Denis Gratton
Le restaurant Juliano’s Gelato sur la rue Laurier, dans le secteur Hull, en face du Musée canadien de l’histoire.
Le restaurant Juliano’s Gelato sur la rue Laurier, dans le secteur Hull, en face du Musée canadien de l’histoire.

Il faut sauver le petit camion bleu

CHRONIQUE / On l’aime, le petit camion de couleur bleu ciel dans le Plateau. Il cadre tellement bien dans le quartier qu’on ne veut pas le voir partir.

Et pour mettre la cerise sur le sundae, le petit camion bleu vend de la crème glacée. Comment ne pas l’aimer, alors que les canicules se succèdent? Ce petit camion bleu est une oasis dans le désert.

Cette cuisine de rue est installée à l’angle du boulevard du Plateau et de la rue de Bruxelles, dans le projet Agora. Elle est la propriété du restaurant Juliano’s Gelato, qui lui se trouve sur la rue Laurier, dans le secteur Hull, en face du Musée canadien de l’histoire.

Ce resto en arrache depuis le début de la pandémie. Les fonctionnaires ont disparu et le musée est fermé depuis mars dernier. Le petit camion bleu du Plateau permettait au propriétaire de ce resto de respirer un peu.

Sauf qu’il n’a jamais fait une demande auprès de la Ville de Gatineau pour obtenir un permis d’exploitation pour son camion. Et la Ville ne permet pas de cuisine de rue en permanence sur son territoire. Lorsque le Service de l’urbanisme et du développement durable de la Ville a été mis au courant de la situation, ses inspecteurs ont décidé de rendre visite à ce proprio pour l’aviser qu’il devra bientôt se conformer à la réglementation et retirer son petit camion bleu de la rue. Pas de permis, pas de gelato.

La conseillère municipale du district du Plateau, Maude Marquis-Bissonnette, est en vacances à Québec avec sa petite famille. Elle a toutefois mis son congé sur la glace le temps de communiquer avec Le Droit.

Elle devait agir, et vite. Le petit camion bleu tant aimé de ses électeurs était menacé. Elle devait le sauver.

Voici ce que Mme Marquis-Bissonnette avait à dire:

« Je suis en vacances, mais j’ai communiqué avec les gens du Service de l’urbanisme et du développement durable. J’ai aussi contacté le propriétaire du Juliano’s. Je pense qu’on a trouvé la solution et que la situation devrait se régulariser. L’entrepreneur pourra continuer à opérer son commerce (le petit camion bleu).

« Il faut trouver une solution parce qu’on ne peut pas se permettre de faire fermer des commerces dans le contexte de la pandémie, a poursuivi la conseillère. Ils ont assez de stress, je pense qu’il faut faciliter leur travail. Et de la crème glacée dans le Plateau, on n’en a pas.

—Et quelle sera cette solution, Mme Marquis-Bissonnette ?

« Le processus dans lequel on va s’engager avec le propriétaire, c’est par un permis d’événement temporaire (un permis qui est valide pour une période de 20 jours consécutifs). On peut émettre ces permis à répétition. Donc on sera capable dans ce cas-ci d’émettre des permis renouvelables de 20 jours chacun. Le propriétaire pourra continuer d’opérer son commerce (jusqu’à la fin de l’été). Je lui ai parlé et il semblait très heureux de la solution. Et à la Ville, ça ne cause pas de problème non plus», a souligné Mme Marquis-Bissonnette.

Plutôt curieux. La conseillère affirme que la Ville peut émettre un permis temporaire «à répétition» alors que le Service des communications de la Ville de Gatineau dit plutôt le contraire dans un courriel expédié au Droit la semaine dernière. Voici ce qu’on peut lire:

«La réglementation de zonage autorise, à titre d’usage temporaire, la restauration associée à la tenue d’une foire, d’un festival, d’une fête populaire ou d’une fête foraine, ou à la présentation d’un spectacle de cirque, sur un terrain occupé par un centre commercial ou un projet commercial intégré. La réglementation limite la période d’exploitation à 20 jours consécutifs et limite les périodes d’exploitation par terrain à deux pour une même année.»

Hmmm… Il faut donc être lié à un «événement» pour obtenir ce permis temporaire. Il faut une fête, une foire, un cirque, un festival, quelque chose.

Alors comment le proprio du petit camion bleu pourra-t-il obtenir un permis d’événement temporaire «renouvelable aux 20 jours» alors qu’il n’y a pas d’événements à répétition prévus dans le Plateau cet été?

La conseillère Marquis-Bissonnette concède que son district ne sera pas le lieu d’événements spéciaux d’ici l’automne. Mais elle affirme que les gens de son quartier aiment tellement leur petit camion bleu de gelato et de sorbet que de le visiter est un événement en soi…

Voici la réponse de l’élue du Plateau:

« Juste le camion de crème glacée, on peut considérer ça comme un événement, a-t-elle dit. Le fait qu’il vende de la crème glacée, on peut lui émettre un permis d’événement juste pour ça. Il n’a pas besoin d’en faire plus. Il n’a pas besoin d’avoir d’événement lié à ça. Il va pouvoir opérer en tout temps.

« On est un peu dans une zone grise avec les cuisines de rue, a ajouté Mme Marquis-Bissonnette. Le conseil municipal a donné un mandat aux services municipaux de se pencher sur la question des camions de rue. Donc on va revenir à l’automne avec une réflexion pour une nouvelle réglementation. D’ici là, on est dans une zone grise. Le souhait du conseil est d’examiner tout ça. Mais entre-temps, je ne souhaite pas qu’on ferme des commerces. Au contraire, il faut les tolérer et les encadrer.

—Et qu’allez-vous répondre au prochain propriétaire d’une cuisine de rue qui voudra «créer un événement» dans un autre quartier de Gatineau en y installant son camion de patates frites, de tacos, de shawarmas ou de quoi que ce soit ?

« On n’en compte pas des dizaines à Gatineau. Mais un camion de rue qui souhaiterait opérer, on peut le permettre avec un permis d’événement. Il faut dire que le secteur du Plateau où est installé le camion de Juliano’s est dans le coeur du village, dans le projet Agora. On y construit une place publique, on y amène des commerces de proximité. Donc dans mon quartier, je crois que c’est le bon endroit pour avoir ce type de petit commerce. Dans ce contexte-là, je pense qu’il faut soutenir l’entrepreneur et permettre aux résidents du Plateau d’avoir de la crème glacée dans le quartier.»

On l’aime le petit camion bleu de gelato dans le Plateau. Il cadre tellement bien dans le portrait.

Sauf qu’en le gardant ouvert à coups de permis de 20 jours à répétition, la conseillère Marquis-Bissonnette risque aussi d’ouvrir autre chose à Gatineau cet été: la boîte de Pandore.