Brigitte Breton
Justin Trudeau a finalement reconnu lundi qu’il aurait dû s’abstenir de participer aux discussions de son cabinet concernant l’octroi d’un contrat de 19,5 millions $ sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance UNIS (WE).
Justin Trudeau a finalement reconnu lundi qu’il aurait dû s’abstenir de participer aux discussions de son cabinet concernant l’octroi d’un contrat de 19,5 millions $ sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance UNIS (WE).

Plus de jugement, moins d'excuses

CHRONIQUE / Faute avouée est à moitié pardonnée? Peut-être, mais lorsque les erreurs de jugement se répètent, il devient difficile de passer l’éponge. D’autant plus si le fautif est premier ministre du Canada.

Justin Trudeau a finalement reconnu lundi qu’il aurait dû s’abstenir de participer aux discussions de son cabinet concernant l’octroi d’un contrat de 19,5 millions $ sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance UNIS (WE)

L’organisation, qui a des liens avec sa famille, mais aussi avec d’autres membres de l’équipe libérale, avait été choisie pour gérer les 900 millions $ du nouveau programme Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant.

Le premier ministre Trudeau n’a pas réalisé spontanément que le fait que son épouse Sophie, sa mère Margaret et son frère Alexandre touchent des milliers de dollars de l’organisme de charité pour des allocutions ou des participations à des évènements peut poser problème.

Ce n’est que lundi, après des jours de controverse et la publication des cachets versés à sa mère et à son frère, qu’il a admis son erreur et qu’il s’en est excusé «profondément».

Vous êtes satisfaits et convaincus que Justin Trudeau ne recommencera plus?

Difficile de croire qu’un homme qui est en politique depuis quelques années- et qui de surcroît a eu un père premier ministre- ne maîtrise pas la délicate notion de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts qui peut miner la réputation d’un parti politique et d’un gouvernement.

Difficile aussi d’accepter qu’un premier ministre qui a traversé des tourments similaires ne développe pas de meilleurs réflexes.

Manque de jugement, je-m’en-foutisme ou sentiment que les Canadiens lui pardonneront tout?

Ce n’est pas le premier faux pas de Justin Trudeau en matière d’éthique. Il s’est mis et a mis son gouvernement dans l’embarras plus d’une fois depuis son élection en 2015.

D’abord en acceptant d’aller passer avec sa famille des vacances sur l’île privée de l’Aga Khan dont la fondation reçoit des millions $ d’Ottawa. Ensuite en intervenant dans l’affaire SNC-Lavalin auprès de la ministre de la Justice.

Deux dossiers où des écarts à la Loi sur les conflits d’intérêts ont été constatés. L’histoire semble vouloir se répéter.

Justin Trudeau fait valoir qu’il ne «voulait qu’aider les jeunes». La belle affaire.

Si un premier ministre veut apporter du soutien aux jeunes Canadiens et limiter les impacts de la crise sanitaire sur eux, il s’organise pour que le programme prévu à cet effet ne soit pas sur pause à cause d’une apparence de conflit d’intérêts.

Ottawa et UNIS ont dû annuler le contrat et des jeunes devront attendre pour recevoir une bourse pouvant atteindre 5000 $ s’ils réalisent 500 heures de bénévolat.

S’il veut aider les jeunes, un gouvernement évite aussi de remettre l’administration d’un programme à un organisme qui doit faire face à des accusations d’abus de pouvoir et de racisme de la part de certains employés.

Justin Trudeau donne aussi comme explication qu’il ne connaissait pas «en détail» l’implication des membres de sa famille dans UNIS. Si ceux-ci avaient reçu moins de 300 000 $ pour faire des discours ou participer à des rassemblements, la situation serait-elle plus acceptable à ses yeux? Aurait-il jugé nécessaire de se retirer des discussions au cabinet si la somme avait été plus élevée?

Les Canadiens ont appris la semaine dernière que le déficit fédéral atteindra 343 milliards $ en 2020-2021.

Si la majorité des citoyens reconnaît qu’Ottawa devait déployer tous les efforts possibles pour limiter les impacts de la pandémie dans la vie des ménages et des entreprises, les Canadiens souhaitent aussi que les fonds publics soient gérés avec soin, sans partisanerie ou intérêts personnels.