Claude Villeneuve

Le monde post-COVID sera-t-il plus vert?

CHRONIQUE / Depuis le début de la crise de la COVID-19, j’ai reçu beaucoup de questions concernant les changements que cette période tragique allait entraîner dans le domaine de l’environnement. Certains ont peur que le sujet passe au second plan, loin derrière la relance de l’économie. D’autres, au contraire, pensent qu’il y a matière à faire la démonstration qu’on peut vivre mieux en consommant moins et plus local. Enfin, certains entrevoient le début d’une grande transition socioécologique qui nous permettra de stabiliser l’évolution du climat et d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris. Une vraie révolution est-elle en branle ?

Ce n’est malheureusement pas si simple. La pandémie que nous vivons met certaines activités sur « pause », mais ne changera pas pour autant le modèle économique en profondeur. L’économie mondiale est tirée par la demande des consommateurs, un peu comme notre système pulmonaire est avide d’air pour satisfaire la demande de nos cellules en oxygène. Le ralentissement actuel de l’économie mondiale en raison du confinement est analogue à quelqu’un qui se met la tête sous l’eau. On cesse de respirer pendant quelques minutes pour mieux ventiler quand on ressort. D’ailleurs, la volonté affirmée des gouvernements de redémarrer au plus vite la croissance économique est universellement partagée. Au lendemain de la crise, nos sources d’énergie primaires seront les mêmes qu’avant. La COVID n’a fait fermer aucune centrale au charbon.

La résultante de la crise va dépendre de la durée pendant laquelle nous aurons à nous adapter en attendant l’immunité collective, naturellement ou par la vaccination massive. Pour le reste, rien n’aura changé. La pandémie n’aura pas de résultat à long terme. Depuis 1960, le monde a connu de nombreuses crises qui ont amené des réductions de l’activité économique, quelques fois pendant plusieurs années. On peut voir l’effet de cette réduction sur l’indicateur des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, la crise financière de 2008 a entraîné une légère baisse des émissions de CO2 mondiales en 2009. Dès 2010, la quantité d’émissions est revenue au même niveau qu’en 2007 et s’est remise à grimper par la suite. Il en ira de même cette année. Si les gouvernements ne prennent pas des mesures structurelles et une démarche rigoureuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la pause de 2020 sera vite oubliée. On peut même gager à coup sûr que grâce à la stimulation de la consommation par l’argent public, la situation empirera.

Alors, quel effet la pandémie aura-t-elle sur l’environnement ? Du côté négatif, le retour en force des sacs de plastique et des emballages alimentaires. Les déchets du système de santé connaissent aussi une hausse marquée ; tout l’équipement de protection ou presque est à usage unique. Du côté positif, beaucoup de gens, employeurs comme employés, apprennent à apprivoiser le télétravail. L’effet direct est une diminution de la consommation de carburants et de la congestion routière. La qualité de l’air urbain n’aura jamais été meilleure, mais qui en profite ?

La crise a le mérite de favoriser de nouveaux comportements. On cuisine plus, les gens veulent cultiver un potager, élever des poules, acheter des produits de l’agriculture locale. Mais est-ce que ces comportements qui entraînent de nombreux bénéfices environnementaux dureront au-delà de l’été ? Rien n’est moins certain. Celui qui aura la triste tâche de disposer de ses pondeuses en novembre ne sera probablement pas enthousiaste à reprendre des pensionnaires en mai 2021.

J’ai peut-être l’air cynique et rabat-joie, mais c’est la vie. Les changements qu’il faut apporter au système économique sont majeurs si on veut éviter la crise climatique. Les changements de comportements devront être permanents. Il ne suffit pas de se mettre la tête sous l’eau pour qu’il nous pousse des branchies...