La Loi québécoise sur les soins de fin de vie prévoit qu’un médecin peut refuser de donner l’aide médicale à mourir s’il a des motifs liés à sa conscience. L’objection de conscience vient toutefois avec des obligations.

Prêcher sans signe religieux

CHRONIQUE / Pas besoin de porter un voile ou un signe religieux ostentatoire pour tenter d’imposer ses croyances ou sa religion à quelqu’un. La loi 21 n’y changera rien.

Les médias ont récemment fait état qu’un bénévole au Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Valcourt avait été remercié de ses services parce qu’il tentait de convaincre les résidents de ne pas réclamer l’aide médicale à mourir. 

L’homme, de confession catholique, est intervenu auprès de personnes qui souhaitaient devancer leur mort.

Le bénévole avait raconté au journaliste de La Tribune qu’il avait expliqué à un malade que le Bon Dieu ne veut pas qu’on se tue et que ce n’est pas pour ça qu’on a été créé. «Ce n’est pas un bon message qu’il lance à sa famille, car c’est comme dire que lorsqu’on a des problèmes, on peut s’enlever la vie. Le gouvernement aujourd’hui donne accès à ça.»

Étant donné que le bénévole n’avait pas l’intention de renoncer à son message, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a finalement révoqué son statut.

Pourquoi revenir sur ce cas? Pour illustrer que même sans soutane, sans voile, sans kippa, sans kirpan et turban, une personne peut prêcher auprès d’autrui — ici, des malades — pour les inciter à suivre des préceptes religieux et à ne pas déroger à certaines pratiques.

Même si la loi 21 interdit le port de signes religieux chez certains employés de l’État en autorité, certaines personnes, qu’importent leurs croyances et leur religion, essayeront d’en influencer d’autres, d’imposer leurs vues à d’autres. L’interdiction des signes religieux ne règle pas tout.

Le cas du bénévole de l’Estrie met également en évidence une politique de deux poids, deux mesures lorsqu’il s’agit de l’aide médicale à mourir dans les établissements de santé.

Le bénévole a été remercié de ses services, mais des médecins peuvent toujours tenter de dicter leurs valeurs et leurs croyances à des malades en fin de vie. Ils n’évoquent peut-être pas le Bon Dieu, mais le résultat est le même : le malade est privé de l’aide médicale à mourir ou l’obtenir est laborieux.

Certes, la Loi québécoise sur les soins de fin de vie prévoit qu’un médecin peut refuser de donner l’aide médicale à mourir s’il a des motifs liés à sa conscience. L’objection de conscience vient toutefois avec des obligations (informations à donner aux patients et le référer à d’autres médecins).

Or, il existe toujours des poches de résistance à travers le Québec. L’accès à l’aide médicale à mourir n’est pas uniforme à travers la province. La députée péquiste Véronique Hivon a déjà déploré cette résistance et cette obstruction qui prend différentes formes. 

Alain Naud, un médecin de Québec qui prodigue l’aide médicale à mourir, a aussi réclamé plus d’une fois que le ministère de la Santé et la Commission sur les soins de fin de vie cherchent à savoir avec plus de précision pourquoi le tiers des demandes d’aide médicale à mourir (830 sur 2462 entre décembre 2015 et mars 2018 ) n’a pas été réalisé même si la majorité des patients y étaient potentiellement admissibles.

Selon lui, l’opposition à l’aide médicale à mourir est à la fois idéologique et religieuse.

Un gouvernement doit veiller à faire respecter la loi. 

Les employeurs doivent également demeurer vigilants, et les utilisateurs d’un service public ne pas hésiter à porter plainte s’ils s’estiment lésés dans leur droit.