Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
L’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec et le Collège des médecins demandent une fois de plus au gouvernement d’instaurer un baccalauréat en inhalothérapie, et ce, dès la rentrée de 2021.
L’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec et le Collège des médecins demandent une fois de plus au gouvernement d’instaurer un baccalauréat en inhalothérapie, et ce, dès la rentrée de 2021.

Insuffisante la formation au cégep?

CHRONIQUE / Une formation de trois ans au cégep ce n’est plus suffisant pour devenir inhalothérapeute? L’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec et le Collège des médecins en sont convaincus et demandent une fois de plus au gouvernement d’instaurer un baccalauréat en inhalothérapie, et ce, dès la rentrée de 2021.

Les deux ordres professionnels ont déposé un mémoire en ce sens à l’Office des professions du Québec au début du mois d’août.

Cette demande rappelle celle que formule depuis 40 ans l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). 

En début d’année, l’OIIQ a  réclamé que le baccalauréat, et non plus le diplôme d’études collégiales, devienne la norme d’entrée minimale dans la profession. En cas de refus de Québec, l’ordre envisage de délivrer deux types de permis, un pour les techniciennes en soins et un pour les infirmières bachelières.

Dans un cas comme dans l’autre, l’épineux dossier du rehaussement de la formation, qui divise ordres professionnels, cégeps et syndicats d’enseignants depuis des décennies, attend une solution de la part de Québec.  

Le gouvernement caquiste de François Legault va-t-il faire comme les gouvernements précédents et renvoyer la prise de décision aux calendes grecques?

Josée Prud’Homme, directrice générale et secrétaire de l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec (OPIQ), explique en entrevue téléphonique que son organisation ne se fera pas oublier du gouvernement Legault et de ses ministres concernés - Danielle McCann, Christian Dubé et Sonia Lebel- et l’Office des professions.

Le rehaussement de la formation initiale des inhalothérapeutes fait l’objet d’échanges depuis 20 ans. Il est même inscrit comme une priorité du ministère de la Santé et des Services sociaux depuis 2008. Douze ans, c’est beaucoup pour un dossier jugé prioritaire.

Même si une entente de principe a été convenue sous l’ancien gouvernement libéral entre le MSSS et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, l’OPIQ a accepté de reprendre l’exercice et de se soumettre au nouveau processus d’analyse adopté en 2019.

Mme Prud’Homme croit que la pandémie qui frappe depuis des mois révèle l’importance du rôle des inhalothérapeutes auprès de patients très vulnérables. «La crise sanitaire a mis en exergue la complexité de leur rôle et du jugement clinique qu’il requiert de plus en plus», dit-elle. 

L’OPIQ fait valoir que le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et des troubles respiratoires, l’évolution des connaissances et des technologies médicales, le développement des soins à domicile et l’approche multidisciplinaire préconisée dans le réseau de la santé commandent une bonification de la formation.

Des arguments semblables à ceux de l’ordre des infirmières et infirmiers. L’enjeu n’a cependant pas la même ampleur. L’OIIQ compte 76 000 membres et l’OPIQ, un peu plus de 4000. La formation des inhalothérapeutes est offerte dans huit collèges, dont le cégep de Sainte-Foy, tandis que 46 cégeps sur 48 à travers le Québec donnent la technique en soins infirmiers.

La Fédération des cégeps convient que la formation doit être revue à la hausse, mais elle soutient que les sept cégeps publics peuvent parvenir à le faire sans que les étudiants passent par l’université. 

Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps, croit qu’il est temps de briser le carcan de la formation collégiale de trois ans. Il souhaite un changement de paradigme. Des DEC (diplôme d’études collégiales) pourraient avoir une durée de quatre ans et des collèges pourraient aussi offrir des baccalauréats appliqués.

Selon la fédération, il serait plus facile de bonifier la formation dans les cégeps que de confier ce rôle aux universités. L’OPIQ n’est pas de cet avis. Il préconise, avec le Collège des médecins, un baccalauréat de 90 crédits, d’autant plus que des cours déjà offerts dans d’autres baccalauréats en santé pourraient l’être aussi pour les inhalothérapeutes.

Jusqu’à maintenant, seulement l’Université de Sherbrooke et l’Université de Montréal auraient manifesté un intérêt.     

Bernard Tremblay voudrait aussi que le ministère de l’Enseignement supérieur procède à une actualisation plus rapide des programmes afin que la formation soit bien en lien avec les besoins sur le marché du travail. 

DEC, DEC de quatre ans, DEC-certificat, DEC-BAC, BAC (baccalauréat)? La fédération des cégeps croit que le débat sur la durée de la formation en inhalothérapie crée de l’incertitude chez les étudiants.

Tout comme l’OPIQ, elle constate que les inscriptions dans cette discipline sont en baisse depuis les six dernières années. 

Par ailleurs, les besoins de main-d’oeuvre ne devraient pas diminuer. L’OPIQ s’inquiète d’ailleurs dans son mémoire des effectifs en inhalothérapie à court terme. Il ne partage pas les vues du ministère de la Santé et des Services sociaux sur la stabilité des effectifs.

«Le gouvernement ne semble pas considérer le nombre croissant d’inhalothérapeutes qui choisissent d’aller en pratique privée et l’effet de ce choix sur l’embauche dans le réseau de la santé. Près de 20 % des inhalothérapeutes se dirigent maintenant vers le secteur privé, contre 10 %, il y a quelques années.»

L’ordre signale aussi que de 25 à 30 % de ses membres décrochent après six ans de pratique. 

Quelle est l’explication? Les gens se sentent mal outillés pour exercer la profession, les conditions de travail ne sont pas à la hauteur ou les recrues héritent des postes et des horaires les plus difficiles? 

Il ne faudrait pas attendre une pénurie pour obtenir des réponses et corriger le tir. Les effets du manque de main-d’oeuvre dans d’autres corps d’emploi et professions incitent à être plus proactif.