaient nombreux à s’improviser «p’tites polices d’allées» et à en retirer un malin plaisir. 

Avant, un employé avait comme seule et unique tâche de désinfecter les paniers d’épicerie. Aujourd’hui, c’est le «faites-le-vous-même».

Aujourd’hui, les «p’tites polices d’allées» sont disparues ou ont simplement abdiqué, mais les flèches sont restées. Comme pour nous rappeler comment nous étions dociles et soumis en plein coeur de cette pandémie. 

Mais le masque règle-t-il tout ? Est-il magique ce masque ? Peut-on vraiment se déconfiner à notre aise depuis qu’on se couvre le visage ? Je n’ai rien d’un expert ou d’un Dr Fauci, mais permettez-moi d’en douter.

Parce qu’avez-vous remarqué comment certaines personnes le portent, ce masque ? Il n’est pas rare de croiser une personne qui le porte sous son nez ou dans son cou.  

L’autre jour, à la boucherie du coin, j’ai vu cette dame et sa fille entrer en jasant de tout et de rien. Et chaque fois que la dame prenait la parole, elle baissait son masque pour être entendue plus clairement. Cette dame a répété le même geste en s’adressant aux bouchers et à la caissière. Comme si elle était incapable de parler quand son masque lui couvrait la bouche. Comme si elle n’avait absolument rien compris à cette consigne du masque obligatoire. On lui a dit qu’elle devait le porter et que c’était la loi, alors elle le porte. Mais pourquoi doit-elle le porter ? Elle n’en a pas la moindre idée.

Mais je suis peut-être l’un des rares qui remarquent un certain relâchement depuis que le port du masque est obligatoire. Je suis peut-être légèrement parano. La tendance est d’ailleurs à la baisse à Ottawa en ce qui a trait au nombre quotidien de résultats positifs. Et cette tendance se maintient. Tant mieux !

Je regarde cependant ce qui se passe aux États-Unis, dans les états qui ont procédé au déconfinement trop rapidement pour relancer l’économie et qui se sont retrouvés au point de départ et des dizaines de morts quotidiennement, et je ne peux m’empêcher de croire que la même chose pourrait survenir ici si on baisse la garde.

Le masque n’est qu’un autre «outil» pour combattre la pandémie, pas une potion magique.