Quand revient le printemps, les oiseaux, le gazon, les motos trop bruyantes et les manteaux légers qu’on sort avec joie, il me revient toujours deux souvenirs : la fin de mon secondaire et, quelques années plus tard, ma virée au Grande-Bretagne.

Croustilles et patate

CHRONIQUE / Quand revient le printemps, les oiseaux, le gazon, les motos trop bruyantes et les manteaux légers qu’on sort avec joie, il me revient toujours deux souvenirs : la fin de mon secondaire et, quelques années plus tard, ma virée en Grande-Bretagne.

Du secondaire, il me reste cette sensation de légèreté, d’après-midis ensoleillés à faire le renard dans le bois, de ma première blonde à tendance hippie, mais aussi de nervosité face à l’avenir, aux choix, à la pression de réussir et à la revendication du droit, des fois, d’échouer.

Je pense aussi à l’album Achtung Baby de U2 (1991) qui fut la bande sonore de mes dernières années d’adolescent. Un disque (ou plutôt une cassette) au son vigoureux et sombre en même temps, reflet idéal de mon état d’esprit de l’époque.

Y’a aussi Us de Peter Gabriel (1992), mais je n’en parle pas trop parce que les détracteurs de l’ex-Genesis sont nombreux dans mon entourage (salut, Janick !). Ils lui reprochent de surfer depuis longtemps sur une popularité surfaite, d’être trop cérébral, trop bizarre, et ils ont un peu raison.

C’était en avril, aussi, quand je suis parti travailler pendant quatre mois en Angleterre et en Écosse — un voyage formateur à plusieurs points de vue, le premier étant que les Anglais sont, contrairement à leur réputation, un peuple qui aime vraiment faire le party, et que je n’étais pas Anglais.

(Pas que je déteste m’amuser, mais comme j’haïs la bière et qu’eux se vautrent littéralement dedans, disons que ça freinait mes ambitions sociales.)

Autre constatation : les Anglais adorent la hiérarchie, les règlements et n’hésitent pas à enguirlander un inconnu (par exemple, moi) qui roule à bicyclette dans une rue réservée aux piétons. Et contrairement à ici, ils n’enrobent pas leurs reproches. Ça fait des discussions plutôt raides avec un patron estival, mais la dispute est vite oubliée autour d’une bière (beurk) et d’un sac de chips au curry, au rosbif ou aux crevettes (miam !).

J’ai aussi réalisé que je n’étais pas fait pour le monde de la restauration, si tant est que le monde de la restauration existe en Grande-Bretagne. Ha ha ! C’est une blague. C’est très bon, une patate au four avec des bines dessus. Avec un accompagnement de boudin, hummm.

Visiter des villes et villages vieux de plusieurs centaines d’années laisse aussi des souvenirs débiles, euh, je veux dire indélébiles. Des rues en pierre, des maisons qui datent du temps de la grand-mère de la reine Victoria (allô, Sophie-Charlotte !), des jardins sauvages en plein centre-ville avec chevaux et basse-cour inclus…

C’est magnifique. Mais il y a des paysages magnifiques qui transpirent la solitude. Surtout en Écosse, un pays incomparable, mais miné par toutes sortes de problèmes, notamment les dépendances à l’alcool et aux drogues. Je dois avouer que je ne m’y suis pas fait que des amis. Mon humour n’était pas bien compris. Aussi, ils sont susceptibles. Mais bon, je leur pardonne.

Quand je suis revenu, j’étais prêt à affronter le monde. J’ai choisi Granby.

Sex-symbol
Cette semaine, on apprenait que le tueur de la Mosquée de Québec vivait du ressentiment de n’avoir jamais eu de copine, et que l’auteur de l’attaque au camion-bélier à Toronto était lui aussi un « incel », pour involuntary celibate, ce qui aurait, dans les deux cas, nourri leurs idées violentes.

Ça n’excuse en rien leurs gestes, évidemment. Mais c’est vrai qu’être célibataire involontaire (« célin » ?), c’est lourd. Je l’ai déjà été avant de devenir le sex-symbol que je suis aujourd’hui. Je n’ai jamais eu d’idée violente, remarquez, mais je trouvais le temps long, à l’époque, surtout le mardi soir à 20 h 40.

Alors tu te rabats sur le travail, les études ou les paradis artificiels comme les jeux vidéos ou le scrapbooking. Tout pour chasser les idées noires.