Hissez les voiles!

CHRONIQUE / Le transport maritime international a connu une augmentation fulgurante au cours des trente dernières années à la faveur d’une libéralisation du commerce et du transfert des activités manufacturières vers les pays émergents.

Conséquence ? La marine est aujourd’hui responsable de sept pour cent de la consommation mondiale de pétrole et contribue ainsi à une production annuelle d’émissions de gaz à effet de serre (GES) trois fois plus importante que celle du Canada. 

Malgré l’épisode protectionniste que nous vivons avec l’actuelle présidence américaine, il semble que la tendance soit lourde. Avec une population en pleine croissance et les prévisions de l’OCDE qui annoncent une multiplication de l’économie mondiale par un facteur quatre d’ici 2060, il faudra extraire et transporter 167 milliards de tonnes de matières premières contre 80 aujourd’hui. 

Une grande partie voguera sur les mers, soit comme matériel brut (vrac) ou comme produits manufacturés. Cela représente beaucoup de boulot en perspective pour les chantiers maritimes, mais aussi tout un défi dans un contexte d’urgence climatique !

C’est la raison pour laquelle l’organisation maritime internationale (OMI) cherche des solutions pour augmenter l’efficacité du transport maritime et réduire son impact sur le climat. 

Diverses avenues techniques peuvent contribuer à réduire l’empreinte carbone des navires. La plupart des cargos utilisent du mazout lourd, on peut donc imaginer modifier le carburant pour prendre du diesel ou encore du gaz naturel liquéfié qui émettent moins de polluants par tonne-kilomètre. 

Certains parlent même de moteurs électriques combinés avec une pile à hydrogène. Il y a aussi bien sûr les navires à propulsion nucléaire, surtout présents dans les marines de guerre ou dans la flotte de brise-glace russes depuis des décennies. Mais les alternatives sont chères et les armateurs avides de profits…

Le 5 juillet, à Saint-Nazaire en France, l’armateur Neoline a signé une lettre d’entente avec l’entreprise Neopolia pour la construction de deux cargos dont la propulsion se fera par … le vent. Le retour de la marine à voile pour le transport de marchandises après une éclipse de près de 150 ans, est-ce sérieux ? 

Il semble bien que oui. Les deux navires sont attendus dès 2021 et assureront le transport de marchandises hors gabarit sur un circuit transatlantique reliant Saint-Nazaire, Bilbao, Charleston, Baltimore et Saint-Pierre et Miquelon. Équipés d’une voilure de 4200 mètres carrés et d’un moteur diesel-électrique de 4000 kW, les navires transporteront par exemple des machineries agricoles qui ne peuvent pas trouver place dans des containers. D’ailleurs, le premier client de Neoline est la société Renault, qui souhaite ainsi réduire l’empreinte carbone de sa chaîne d’approvisionnement.

En effet, la voilure à elle seule peut permettre aux navires de 136 mètres de long sur 24 de large d’atteindre une vitesse de croisière de 11 nœuds (20 km/h) par vent favorable qui peut aller jusqu’à 14 nœuds (25 km/h) avec l’assistance du moteur. Résultat ? Une réduction de 80 à 90 % des émissions de GES par tonne-kilomètre.

Bien sûr, on ne reverra pas le capitaine à la jambe de bois observant l’horizon sur la dunette ni le quartier-maître criant aux gabiers de grimper aux cordages. Toute l’opération de ces navires à haute technologie se fera avec l’informatique et les logiciels les plus modernes. N’empêche qu’il y a là une percée technique importante et intéressante dans le domaine du transport maritime.

La lutte aux changements climatiques demande beaucoup plus que quelques cargos à voile et à vapeur. Il faudra changer radicalement le rôle des carburants fossiles dans la société de demain. Mais les technologies de pointe peuvent contribuer à la transition énergétique en développant des moyens moins polluants de rendre des services aux humains. C’est une nécessité pour le développement durable.