Si les jeunes pensent qu’un diplôme n’est plus nécessaire parce qu’il y a des jobs en masse et si les employeurs ne se soucient pas qu’ils terminent leurs études parce qu’ils veulent combler à court terme leurs besoins de main-d’œuvre, le Québec risque de se tirer dans le pied.

Inutile, un diplôme?

CHRONIQUE / La prospérité économique n’est pas sans risque. Si les jeunes pensent qu’un diplôme n’est plus nécessaire parce qu’il y a des jobs en masse et si les employeurs ne se soucient pas qu’ils terminent leurs études parce qu’ils veulent combler à court terme leurs besoins de main-d’œuvre, le Québec risque de se tirer dans le pied.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le Réseau réussite Montréal ont fait lundi un appel à la vigilance pour éviter que la pénurie de main-d’œuvre fasse augmenter le décrochage scolaire. 

Le message vaut pour l’ensemble du Québec. 

«C’est toute la société qui est interpellée. Les entreprises ont elles-mêmes un rôle essentiel à jouer, ne serait-ce qu’en insistant auprès de leurs jeunes employés pour qu’ils poursuivent leurs études jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Elles doivent leur offrir des horaires flexibles qui tiennent compte du rythme des exigences des études tout au long de l’année. Le milieu de l’éducation doit lui aussi se mobiliser. Il faut faciliter l’arrimage entre l’organisation de la formation dans les établissements et les possibilités de stages et de formation en entreprise», a affirmé Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Ce discours n’est pas nouveau au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Dès la fin des années 1990, le Centre régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) s’est penché sur les atouts et les risques de la conciliation études et travail, et a contribué à accroître la responsabilité des communautés, y compris des employeurs comme partenaires de la réussite scolaire.

Leurs initiatives ont depuis fait des petits à travers le Québec.

«Jusqu’en 2015, le Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire avait l’impression de prêcher dans le désert», a raconté lundi en entrevue téléphonique Pascal Lévesque, professionnel en intervention au CRÉPAS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Avec la rareté de main-d’œuvre, certains ont compris qu’il était important de valoriser davantage l’éducation au Québec, mais aussi la formation qualifiante et les diplômes.  

«Si on reste le nez collé sur la vitre, si on ne vise qu’à combler des besoins à court terme, on va en payer le prix dans 10-15 ans», estime  M. Lévesque. «Les restaurateurs auront de la main-d’œuvre, mais pas de clients.» 

Le professionnel croit que ce sont les étudiants inscrits à la formation générale des adultes qui risquent le plus de décrocher et de se laisser séduire par un emploi autour de 15 $ de l’heure et des conditions de travail attrayantes. 

«Ceux-ci en sont à leur ixième tentative pour obtenir un diplôme. Leur parcours a toujours été difficile et ils manquent d’estime de soi». Dans l’immédiat, ils peuvent donc calculer qu’ils améliorent leur sort en travaillant davantage d’heures par semaine plutôt qu’étudier. À plus long terme, ils risquent de perdre et de se retrouver en marge du marché du travail, de faire les frais de l’automatisation, de la quatrième révolution industrielle.

M. Lévesque juge qu’il y a davantage de bons que de mauvais employeurs.

Parmi les bons, ceux qui vont offrir des stages à un étudiant et payer sa sixième session au cégep s’il accepte de travailler deux ans pour l’entreprise.

Du côté des mauvais, l’employeur qui embauche un jeune avant qu’il décroche son diplôme et qu’il lui dit qu’il complétera lui-même sa sixième session par de la formation dans l’entreprise. Une formation souvent non transférable chez un autre employeur. 

Le milieu des affaires se mobilise et prône la persévérance scolaire. Reste à voir comment chaque employeur se comportera.