Si les citoyens sont de plus en plus nombreux à réclamer des mesures concrètes et costaudes pour répondre à l’urgence climatique, le gouvernement de François Legault n’aura pas le choix de sortir de son hibernation et de bouger en matière d’environnement.

Vers un printemps «climat»?

CHRONIQUE / Va-t-on avoir un printemps «climat» au Québec?

Bien sûr, une hirondelle ne fait pas le printemps. 

Mais si les signes d’inquiétude et d’impatience  se multiplient et prennent de l’ampleur, si les citoyens sont de plus en plus nombreux à réclamer des mesures concrètes et costaudes pour répondre à l’urgence climatique, le gouvernement de François Legault n’aura pas le choix de sortir de son hibernation et de bouger en matière d’environnement.

Un premier test aura lieu le 15 mars prochain. Combien de jeunes et de supporteurs participeront à la grève étudiante mondiale pour le climat à travers le Québec? 

Si la mobilisation est forte, si des associations étudiantes décident, après le vendredi 15, d’organiser des grèves hebdomadaires comme cela se fait ailleurs dans le monde, la pression s’accentuera sur le gouvernement caquiste. 

Une pression s’exerce aussi sur les municipalités à travers le Québec, et par ricochet, sur Québec. Des citoyens ont signé et déposé la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique (DUC) à leur conseil municipal. Plus de 265 municipalités et MRC ont adopté la déclaration.

À la mi-février, des représentants de la DUC sont passés au parlement de Québec pour livrer leur message. Pour eux, l’empressement des citoyens n’est pas une mode. «Il symbolise l’inquiétude grandissante de la population au regard de crises climatiques qui l’assaillent : inondations, canicules, tornades, sécheresses, feux de forêt, hiver en dents de scie, érosion des berges, etc., aucune région n’est à l’abri, et dans certaines d’entre elles, les crises s’additionnent les unes aux autres», écrivaient-ils dans un communiqué. 

Ils suggéraient également de retenir trois mots : réduire, s’adapter, souffrir. 

«Moins on va réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), plus on devra s’adapter et plus on va souffrir. Inversement, plus ont va réduire nos GES, et moins on devra s’adapter, et moins on va souffrir». 

Le gouvernement Legault va-t-il retenir ce trio de mots? 

Au début de février, d’anciens ministres de l’Environnement, tant libéraux que péquistes, ont pour leur part publié une lettre dans les médias pour inciter le gouvernement caquiste à adopter un projet de loi visant à assurer le respect des engagements climatiques du Québec.

«Nous avons déjà du retard, et le temps ne nous permet plus d’ignorer ni de retarder les décisions nécessaires pour contenir le réchauffement climatique et éviter l’emballement à venir : la politique des petits pas n’est plus une option, ni pour l’environnement ni même pour l’économie également menacée par ce réchauffement», font valoir les ex-ministres. 

Changement, courage et ambition

La semaine dernière, ce sont les porte-parole de 42 organismes et groupes citoyens, notamment du Pacte pour la transition et Nature Québec, qui ont pris la plume, cette fois pour inviter les caquistes à présenter un budget qui tiendra compte de l’urgence climatique. 

«Admettez que l’urgence climatique n’est pas un poste budgétaire comme un autre. L’urgence climatique doit tout changer. Elle va tout changer, quoi que vous fassiez, mais vous avez le pouvoir d’orienter le changement.»

Voilà bien un domaine en effet où «le changement» que veut tant incarner le gouvernement caquiste serait bienvenu. 

«Vous pouvez laisser le Québec devenir une victime impuissante du chaos économique, sanitaire et social qui s’installera inévitablement au fil des évènements météo extrêmes, ou, au contraire, vous pouvez choisir d’investir massivement dans la résilience de notre société. Soutenir le déploiement des forces du changement qui sont déjà à l’œuvre, partout au Québec. Financer la transition porteuse de justice sociale et intergénérationnelle.»

Nous verrons le 21 mars, jour du dépôt du budget, si le premier ministre et son équipe sont sensibles à ce discours et aux mesures suggérées. Et aussi, si les caquistes ont du courage et de l’ambition, des qualités qu’ils reprochent fréquemment à leurs adversaires de ne pas posséder. 

«L’environnement était l’angle mort de la CAQ; je ne suis pas la seule à le penser», a déclaré l’éphémère ministre de l’Environnement du gouvernement Legault, MarieChantal Chassé, dans une entrevue récente à TVA Nouvelles. 

En effet. Sur ce, les propos de Mme Chassé sont clairs. 

Il peut être parfois très dangereux de ne pas surveiller son angle mort. Les caquistes et le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, ne devraient pas prendre ce risque.