Une brève discussion de comptoir avec quelques amies m’a récemment appris que 100 % des mamans que nous sommes étions satisfaites des garderies que fréquentent nos enfants, et que toutes les jugions de très bonne qualité.

De piètre qualité, vraiment?

J’ai sourcillé en survolant le dernier dossier de l’Observatoire des tout-petits, dévoilé cette semaine et selon lequel une proportion non négligeable de tout-petits québécois fréquenterait un service éducatif à la petite enfance de faible ou très faible qualité.

Selon ce rapport, des enjeux de qualité existeraient dans tous les types de milieux, qu’il s’agisse des milieux familiaux, des garderies subventionnées ou non subventionnées, des CPE ou des maternelles 4 ans. Mais en général, les services dispensés en CPE sont de meilleure qualité que ceux des autres milieux, dit-on.

J’ai sourcillé non pas devant ce constat à la limite alarmiste, mais à cause de ce ton quelque peu alarmiste, justement. Je veux dire... C’est pas Guantanamo qu’ils vivent non plus !

Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est de constater qu’aucun parent n’avait été sondé pour cette grande enquête Grandir en qualité réalisée en 2003 et 2014 par l’Institut de la statistique du Québec. Les outils de collecte des données ont été conçus par des experts dans le domaine, et des observatrices formées ont été chargées de l’évaluation grâce à des tableaux bien structurés. Mais n’aurait-il pas été pertinent de tâter le pouls des parents aussi ?

Je comprends que des spécialistes peuvent apporter une dimension professionnelle à l’exercice, car ils possèdent des connaissances que les parents n’ont pas. Mais que tout le mobilier ne soit pas tout à fait adapté à la taille des tout-petits rend-il un service de garde de moins bonne qualité, honnêtement ? Personnellement, en tant que parent, que mon enfant mange assis à une table grandeur adulte ou une table grandeur enfant, l’important, c’est qu’il mange !

Les buts avoués du service de garde

Une brève discussion de comptoir avec quelques amies m’a récemment appris que 100 % des mamans que nous sommes étions satisfaites des garderies que fréquentent nos enfants, et que nous toutes les jugions de très bonne qualité. Sur quoi se basait-on pour affirmer une telle chose ? L’essentiel, à mon avis.

Le but premier des divers services éducatifs, on ne se le cachera pas, c’est de permettre aux parents d’aller travailler. Dans un contexte où le coût des principaux biens consommés par les familles a quadruplé depuis une quarantaine d’années, selon les données de Statistique Canada, alors que les salaires n’ont que doublé, il n’est pas surprenant de constater que deux revenus sont maintenant nécessaires pour assurer le même niveau de vie. Les services de garde sont donc un service essentiel.

Mais pour aller travailler en toute tranquillité, il faut avoir confiance dans le milieu qui prendra soin de notre enfant 8 h par jour, en moyenne, cinq jours par semaine. Le laisser entre bonnes mains, en étant assuré qu’on réponse à ses besoins de base, autant physiques qu’émotifs, qu’il sociabilisera et s’amusera dans un milieu sécuritaire, pour moi, c’est ça un service de qualité.

Quand ma fille de deux ans a hâte d’aller montrer sa nouvelle robe à Kasandra, je me dis qu’elle est bien, que son lien d’attachement est fait. Quand sa sœur, âgée de cinq, ans me raconte les 1001 activités qu’elle fait avec Vaness, je sais qu’elle passe de belles journées. Je sais qu’elles sont toutes deux aimées et aiment leur éducatrice.

Je ne m’attends pas à ce que mes deux filles sortent de leurs années préscolaires avec un MBA en main. D’ailleurs, je n’aime pas l’appellation qu’on donne aux garderies. « Services éducatifs ». Leurs « clients » ont encore plus de doigts sur une main que d’années de vie, peut-on mettre la pédale douce sur le terme « éducation » et les laisser être des enfants ? 

Je ne dis pas qu’il faille abandonner toute démarche éducative. On le sait tous : les premières années de vie d’un enfant sont cruciales pour son développement. Celui-ci est une véritable éponge à tous les stimuli qui lui sont présentés et absorbent les connaissances plus rapidement qu’il peut engouffrer du chocolat. C’est bien d’en profiter. 

Mais je suis de ceux qui croient que le plus important pour préparer un jeune à la vie, c’est de lui donner une excellente base affective et sociale. C’est le deuxième but avoué des garderies, à mon avis. Le jeune apprend à se détacher de ses parents, à faire confiance à un autre adulte, il apprend à partager, communiquer, attendre son tour, respecter des règles et des consignes... En ce sens, je crois sincèrement que les services de garde au Québec jouent bien leur rôle. Et je suis persuadée que je suis loin d’être la seule à penser ainsi.

Entre instances et parents

Tout ça, jumelé à une autre anecdote récente, m’amène à la réflexion suivante : les instances sont-elles au diapason de la réalité des parents ? En clôture du premier Sommet des familles, qui s’est tenu à Saint-Hyacinthe à la mi-mai, quatre parents qui avaient participé incognito à l’exercice ont été appelés à commenter leur expérience. Leur première impression a été unanime : ils ont bien aimé, MAIS !

Mais ce qui se voulait un exercice démocratique s’est encore une fois rapproché davantage de la machine plutôt que du monde, ont-ils déploré d’une seule voix. « On a jasé beaucoup, peut-être même trop, des lois, des politiques, de la bureaucratie, des instances... On a beaucoup entendu “mon organisme a besoin de ci ou de ça”. OK, mais moi, en tant que parent, j’ai besoin de ça. Et concrètement, ça s’est traduit par très peu de choses dans les discussions », ont dit tour à tour Martin, Michèle, Annie et Sophie.

À la table où j’étais assise, j’ai entendu des grognements. Trois représentantes d’une Maison des familles de la Mauricie marmonnaient que les parents ne comprenaient rien, qu’ils ne savaient pas comment ça se passait. Je ne pouvais leur donner complètement tort — quand on n’est pas dans le milieu, on n’en connaît pas nécessairement tous les rouages dans ses moindres détails, et c’est normal, et je m’inclus dans le lot. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas non plus leur donner raison. Cette attitude condescendante favorise le maintien des fossés existant entre ceux qui donnent les services et ceux qui les reçoivent.

Le dossier de l’Observatoire des tout-petits vient appuyer cette tangente. Certaines personnes du milieu m’ont appelée cette semaine pour en décrier le constat. 

J’ai envie de leur répondre ceci : ne cherchons pas de poux. Alors que commence la Semaine des services de garde, j’aimerais, au nom de tous les parents satisfaits de leur service de garde, qu’il s’agisse d’un CPE, d’une garderie subventionnée ou non ou d’un milieu familial, prendre le temps de remercier et féliciter tous les propriétaires, éducateurs, cuisiniers, et autres professionnels pour votre dévouement au quotidien.

Vous faites un travail remarquable et essentiel. Pour nous, parents, mais surtout pour ce que nous avons de plus précieux au monde. C’est le Québec de demain que vous aidez à construire. Et je suis persuadée qu’il sera beau.