Denis Gratton
Le golf est-il un service essentiel en ces temps de pandémie ?
Le golf est-il un service essentiel en ces temps de pandémie ?

Jouer au golf ou non ?

CHRONIQUE / Le golf est-il un service essentiel en ces temps de pandémie ?

Je ne parle pas du golf à la télé, des foules qui s’amassent autour de Tiger et du tournoi des Maîtres qui devait s’amorcer la semaine prochaine. Je vous parle du golf, de ce jeu qui, par temps normaux, reprendrait vie d’une semaine à l’autre sur les terrains de la région, à la grande joie des « laboureux de fin de semaine » dont je fais partie.

Je reviens donc à ma question. Le golf est-il un service essentiel ?

Je devine que la très grande majorité d’entre vous répondrez: bien sûr que non ! Et je serai plutôt d’accord avec vous. Par ces temps surréels que nous vivons et alors que la Terre semble tourner à contresens, nous avons d’autres chats à fouetter qu’une petite balle blanche.

Claude Blanchette n’est pas d’accord. M. Blanchette est le président du Club de golf Nation, dans l’Est ontarien. La semaine dernière, il a écrit une longue lettre à sa députée provinciale, Amanda Simard, pour lui souligner son désaccord sur la décision du gouvernement ontarien de qualifier l’industrie du golf comme un service non-essentiel. Et M. Blanchette affirme dans sa missive que plusieurs autres propriétaires de terrains de golf en province partagent son opinion et que sa lettre sera aussi expédiée aux ministres du gouvernement Ford.

Il soulève de bon points dans sa lettre aux élus.

« Le golf est pratiquement l’un des seuls sports publics que les citoyens pourront pratiquer en toute sécurité si les consignes de distanciation sociale sont suivies, écrit-il. Le golf se pratique en groupe de quatre et l’étiquette première du golf est de se distancer les uns des autres quand nous jouons notre partie. Il n’y a aucune raison que les golfeurs soient à moins de quatre mètres les uns des autres. »

Et M. Blanchette ajoute: « l’isolement est nécessaire, mais nous croyons que l’isolation de longue durée affectera la santé mentale des gens. Pour que le corps humain continue de fonctionner, les citoyens devront avoir accès à des activités extérieures stimulantes et relaxantes. »

D’excellents points, disais-je. Et le propriétaire du Club de golf Nation se dit prêt à ouvrir son terrain aux golfeurs « dès que la neige aura fondu et que le gouvernement de l’Ontario lui donnera le feu vert ».

Il a même pris toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des clients. Le restaurant du club sera fermé. L’argent comptant ne sera pas accepté. Le personnel nettoiera d’un désinfectant les comptoirs, les poignées de portes, les voiturettes et le reste. L’accès aux douches et casiers sera interdite. Et ainsi de suite.

Sur le terrain, il n’y aura pas de drapeaux sur le vert de pratique. Pas de lave-balles et pas de râteaux dans les fosses de sable non plus. Et les drapeaux sur les verts auront un bloc de mousse au bas pour empêcher la balle de tomber dans le trou. Vous frappez la mousse, votre trou est complété. Personne ne touche au fanion.

Il a fait ses devoirs, ce M. Blanchette.

A-t-il raison ? Pourrait-on jouer au golf en toute sécurité si toutes ces mesures étaient appliquées à la lettre ? J’imagine que oui. Si on peut prendre une marche dans notre quartier, pourquoi pas une marche sur un terrain de golf ? Et aller décompresser un peu en frappant une centaine de balles peut faire le plus grand bien au moral.

Mais personnellement, je pense que le coeur n’y serait pas. Peut-on sortir s’amuser entre amis lorsqu’aux nouvelles on donne le décompte quotidien des décès survenus chez nous, dans notre ville, et lorsque tant de gens autour de nous souffrent et ont peur ?

La consigne numéro un n’est-elle pas le confinement ? N’est-il pas plus sage de rester auprès des siens et de ne pas prendre de risques inutiles ?

Bref, est-ce vraiment le temps de sortir jouer ?