Le conseiller Jean-Luc Nappert a perdu son poste de responsable du comité d’environnement de la Ville de Granby parce que le maire Pascal Bonin ne peut le piffer pour plusieurs raisons.

Chasser l’intellectuel

CHRONIQUE / Les deuxièmes mandats sont difficiles en politique. Parfois, stimulés par leur victoire, on assiste à la transformation d’élus. Ils revêtent une nouvelle attitude, se croient infaillibles et deviennent même outrecuidants. Le maire de Granby Pascal Bonin est-il de ceux-là ? En méprisant publiquement le conseiller Jean-Luc Nappert, il amorce bien mal ce qu’il promet être son dernier quadriennat.

Dans notre système politique municipal, il revient au maire de confier des responsabilités aux conseillers. Ça semble a priori une bonne idée. Ça lui permet d’attribuer des mandats aux élus selon leurs forces et intérêts. Les citoyens ont tout à gagner de voir les membres de leur conseil travailler dans leur champ de compétences.

Ce pouvoir dévolu au maire a toutefois un côté sombre ; il peut lui servir d’outil pour tasser ou faire taire un élu dérangeant. C’est ce que semble avoir fait M. Bonin en retirant la responsabilité du comité d’environnement à M. Nappert.

Aux médias lundi, M. Bonin a justifié sa décision par le fait que M. Nappert avait attribué une note de passage au conseil pour ses efforts environnementaux lors des quatre dernières années. « (…) il était président de ce comité-là. J’ai voulu amener un regard nouveau », a-t-il expliqué au sujet de sa décision de lui enlever cette responsabilité.

Le maire en a rajouté une couche remettant en doute la capacité du conseiller de s’acquitter de cette responsabilité. « (…) Honnêtement, si on veut aller plus loin en environnement, ça prend un changement parce que M. Nappert n’est plus capable de rien faire passer au conseil. (…) M. Nappert est un gars d’études, on ne se le cachera pas. Et le conseil veut de l’action. »

Ces dernières justifications sont à la fois tordues et insensées.

D’abord parce que les projets en environnement ne peuvent être improvisés. Ils exigent d’avoir en main des données, ne serait-ce que pour avoir le feu vert du ministère de l’Environnement. Quand on veut intervenir dans l’environnement, on doit prendre le temps d’acquérir des informations avant d’agir. Donc de produire des études. Ce n’est pas aussi simple que de réparer un trou dans la chaussée ou de colmater un bris dans le réseau d’aqueduc. 

Si le conseil veut de l’action en environnement, comme le souhaite M. Bonin, que ses membres prennent des décisions. Ce ne sont pas les projets qui manquent. M. Nappert ne possède qu’un seul des 11 votes au conseil. Il ne peut certainement pas être tenu comme seul responsable du peu de projets environnementaux lancés par cette administration.

Les vraies raisons du maire pour écarter M. Nappert sont ailleurs.

Dans un premier temps, M. Bonin ne piffe pas le fait que le conseiller se soit souvent opposé à des projets du conseil ces dernières années. L’approche intellectuelle sur laquelle M. Nappert base tout son travail est aussi cause d’irritation pour M. Bonin. Ce dernier préfère de loin les actions concrètes et de terrain.

M. Nappert est rompu au travail intellectuel. Il a enseigné pendant 34 ans la géographie au Cégep de Granby. Il s’est fait remarquer pour de nombreuses initiatives environnementales dans la région ainsi que par des sorties publiques et des mémoires appelant à la protection­ de l’environnement.

M. Bonin semble éprouver un inconfort avec les personnes qui ont fait des études supérieures. Lors des élections de 2013 au poste de maire, en plein débat, il avait critiqué Éliette Jenneau alors que la candidate évoquait sa maîtrise en administration publique. Parler ainsi équivalait à rabaisser les citoyens qui n’avaient pas de telles études, avait-il laissé entendre.

Le fait que M. Nappert représente le quartier électoral 2 n’est pas étranger à son expulsion du comité d’environnement. C’est dans ce quartier que le maire a enregistré son plus faible appui des électeurs. Ce quartier a également la distinction d’avoir un conseil de citoyens particulièrement intéressés aux questions environ­nementales et qui talonnent le maire sur plusieurs­ autres enjeux.

Notons finalement que M. Nappert­ a appuyé le candidat Yves Bélanger lors de la dernière course à la mairie.

Tout ceci ressemble à des représailles de la part du maire à l’endroit­ de M. Nappert.

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La répartition des responsabilités n’est pas au goût du conseiller Éric Duchesneau non plus. Il a conservé le dossier des travaux publics, mais espérait obtenir du maire d’autres responsabilités où il aurait pu mettre de l’avant ses capacités « analytiques », a-t-il indiqué sur sa page Facebook.

Dommage que M. Duchesneau, qui a à cœur sa ville, n’ait pas appuyé son collègue Nappert lundi lors de la première assemblée du conseil. Comment peut-il plaider qu’il pourrait en faire plus en raison de ses compétences et ne pas se ranger derrière M. Nappert, un expert des enjeux environnementaux, qui souhaitait poursuivre son travail ?

Peut-être M. Duchesneau n’est-il pas d’accord avec les propositions de son collègue. Mais sur le principe des compétences, la logique voulait qu’il apporte son soutien à son collègue qui réclamait de rester en poste. Il a choisi de voter contre M. Nappert.

On suggère à M. Duchesneau d’analyser le sens du mot solidarité.

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Il est dommage que le maire n’ait pas pris le temps de rencontrer un à un les dix conseillers avant de leur attribuer des responsabilités. Une telle démarche l’aurait aiguillé sur les préférences et intérêts de ses collègues du conseil.

M. Bonin a parlé de Granby comme d’une ville progressiste. On peut en débattre. Cela dit, son attitude revancharde contre M. Nappert­ est digne d’une autre époque.