L’urgence de la prévention

CHRONIQUE / Le 13 novembre, le journal médical The Lancet publiait son rapport annuel sur les enjeux de la santé dans un monde en pleine crise climatique. Le constat n’est pas gai *. On peut y lire qu’un enfant né aujourd’hui devra vivre les conséquences d’un réchauffement du climat planétaire qui pourrait excéder 4 degrés, « si la tendance se maintient ». Si, dans un monde qui s’est réchauffé d’un degré à peine depuis un siècle, on peut déjà mesurer des impacts, imaginer le futur donne froid dans le dos.

Il y a deux semaines, je faisais par ailleurs une conférence à l’Association des médecins de langue française du Canada sur ce sujet. L’intérêt du monde médical pour le sujet n’est pas l’effet du hasard. En effet, si les humains d’hier se sont adaptés à tous les climats de la planète et à leur variabilité « normale », ils ont aussi adapté les plantes et les animaux dont ils se nourrissent, les bâtiments qu’ils habitent et leurs activités économiques à ce climat coutumier. Cette adaptation explique en partie notre santé et notre espérance de vie. Bravo ! Mais les choses risquent de ne pas être aussi évidentes dans les prochaines décennies.

Même si l’avenir n’est pas écrit, il est prudent de se préparer à adapter le système de santé au nouveau climat. Par exemple, ici au Québec, notre système hospitalier est très mal adapté aux canicules. On l’a vu dans les périodes de fortes chaleurs des derniers étés, les hôpitaux et les CHSLD font face à des enjeux de climatisation. Cela peut occasionner une surmortalité chez les patients âgés ou les malades chroniques. Dans un monde où ce genre d’évènement sera plus commun et plus intense, il faudrait revoir les normes et investir dès maintenant dans les bâtiments existants comme dans les nouveaux édifices.

À l’instar de la maladie de Lyme qui progresse rapidement sur notre territoire, de nouvelles maladies feront leur apparition à la faveur de l’extension d’aire de leurs vecteurs. Les réseaux de dépistage peuvent contribuer à préparer une réponse adéquate pour le système de santé. Il faut comprendre que ces maladies existent déjà et que la médecine a des moyens pour les soigner si on sait les prendre à temps. L’important est de ne pas être pris par surprise.

En faisant la promotion des saines habitudes de vie, une bonne alimentation, un mode de vie actif et le verdissement des espaces de vie, le système de santé peut à la fois contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre et favoriser la résilience dans un climat en changement. Chaque kilomètre parcouru par un mode de transport actif signifie une émission évitée de 200 grammes de CO2 en comparaison avec la voiture. On peut lutter contre les changements climatiques tout en améliorant sa santé cardiovasculaire.

Mais encore faut-il améliorer la qualité de l’air. En plantant un seul arbre, on peut dépolluer l’air urbain de 11 kilos de particules nocives par année tout en réduisant les îlots de chaleur. Le gouvernement vient de réduire le coût de stationnement des établissements de santé. Il faudrait aussi en abaisser la température en y plantant des arbres !

Comme le rapporte The Lancet, le réchauffement affectera aussi la santé mentale. Anxiété, problèmes d’adaptation, chocs post-traumatiques résultant des catastrophes climatiques sont déjà identifiables. Mais comment le système médical peut-il faire face à l’écoanxiété montante ?

C’est en éduquant les intervenants du monde de la santé sur les causes des changements climatiques et les moyens d’y remédier ou de s’y adapter qu’on peut le mieux relever ce défi. Il faut que toute la communauté soit capable d’une écoute active, dispose d’informations factuelles et d’exemples concrets d’actions pour réduire son impact sur le climat. Rien de mieux que la compétence pour rétablir la confiance et motiver l’action.