Claude Villeneuve
Les rues désertes de Saguenay en période de COVID-19.
Les rues désertes de Saguenay en période de COVID-19.

La crise de la COVID-19, un répit pour le climat?

CHRONIQUE / La pandémie de COVID-19 peut-elle être bénéfique pour le climat planétaire ? Est-ce que cela pourrait nous permettre d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris ? Voyons de quoi il en retourne.

Dans la période de décembre 2019 à mars 2020, la Chine, plus grand pays émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète, a réduit sa consommation de carburants fossiles de 25 à 30 %. Depuis le début mars, des mesures ont été prises pour limiter la vitesse de propagation de la pandémie. Les conséquences sur le tourisme sont dévastatrices. Plusieurs industries en Europe, au Canada et aux États-Unis ont réduit ou interrompu leur production. La consommation des ménages est fortement affectée par l’insécurité économique et la fermeture des commerces non essentiels. Les émissions de GES à l’échelle mondiale devraient donc être considérablement abaissées. C’est bien le cas, mais de combien ?

Grâce aux inventaires et au travail d’analyse des scientifiques du Global Carbon Project, il est assez facile d’évaluer cette réduction en comparaison avec les émissions de l’an dernier. On peut aussi suivre, d’une semaine à l’autre, la concentration de CO2 sur le site https://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/. Que nous disent ces données ?

Comme on pouvait s’y attendre, les émissions globales de CO2 d’origine fossile provenant de la Chine ont été réduites du quart au premier trimestre, ce qui représente une diminution d’environ 1,7 % des émissions mondiales. Quant à l’aviation et au transport maritime, leurs émissions représentaient l’an dernier 3,5 % des émissions mondiales. Il est difficile d’établir un pourcentage de réduction à ce stade, mais en supposant qu’on ait une diminution de moitié de mars à juin, on aurait encore là environ 0,4 % de diminution des émissions annuelles totales. La diminution sera proportionnelle à la durée de la crise. Au total, les émissions de 2020 pourraient peut-être être égales ou légèrement inférieures aux émissions de 2019. Beaucoup de chiffres, mais en gros, l’effet sera mineur, au mieux 2 ou 3 %.

L’effet de la pandémie est visible en direct sur la courbe de la concentration du CO2 à l’observatoire de Mauna Loa, à Hawaï, où on la mesure depuis 1958. Entre novembre et mai, la concentration de CO2 progresse d’environ une partie par million (ppm) chaque mois. Or, cette année, elle est restée stable autour de 414 ppm depuis le mois de janvier. On peut penser qu’elle ne dépassera pas beaucoup la concentration maximale de mai dernier, alors qu’on aurait dû s’attendre à une augmentation de 2 à 3 ppm sans la pandémie.

On ne peut toutefois pas conclure que cela contribuerait à changer grand-chose dans l’évolution du climat. Pour déterminer une telle chose, il faut des tendances à long terme. Par exemple, dans les 60 dernières années, le taux d’augmentation annuel de la concentration de CO2 dans l’atmosphère a progressé chaque décennie de 0,8 % à 2 % (lien). Cette tendance est en accélération, sauf dans la décennie 1990-2000, où on a pu voir l’effet de l’effondrement de l’URSS. L’année 2020 ne devrait pas suffire à faire baisser significativement la tendance de la décennie.

Or, pour maintenir l’augmentation de température sous le seuil de 2˚C à la fin du siècle, il faudrait abaisser chaque année les émissions d’au moins 3 % d’ici à 2030 et continuer par la suite. Nous en sommes très loin. De plus, les gouvernements, partout dans le monde, ont promis de relancer rapidement l’économie après la pandémie. Comme aucune centrale au charbon n’a été fermée, aucune auto n’a été mise à la casse, le niveau des émissions devrait rattraper le temps perdu très rapidement.

Ce n’est pas avec une crise passagère qu’on pourra résoudre le problème du réchauffement climatique. Il va falloir des solutions structurelles permettant de réduire les émissions à long terme. Il n’y en aura pas de facile !