Le monde selon Goudreault

Manger de la pauvreté

« Les pauvres se font toujours avoir, sont donc pas d’affaires! » — Plume Latraverse

CHRONIQUE / «Quand je serai adulte, je vais manger juste des frites pis de la poutine! ». Désolé, petit garçon que j’étais, je n’ai pas tenu ma promesse. Trahison suprême, il m’arrive même de me faire bouillir des brocolis, de les manger et d’aimer ça. N’en déplaise au jeune entêté de mon enfance, j’ai la chance d’avoir appris à varier mon alimentation. À cuisiner aussi. Et même si je n’ai pas les moyens de me faire livrer du caviar entre deux flûtes de champagne, j’ai le privilège de pouvoir me nourrir sainement. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Le monde selon Goudreault

Al Capone en vélo rose

CHRONIQUE / « La pauvreté met le crime au rabais. » -Chamfort

CHRONIQUE / La réalité rattrape la fiction, elle lui fait une jambette et la tabasse. Je n’arrive pas à y croire! Je fouille le cabanon de plus belle, je reviens dans le garage avant de retourner inspecter la haie de cèdres. J’ai beau faire le tour de mon humble domaine, il faut me rendre à l’évidence : on a volé le vélo rose de ma fille! Un magnifique modèle Dora 2016, doté de petites roues d’appoint, avec des fanions aux guidons. Un crotté digne de mes romans est venu cambrioler ma remise et s’est emparé de la bicyclette de mon héritière.

Le monde selon Goudreault

Bedaine à louer

« Dieu ne pouvait être partout, alors il a créé la mère. » — Proverbe yiddish

CHRONIQUE / Offre à saisir! 1er mois gratuit, petit nid douillet pour héberger votre futur poupon, intérieur de 20 ans à peine, commodément situé dans un corps en santé, jamais habité, chauffé, nourriture de qualité incluse (supplément pour les régimes kasher et halal); bail de neuf mois au prix de 4995 $ par mois, possibilité d’accueillir plus d’un locataire, livraison garantie ou argent remis. Réservez votre place!

Le monde selon Goudreault

La planète et les chaussettes de Justin

« Il faut savoir que, non seulement notre lieu d’habitation, mais l’espèce humaine elle-même est en danger. » - Hubert Reeves

CHRONIQUE / Nous sommes tous un peu Justin : « Oui oui, ça nous touche, nous concerne et nous consterne. L’environnement est une priorité et nous passons à l’action… » Certains l’assument avec moins d’hypocrisie, d’autres seraient prêts à retourner ciel et terre pour s’en défendre, mais comme notre fin stratège de premier ministre, notre écologisme en est un de façade.

Le monde selon Goudreault

Le bon, la brute et le silence

« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. » - Jean Jaurès

CHRONIQUE / Asshole! Le mot a claqué dans l’air, il a couvert le bruit du trafic et déchiré la quiétude urbaine du lundi matin pour illuminer ma journée. Et il m’habite encore. Nous étions quatre au coin de la rue ce matin-là : un chroniqueur, un bon samaritain, un aveugle et un trou de cul…

David Goudreault

Pour soigner le cynisme

CHRONIQUE / « L’heure est à la révolte du cœur. » — Catherine Dorion

Chaque flocon est unique, mais tous les bancs de neige se ressemblent. Contrairement aux partis politiques qui m’indiffèrent de plus en plus, les individus qui se consacrent à la politique me fascinent. Pas les girouettes qui passent d’un parti à l’autre au gré des sondages, ni les carriéristes qui placent leur intérêt bien avant le bien commun, ni ceux qui s’accrochent au pouvoir après un mandat désastreux, mais les autres. Je sais, leur nombre est limité. D’où mon intérêt, la rareté crée la valeur.

Décidé à combattre le feu par la flamme, je traite mon cynisme en discutant avec des politiciens inspirants. La vie a mis de brillants spécimens sur ma route, autant en profiter. L’un se réengage auprès du Parti Québécois, l’autre milite au sein de Québec solidaire. Leurs formations respectives ne s’entendent pas à merveille par les temps qui courent, mais les deux politiciens s’estiment l’un et l’autre; aucun couteau n’a volé bas durant les entrevues. Tout à leur honneur.  

Jean-Martin Aussant aurait mon vote, même s’il se présentait pour le Parti anarcho-monarchiste cambodgien. J’aime cet humain, et j’en aime de moins en moins. Cohérent dans sa pensée, courageux dans ses actions, il ne m’a jamais déçu. « Je reviens à la politique active corps et âme, ça demande d’énormes sacrifices, mais j’ai des idées à défendre. » De la représentation proportionnelle à la gestion des services publics en passant par la gratuité scolaire, l’homme veut apporter de l’eau au moulin, pas que du vent. À la différence des politiciens à cassette, cet économiste aborde aussi d’autres thèmes que l’économie. Il ne minimise en rien l’importance de la chose, mais il considère que d’autres enjeux devraient aussi animer les débats publics. Comme c’est rafraichissant!

Avis à ceux qui le voient déjà calife à la place du calife, l’ancien député de Nicolet demeure humble et fidèle au chef en place. Cette position ne l’empêchera pas de ruer dans les brancards et de remettre le projet de souveraineté au premier plan. « C’est d’abord la souveraineté que je veux servir. Je serais prêt à être le soldat numéro 824 si ce poste me permettait de lutter directement pour la cause. »

Malheureusement, je n’habite pas Pointe-aux-Trembles, où se tiendra l’investiture péquiste du 15 avril. Je ne peux qu’espérer voir Jean-Martin remporter cette première manche difficile et s’atteler aux élections de novembre afin d’élever le niveau des débats à l’échelle nationale.

Catherine Dorion pourrait aussi compter sur mon vote. Si j’habitais la capitale, j’irais militer pour la faire élire. Entre ses projets de poésie et de théâtre, la passionaria solidaire nous confronte et fait bouger le monde. « C’est difficile de vivre avec l’absence de sens qu’on a en pleine face au quotidien. » Elle pourrait se contenter de ses projets artistiques, de la relation avec ses enfants et des rages d’écriture qu’elle assouvit dans son camp au fond des bois, mais le marasme social l’angoisse et elle veut tisser du lien. « Je me concentre sur la base, le local, la rencontre avec les gens. Je veux permettre à la gauche souverainiste de Québec d’être entendue, de prendre sa place. » Noble mission, bon courage!

Tous deux risquent gros à la roulette électorale. On ne compte jamais les heures de réunions, les poignées de mains, les assemblées de cuisine et tous les efforts à déployer en cours de route, mais la route vaut la peine d’être arpentée. Élus ou non, mes lumineux amis auront partagé leurs réflexions et fait avancer leurs idées. D’autres idées, pour une autre façon de vivre ensemble.

Catherine et Jean-Martin me réconcilient avec la politique. Ils ont un petit quelque chose de Gérald Godin, un supplément d’âme qui leur permet de déborder de la politique et de l’habiter en même temps. Quand je vois ce pianiste insuffler sa fougue dans un concert de Légendes d’un peuple, quand je relis les vers aussi engagés qu’engageants de cette poète, je sais qu’ils ont de la vérité à offrir. Je ne partage pas toutes leurs positions, je ne cautionne en rien les lignes de leurs partis, mais je sais qu’ils veulent nous représenter pour vrai, qu’ils croient à leurs idées. C’est déjà beaucoup. Beaucoup plus que certains politiciens nous offrant le même ton affecté à chacun de leurs discours désaffectés.

Tous les bancs de neige se ressemblent, mais chaque flocon est unique. Certains méritent de se détacher de la masse et de faire briller leur unicité. Dans l’intérêt de tous. C’est un peu ça, aussi, faire de la politique autrement.

Le monde selon Goudreault

Pour tout et pour rien

« Lorsque les peuples cessent de se plaindre, ils cessent de penser. » - Napoléon Bonaparte

CHRONIQUE / Des révoltes d’esclaves à la Révolution française en passant par les luttes des suffragettes, la prise de pouvoir des barbudos cubains ou l’autogestion des zapatistes mexicains, les mouvements sociaux qui changent le visage du monde mobilisent toujours la population avant de forcer la main aux gouvernements. Puis ils s’essoufflent et ils meurent, ou ils s’enracinent. C’était le cas sur la place Tian’anmen en 1989, sur la place Tahrir en 2011 et ce l’était encore la semaine dernière en Catalogne (pour la libération du chef indépendantiste Carles Puigdemont) et aux États-Unis (contre la prolifération des armes à feu).

Le monde selon Goudreault

Si j’étais la classe moyenne

« Des promesses tant qu’on en veut, et puis rien. » - Gustave Flaubert

CHRONIQUE / Si j’étais la classe moyenne, je me ferais belle, je me ferais beau pour les vieux messieurs de la politique provinciale. J’enfilerais mes bas de soie, mes bottillons griffés, ma robe de soirée et je me précipiterais chez le coiffeur; je me raserais deux fois, nouerais ma plus belle cravate et me lisserais la moustache. Se faire draguer une fois au quatre ans, quelle grande occasion, il faut en profiter!

Le monde selon Goudreault

Vivre l’instant pressant

«J’ai été un enfant. Je ne le suis plus. Voilà mon drame.» - Renaud Séchan

J’ai des échardes dans le cœur, comme tout le monde. Des souvenirs qui restent pognés de travers dans l’âme, des remords qui collent à la peau. « Papa, pas brusque! », ces trois mots lancés par ma fille alors qu’elle avait deux ans ne me quitteront peut-être jamais.

Le monde selon Goudreault

Beaux comme la relève

« Y’a un printemps déchiré de doux qui s’ouvre à toi. » - Laura Doyle-Péan

CHRONIQUE / Les jeunes ne savent plus écrire comme il faut, ils s’intéressent juste à leurs nombrils, ils ne réussissent qu’à s’envoyer des textos bourrés de fautes. Si vous opinez du bonnet en adhérant à ces jugements, vous êtes peut-être un vieux con. Rassurez-vous, le traitement n’est pas douloureux. Il suffit d’un peu d’information et d’ouverture d’esprit pour réaliser que nos jeunes chérissent la langue d’ici et se font un devoir de la promouvoir par une littérature décomplexée. Pas tous peut-être, mais un nombre considérable. Et des talentueux en plus.