Faut-il boycotter les avions?

CHRONIQUE / On entend beaucoup parler de la nouvelle tendance : boycotter les vols aériens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui causent le réchauffement du climat planétaire. Au-delà du symbole, on peut se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure. L’aviation représente actuellement 2,5 % des émissions mondiales de GES, ce qui est quand même plus de deux fois les émissions canadiennes.

Depuis les années 1970, le nombre de passagers transportés double tous les 15 ans et a atteint 4,3 milliards en 2018. Heureusement, les avions d’aujourd’hui sont pas mal moins gourmands que les vieux DC 9, mais cette tendance est effectivement très inquiétante, car la croissance de la demande ne semble pas vouloir ralentir. Alors, faut-il voyager autrement ? Quelles sont les alternatives ? L’avion est-il plus polluant que les autres moyens de transport ?

Pour répondre à ces questions, il faut prendre en considération quelques éléments factuels. Un avion doit utiliser au maximum sa puissance au décollage pour s’arracher à l’attraction terrestre et atteindre la vitesse où sa portance lui permettra de se maintenir en vol. Ensuite, sa dépense énergétique est surtout consacrée à vaincre la résistance de l’air pour maintenir sa vitesse jusqu’à l’approche finale. C’est pourquoi les vols se déroulent à une altitude de sept à dix kilomètres, l’air y étant beaucoup moins dense qu’au niveau de la mer. Bref, un avion qui parcourt de très longues distances consomme moins par kilomètre que le même aéronef qui vole sur de courtes distances. Si on compare la consommation d’un avion long-courrier qui peut parcourir 5000 kilomètres en moins de six heures avec une automobile qui roulera 50 heures pour faire la même distance, on est surpris de constater que pour chaque passager transporté, l’avion moderne produit moins de gaz à effet de serre par kilomètre parcouru qu’une petite auto avec 2,5 à 3 litres par cent kilomètres contre 4 pour une auto hybride. Pour une courte distance, un avion turbopropulsé va consommer 7 ou 8 litres aux cent kilomètres/passager. Ces chiffres sont valables lorsque l’avion est plein. En effet, l’appareil ne consomme pas beaucoup moins s’il est seulement à moitié plein. Que doit-on en retenir ? À défaut de pouvoir voyager dans un train ou dans un autocar bien remplis, l’avion est préférable à l’auto solo et se compare à une hybride avec deux passagers. Mais pour traverser l’océan, il n’y a ni train ni autocar… Qu’en est-il du bateau de croisière ? Mauvaise nouvelle pour les amateurs de transat, un bateau comme le Queen Mary II consomme l’équivalent de 50 litres aux cent kilomètres par passager. Mais la bouffe y est meilleure que dans les avions, me diront les épicuriens. Là n’est pas la question.

La semaine dernière, le Groupement Aéronautique de Recherche et Développement en environnement (GARDN) présentait une étude sur les technologies émergentes qui pourraient avoir un impact sur l’empreinte carbone de l’industrie de l’aviation permettant, si elles sont appliquées, de réaliser une croissance carboneutre de cette industrie à l’horizon 2030. Vendredi, mon collègue Patrick Faubert présentait dans un colloque à Montréal les pistes pour la réduction de l’empreinte carbone de l’industrie aérospatiale. Il y a donc des efforts de ce côté. On note l’introduction d’une proportion croissante de biocarburants qui peuvent permettre une réduction des émissions de CO2 de 85 %, mais aussi l’amélioration de l’efficacité des turbopropulseurs et même la motorisation électrique des aéronefs. Toutefois, en raison des difficultés techniques liées à cette dernière technologie, il est peu probable qu’elle soit disponible avant 2040 et seulement pour les vols de courte durée.

Alors faut-il boycotter l’avion ? Ça dépend… Quand on est obligés de voyager, cela peut être justifié. Mais lorsqu’on prend l’avion, il serait de bonne guerre de calculer et de compenser ses émissions.