La technicienne en éducation spécialisée, Sarah Labbé, intervient auprès d’enfants avec des difficultés d’apprentissage, des troubles du comportement ou qui traversent une période difficile.

Un tremplin pour les écoliers

CHRONIQUE / Trop lourde, la tâche des enseignants? Impossible de mieux soutenir les élèves? Sarah Labbé croit que le fardeau des enseignants pourrait être allégé et les enfants bien servis si les écoles recouraient davantage aux services des techniciens et techniciennes en éducation spécialisée (TES). «La technicienne n’est pas une béquille pour un élève. C’est un tremplin.» 

Mme Labbé travaille depuis trois ans comme technicienne en éducation spécialisée à l’école primaire de la Nouvelle-Cadie, à Saint-Gervais de Bellechasse. 

Des enfants avec des difficultés d’apprentissage, des troubles de comportement ou qui traversent une période difficile, elle et ses six autres collègues TES en font «rebondir» dans une année scolaire.

Si elle disposait de plus de ressources financières, la directrice de l’école, Cynthia Lavoie, accorderait plus d’heures de travail aux TES afin qu’ils puissent intervenir plus souvent auprès de ses 210 élèves. «Les heures de soutien sont moindres avec la diminution des codes donnant accès à du financement, mais les difficultés des enfants demeurent». 

L’école de la Nouvelle-Cadie compte 13 classes dont une pour les enfants atteints du spectre de l’autisme ou d’une déficience intellectuelle. Deux autres classes regroupent les enfants qui ne peuvent être intégrés aux classes ordinaires.

«Les enseignants doivent transmettre la matière à 24 enfants et ils ne savent pas toujours quoi faire pour intervenir auprès des élèves en difficulté. Les techniciennes en éducation spécialisée ont cette formation. Elles peuvent fournir des outils et interagir avec les enfants pour faciliter leurs apprentissages et assurer le bon fonctionnement de la classe. Elles n’enseignent pas, mais ce ne sont pas des plantes vertes dans une classe», explique Mme Lavoie. 

«L’enseignante ne peut tout voir. À deux, avec deux paires d’yeux, nous sommes plus efficaces. Avec la directrice et avec l’enseignant, nous formons une équipe autour de l’élève», ajoute Sarah Labbé.

Des exemples? Les deux femmes ont spontanément le cas de quelques «petits cocos» en tête. 

Elles connaissent d’ailleurs tous les élèves par leur nom. «Je sais même le nom de leur chien et de leur poisson rouge», dit Sarah. Le ministre de l’Éducation serait fier d’elle, lui qui ne jure que pour ceux et celles qui connaissent les élèves par leur nom.

À l’école de Saint-Gervais, il y a ce petit bonhomme atteint du spectre de l’autisme qui, grâce à la présence d’une TES, peut suivre le cours d’anglais dont il raffole. 

Il y a aussi cette fillette qui, l’an dernier, avait un blocage, même physique, avec les mathématiques. L’enfant croisait les bras et refusait de faire les exercices demandés par l’enseignante. 

Sarah Labbé savait que cette élève détestait les maths, mais qu’elle adorait par contre la gymnastique et le cheerleading. La TES a donc utilisé cette passion pour lui démontrer qu’elle était capable de comprendre et de progresser en mathématiques. Si la fillette complétait ses exercices de maths, elle avait droit à une séance au gym avec des amies et Sarah. La TES a aussi confectionné un tableau rose décoré de paillettes pour que l’enfant puisse visualiser ses progrès.

Peu à peu, la phobie des maths est disparue, la confiance s’est installée et l’enseignante n’a plus eu à la convaincre d’ouvrir ses cahiers. Pas plus que l’enseignante qui l’accueille dans sa classe cette année. 

La présence de la TES a aussi été bien utile pour encourager un enfant dont les parents ne se souciaient pas qu’il fasse ses devoirs et apprenne ses leçons. Le suivi réalisé par la technicienne a motivé le jeune. Cette année, même si sa famille n’a toujours pas d’intérêt pour ses études, l’élève réalise ses travaux scolaires à la maison sans que l’école ait à jouer à la police le lendemain matin. 

Sarah a aussi contribué à transformer un leader négatif en lui organisant du soccer avec des amis. «Il dépense son énergie au soccer et lorsqu’il revient en classe, il est plus concentré, plus autonome et ne sens pas le besoin d’attirer l’attention en dérangeant tout le reste du groupe.»

La technicienne Labbé constate et déplore que le travail des siens soit si méconnu. Comme si l’école fonctionnait seulement avec l’apport des enseignants, du directeur et une poignée de professionnels (orthopédagogue, psychologue). 

Un peu comme dans les hôpitaux, où tout ce qui n’est pas médecin ou infirmière semble inexistant. On vient à peine de réaliser l’importance des préposés aux bénéficiaires dans les établissements de santé.

Et pourtant, la bonne personne à la bonne place peut faire toute une différence, selon Mmes Labbé et Lavoie. Les ajustements d’horaire sont fréquents dans la vie d’une TES. Elle s’adapte aux besoins des élèves. 

Sarah Labbé évolue aussi dans le milieu hospitalier. Étant donné la précarité de son emploi — l’école lui garantit cette année 20 heures de travail par semaine à titre de technicienne en éducation spécialisée — elle comble sa semaine en travaillant au service de garde de l’école, mais aussi en étant sur appel au CISSS de Chaudière-Appalaches. La fin de semaine, Sarah Labbé se retrouve TES en psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de Lévis. 

Un univers complètement différent de celui de l’école de la Nouvelle-Cadie. Elle accompagne, soutient et trouve des outils pour que le patient hospitalisé depuis plusieurs semaines reprenne une routine de vie, redevienne fonctionnel et autonome.

Auprès des petits ou des grands, le rôle de Sarah Labbé est le même : leur donner le coup de pouce qui permet d’avancer.