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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve
Joe Biden
Joe Biden

Une répétition générale avant Glasgow

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CHRONIQUE / La semaine dernière, à l’occasion du Jour de la Terre, le nouveau président des États-Unis, Joe Biden, a convoqué les dirigeants des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES) et plusieurs grands chefs d’entreprises à une réunion virtuelle. Son premier objectif était d’annoncer le nouvel engagement de son pays pour la réduction de ses émissions. Les États-Unis veulent couper de moitié leurs émissions de 2005 en 2030. Par la même occasion, il souhaitait que ses invités se commettent sur des cibles plus ambitieuses. Ainsi, le Canada a augmenté ses ambitions en promettant de réduire ses émissions de 40 à 45 % du niveau de 2005 en 2030.

Malgré la grande couverture médiatique qui en a été faite, ce sommet n’a aucun statut officiel dans les négociations climatiques mondiales. L’exercice a une valeur symbolique, à la fois par le fait qu’il s’est ouvert au Jour de la Terre et parce qu’il annonce le retour des États-Unis comme leader dans l’Accord de Paris. C’est, en quelque sorte, une pratique pour la CdP 26 qui se tiendra à Glasgow en Écosse cet automne. Ce n’est qu’à ce moment que les pays signataires de l’Accord de Paris déposeront officiellement leurs cibles de réduction d’émissions pour limiter l’augmentation de la température moyenne planétaire sous la barre des 2 degrés au présent siècle. Et cela n’est pas gagné, tant s’en faut. En effet, comme le démontre le rapport de l’Organisation météorologique mondiale paru le 19 avril, nous avons déjà dépassé un degré d’augmentation de la température moyenne planétaire et la tendance à la hausse s’accélère.

Alors, me direz-vous, à quoi sert ce cirque? Allons-nous continuer de voir des chefs d’État se fixer des cibles qui ne seront jamais atteintes? Pour répondre à ces questions légitimes, il faut creuser la réflexion au-delà du cynisme.

En gros, pour avancer dans la lutte aux changements climatiques, deux attitudes s’opposent : «connaître - comprendre - agir» et «admettre - négocier - espérer». Même si la seconde a été très dominante au cours des 30 dernières années, on voit désormais la première prendre du galon. Et c’est cela qui donne de l’espoir. Mais pourra-t-on réussir? Les plus grands émetteurs de la planète, Chine et États-Unis, semblent avoir résolu, enfin, de suivre l’Union européenne qui prend au sérieux ses cibles depuis plus de 20 ans. Ces trois joueurs cumulent plus de la moitié des émissions mondiales. Moins de 10 autres pays dont l’Inde, la Russie, l’Australie et le Canada comptent pour un 30 % supplémentaire. Mais les gouvernements ne disposent pas de tous les moyens pour atteindre leurs cibles. Les entreprises et les citoyens ont aussi un très grand rôle à jouer.

C’est pourquoi il est intéressant de voir que des multinationales se sont donné des cibles de carboneutralité et qu’elles fixent une partie de la rémunération de leurs dirigeants en fonction de leur performance à cet égard. Le monde financier s’est aussi commis pour décarboniser ses portefeuilles d’investissements. Voilà une combinaison gagnante!

Quelques éléments nous portent à croire qu’il sera possible de faire des gains rapides pour 2030. D’abord, l’urgence climatique est largement démontrée scientifiquement. De plus, les coûts des dérèglements climatiques commencent à peser et la facture ne cesse d’augmenter. Ensuite, la transformation technologique est en marche. Le prix de l’énergie de sources renouvelables est à la baisse et, dans le domaine de l’électricité, il est compétitif avec celui des carburants fossiles. Dans le domaine du transport, les véhicules électriques avec une autonomie intéressante seront bientôt à parité avec leurs homologues à essence. La pandémie a démontré que le télétravail était une option pour une proportion considérable des travailleurs, ce qui devrait réduire la consommation d’énergie liée aux déplacements de personnes.

Mais il reste des éléments préoccupants. La recherche de la carboneutralité suit la loi des rendements décroissants, c’est-à-dire qu’à mesure qu’on émet moins de GES, il devient de plus en plus difficile de couper les émissions. Il peut être périlleux de promettre des réductions au-delà de 75 %. En outre, dans le jeu du carbone comme dans celui de la politique ou de l’économie, les tricheurs sont nombreux. On peut imaginer facilement que s’il y a des paradis fiscaux et des pavillons de complaisance, certains États pourront faire un pont d’or aux industries polluantes pour créer de la richesse chez eux. Enfin, l’engagement d’un gouvernement démocratique peut être remis en question à chaque élection. La route vers la carboneutralité sera semée d’embûches.

Si on veut atteindre les cibles, le rôle des citoyens est déterminant. Pour faire sa part, chacun et chacune doivent prendre conscience de son empreinte carbone et essayer de la réduire en modifiant ses habitudes de consommation (voir l’onglet « Compensez » sur http://carboneboreal.uqac.ca). Pourquoi ne pas vous faire votre propre sommet et vous fixer des cibles entre amis? La conférence de Glasgow n’en sera que plus intéressante à suivre!